21: Lauzerte à Moissac

A travers la campagne du Tarn-et-Garonne pour aller admirer une autre merveille du Moyen-Âge religieux

DIDIER HEUMANN, MILENA DALLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct.

Pour ce parcours, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-lauzerte-a-moissac-par-le-nouveau-gr65-54402723

Tous les pèlerins ne sont pas forcément à l’aise avec la lecture des GPS ou la navigation sur un portable, d’autant plus qu’il existe encore de nombreuses zones sans connexion Internet. C’est pourquoi, pour faciliter votre voyage, un livre dédié à la Via Podiensis du Puy-en-Velay à Cahors est disponible sur Amazon. Bien plus qu’un simple guide pratique, cet ouvrage vous accompagne pas à pas, kilomètre après kilomètre, en vous offrant toutes les clés pour une planification sereine et sans mauvaises surprises. Mais au-delà des conseils utiles, il vous plonge dans l’atmosphère enchanteresse du Chemin, capturant la beauté des paysages, la majesté des arbres et l’essence même de cette aventure spirituelle. Seules les images manquent : tout le reste est là pour vous transporter.

En complément, nous avons également publié un second livre qui, avec un peu moins de détails mais toutes les informations essentielles, décrit le parcours global du Puy-en-Velay à St Jean-Pied-de-Port. À vous de choisir votre parcours.  

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

Le Tarn-et-Garonne est un département complexe, mêlant à la fois des influences de la Gascogne, du Quercy, du Causse, des collines et des larges plaines alluviales du Tarn et de la Garonne, dans un pays où la mer a abondamment déposé marnes et calcaires. Ici, se rencontrent trois grandes rivières: le Tarn et l’Aveyron qui descendent du Massif Central, et surtout la Garonne, le majestueux fleuve en provenance des Pyrénées. C’est de leur rencontre que sont nées ces immenses plaines alluviales.

L’étape du jour se déroule en Tarn-et-Garonne dans cette région du Bas-Quercy qui jouxte la Lomagne dans le Gers voisin.

créé par Wikigraphists du Laboratoire de Graphique, France , Wikipedia

Les collines font la ronde autour des plaines. Ce sont des collines de basse altitude, ne dépassant guère 300 mètres d’altitude dans le Bas Quercy que nous traversons aujourd’hui. Plus au Nord, les terres plus lourdes, plus argileuses, ont favorisé la présence des bosquets, des pâturages et de la culture du maïs. De hauts coteaux se sont développés sur les rives du Tarn. Les sols d’alluvions, formés de limons, de sables, d’argile et de gravier sont riches, permettent l’expansion des polycultures, céréales et vergers. Des vergers immenses ont été plantés au siècle passé, dépassant parfois 200 hectares. Pommiers, pruniers, poiriers, pêchers, cerisiers, kiwis y font bon ménage. Sur les coteaux, les sols plus pauvres ont permis le développement des vignes. 

Dans les constructions, la brique est la reine. On prend plaisir à admirer le jeu infini qu’elle apporte aux maisons, aux églises, aux châteaux, dans les variations de sa couleur et de sa chaleur. Mais, le moellon calcaire n’est pas de reste. On voit souvent des mariages heureux, où la brique dessine les entourages des fenêtres et des portes. Les tuiles canal rouges sont les maîtres des toits. Les bastides étaient au Moyen-âge une particularité du Sud-Ouest. Dans ces agglomérations, les paysans étaient libres et travaillaient pour le seigneur ou l’abbé. Le point central était la halle à grains au centre du village. De nombreux villages ont conservé des traces de cette organisation. En fin d’étape, le parcours arrive à Moissac, une vraie petite ville, belle par surcroit.

Difficulté du parcours : Les dénivelés aujourd’hui (+501 mètres/-649 mètres) ne sont pas importants pour une si longue étape. Au niveau des difficultés du parcours, ce n’est pas toujours une journée tranquille, même si le parcours se déroule souvent sur de légères montagnes russes, ne dépassant que rarement 10 à 15% d’inclinaison positive ou négative. Mais, il y a 4 côtes un peu plus raides, celle qui mène au Chartron en début d’étape, le talus à grimper avant Aube Nouvelle, et deux côtes dans la forêt avant Moissac.

État du GR65 : Aujourd’hui, hélas, il faudra beaucoup marcher sur les routes :

  • Goudron : 16.6 km
  • Chemins : 10.7 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez.

Pour les “vrais dénivelés”, relisez la notice sur le kilométrage sur la page d’accueil.

Section 1 : Vers la belle chapelle de St Sernin du Bosc

 

Aperçu général des difficultés du parcours : en début, descente raide depuis la citadelle dans la plaine, et montée, parfois très en pente, parfois à près de 20% dans la forêt vers le Chartron.

La cité de Lauzerte s’ordonne en étages successifs, comme accrochée à sa colline. Depuis les hauteurs de la ville, la Grand Rue entraîne peu à peu le marcheur vers ses quartiers inférieurs, laissant derrière elle les maisons serrées autour du sommet.

Plus bas apparaît le Chemin du Pèlerin, qui invite à perdre encore un étage et à poursuivre la descente vers la plaine.

L’itinéraire se glisse alors sur les hauts du cimetière, où l’on retrouve bientôt l’un de ces anciens ouvrages destinés à ferrer les bœufs, familiers des campagnes traversées depuis le départ. Ici, pourtant, le bois a remplacé la pierre. Vestige d’un autre âge, il rappelle un monde rural depuis longtemps révolu : il y a belle lurette que les bœufs ont déserté les travaux des champs.

Le GR65 dessine ensuite quelques zigzags dans les larges rues du bas de Lauzerte, passe devant un bâtiment qui semble voué aux loisirs et à la culture, puis laisse progressivement les dernières maisons derrière lui pour gagner la lisière d’un petit bois.

Sous la voûte assombrie des chênes et des érables, un chemin plonge vers la plaine. La pente, mine de rien, ne fait pas semblant : depuis la citadelle, ce sont près de cent mètres de dénivelé que l’on abandonne ainsi avant de retrouver les terres basses.

À la sortie du sous-bois, la descente se prolonge encore jusqu’à la départementale D953. Comme souvent aux portes des bourgs et des cités, le vieux chemin des marcheurs doit ici composer avec les nœuds routiers du monde moderne.

Une fois la départementale franchie, le GR65 retrouve bientôt le calme d’une petite route et s’élance à travers la plaine.

En contrebas de Lauzerte coule le Lendou, modeste rivière aux multiples ramifications, dont les eaux accompagnent les cultures étendues au pied de la colline. La route longe alors un bassin de lagunage, ancêtre naturel de bien des systèmes modernes d’épuration, où l’eau est patiemment débarrassée de ses impuretés avant de rejoindre le milieu naturel. Un regard en arrière offre encore une belle récompense : Lauzerte se découpe là-haut sur sa colline, fièrement campée au-dessus de la plaine que l’on vient de gagner.

Peu après, le GR65 emprunte une petite route goudronnée qui s’élève sans brusquerie entre les cultures et commence à reconquérir les premières pentes de la colline.

Au détour de cette montée apparaît une charmante pièce d’eau, paisiblement posée dans la campagne, dont les reflets verdâtres ajoutent une touche de douceur au paysage.

Plus haut, le goudron cède enfin la place à la terre. Un chemin herbeux prend le relais et se faufile au-dessus du petit lac, parmi les arbres fruitiers, tandis que l’eau disparaît peu à peu sous le couvert de la végétation.

Sur un refrain désormais bien connu du marcheur, dès qu’un sous-bois pointe son nez, voilà qu’un chemin se met à onduler et, presque inévitablement, à grimper. Ici non plus, la règle ne souffre guère d’exception : il faudra monter, et monter encore, jusqu’au sommet de la colline. 

Dans la pente devenue raide, les cailloux prennent leurs aises sur l’étroit sentier. Les chênes règnent largement sur les autres feuillus, même si quelques châtaigniers et érables champêtres se mêlent à leur compagnie. Mais ce sont surtout les grands charmes qui attirent ici le regard, arbres plutôt rares sur les chemins de Compostelle en France et qui donnent à ce sous-bois une allure singulière.

N’allons pas prétendre qu’il s’agit là d’une douce promenade : sur près d’un kilomètre, le chemin avale presque cent mètres de dénivelé. Heureusement, la journée ne fait que commencer et les muscles, encore frais, n’ont pas eu le temps de crier grâce. Reste à choisir son mal : la terre noire, ravinée par les pluies, ou les gros cailloux qui roulent sous les semelles ? Les deux, bien sûr. Qu’importe, d’ailleurs : le chemin ne vous demande pas votre avis.

En contrebas, entre deux trouées du feuillage, Lauzerte s’offre une dernière fois au regard avant de s’effacer peu à peu derrière les arbres. On se retourne volontiers pour lui accorder cet ultime coup d’œil. Oui, décidément, Lauzerte est une belle ville.

Au sommet de la colline, la pente rend enfin les armes et le chemin débouche sur une petite route.

Le GR65 s’y engage et poursuit en légère montée sur un long ruban de goudron presque rectiligne, abrité sous la haute ramure des grands feuillus.

Au terme de cette longue ligne droite, la route atteint le lieu-dit Le Charton.

Là se dresse un superbe pigeonnier, silhouette familière d’un patrimoine rural particulièrement présent dans la région. Rectangulaires ou polygonales, parfois élevées sur plusieurs étages, ces constructions semblent avoir suffisamment marqué le paysage pour que plusieurs circuits de randonnée leur soient aujourd’hui consacrés. Leur histoire raconte aussi celle de la société rurale : longtemps réglementée et associée aux privilèges de la noblesse, leur construction se démocratisa peu à peu. On y élevait naturellement les pigeons pour leur chair, tandis que leurs déjections fournissaient un engrais précieux. Mais posséder un pigeonnier disait aussi quelque chose de son propriétaire : bien en vue dans la campagne, l’édifice affichait autant son utilité que son prestige.

Du Chartron, un large chemin s’enfonce à nouveau dans le bois et repart franchement à la descente. Sous les pas, la terre ne règne pas longtemps : les cailloux reprennent aussitôt possession du terrain. 

Vive les cailloux ! Ceux-là semblent même prendre un malin plaisir à se glisser sous les semelles des chaussures. La pente, elle non plus, ne fait guère dans la demi-mesure, oscillant entre 10 et 15 %. Heureusement, au-dessus de ce tapis minéral, les arbres déploient une ombre généreuse et bienfaisante qui rend la descente autrement plus agréable.

La déclivité ne faiblit guère avant la sortie du bois. Là, sous les chênes et les érables, une aire de pique-nique annonce un petit havre de tranquillité : tout près se blottit une chapelle.

Nichée au creux d’un vallon qui porte le joli nom de Combe du Miel, la paisible chapelle Saint-Sernin-du-Bosc semble s’être mise à l’écart du temps. L’édifice roman a traversé les siècles sans subir de profondes transformations et conserve notamment sa remarquable abside voûtée en cul-de-four. Autour de la chapelle, les croix où les pèlerins déposent leurs modestes oboles ajoutent à la sérénité du lieu une discrète part de mystère et de sacré. Elles évoquent, par leur simplicité et par l’accumulation de ces gestes anonymes, les pierres que l’on rencontre auprès de certains temples japonais : mêmes traces laissées par ceux qui sont passés avant nous, même dialogue silencieux entre le voyageur et le lieu. Classée au titre des monuments historiques, la chapelle s’aborde aujourd’hui par le côté du cimetière.

Au-dessus de ses vieux murs, un modeste clocher-mur découpe sa silhouette dans le ciel et abrite deux cloches superposées, comme suspendues l’une au-dessus de l’autre.

Depuis la chapelle, il faut déjà quitter la quiétude de la Combe du Miel. Une large route de terre battue s’arrache doucement au vallon et remonte à la lisière des bois, entre espace ouvert et frondaisons.

Section 2 : Dans les cérales du Tarn-et-Garonne

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans aucune difficulté.

La route de terre prend peu à peu de la hauteur, hésitant entre l’ombre des sous-bois et la lumière retrouvée de la campagne.

Elle passe bientôt au-dessus du petit lac de Martret, posé dans une véritable symphonie de verts tendres. Ses eaux tranquilles servent peut-être de réserve pour irriguer les cultures lorsque l’été devient brûlant et que la terre réclame son tribut d’eau.

Il suffit parfois d’un détour du chemin pour que le décor bascule. Pour quelques kilomètres au moins, les bosquets de chênes et leur univers de pénombre semblent appartenir au passé. Derrière les derniers arbres s’ouvre soudain un pays immense, presque démesuré après l’intimité des sous-bois. Qui aurait imaginé trouver ici quelque chose de ces grands horizons que l’on traverse sur le Camino espagnol, lorsque la Meseta déroule ses étendues jusqu’aux confins du regard ? N’exagérons rien cependant : nous ne sommes tout de même pas dans le Middle West américain ! Vive plutôt la campagne du Tarn-et-Garonne, avec ses champs de céréales et de tournesols et ses vergers.

Un chemin herbeux descend alors à travers cette mer agricole, longeant les blés et les tournesols en direction de la ferme de Parry. La terre est généreuse par ici, et les céréales y ont manifestement trouvé bon pays. Au début de juillet, les blés d’hiver ont déjà quitté les champs sous les lames des moissonneuses, tandis que les blés de printemps, plus tardifs, sont encore sur pied.

Mais jetons un instant un regard sur ce même pays quelques mois plus tôt, lorsque le printemps en change entièrement le visage. Sous une brise légère, les jeunes épis encore verts frémissent, puis s’inclinent ensemble en longues houles végétales qui courent d’un bout à l’autre des champs. Les parcelles sont si vastes que le marcheur a tout loisir d’assister à ce délicieux manège, tandis que ses semelles ne font que caresser l’herbe rase qui borde les cultures. Au milieu de cette mer verte, les coquelicots mettent soudain le feu au paysage : leurs corolles rouges, agitées par le vent, semblent flotter au-dessus des blés. Depuis des temps immémoriaux, ils accompagnent les céréales, tout comme le bleuet ou la nielle. Leur prodigieuse fécondité explique en partie cette fidélité : un seul coquelicot peut produire plusieurs dizaines de milliers de graines, dont certaines se mêlaient autrefois aux grains récoltés avant de retourner aux champs avec les semailles suivantes. On l’a déjà constaté ailleurs : le printemps sait souvent flatter davantage ces paysages. Mais le marcheur ne choisit pas toujours la saison à laquelle le chemin l’appelle. 

À la ferme de Parry, qui accueille les pèlerins autour d’un gîte et d’une buvette, les céréales ne règnent plus tout à fait sans partage. On y pratique aussi l’élevage. Devant les enclos, un grand chêne monte la garde tandis que les oies gambadent et que quelques moutons paissent tranquillement, presque égarés dans cet océan de cultures.

À travers les terres céréalières, les chemins aiment d’ordinaire hésiter entre terre nue et bandes d’herbe. Ici, pourtant, le goudron reprend ses droits. Il ne parvient même pas à briser cette impression d’espace et d’infini tant les cultures débordent de toutes parts. Les immenses champs de tournesols et de soja, semés au printemps selon les variétés et les conditions, alternent avec les céréales, tandis que quelques parcelles laissées en jachère viennent çà et là rompre la stricte ordonnance des cultures.

Puis les grandes étendues s’abaissent peu à peu et le GR65 finit par rejoindre la départementale D57.

Il franchit alors la Barguelonne, qui n’est ici qu’un modeste ruban d’eau glissant discrètement sous la route avant de poursuivre son voyage vers la Garonne.

À partir de la rivière commence l’un de ces tronçons dont les pèlerins se passeraient volontiers : plus de deux kilomètres à plat, sur le goudron de la départementale ou sur ses bas-côtés. Certes, la circulation n’a rien d’effréné dans ce pays peu peuplé, mais la monotonie du bitume finit par peser sous les semelles. Cette longue ligne droite a toutefois une curieuse vertu : elle révèle soudain que l’on n’est pas seul sur le Chemin. Devant comme derrière, les silhouettes des pèlerins s’égrènent au loin, minuscules points mouvants sur le ruban de la route. À défaut de contempler le paysage, on peut ainsi mesurer à loisir la petite foule itinérante dont on fait soi-même partie.

Les longues marches sur la route ne sont guère appréciées, et certains agriculteurs, plus généreux que d’autres, ont accepté d’abandonner aux pèlerins une étroite frange de leurs terres. Le Chemin peut alors se glisser au bord des champs de maïs, de blé ou de tournesols, échappant pour un temps au goudron et à la proximité des voitures.

Beaucoup plus loin, alors que l’on commence à croire la départementale interminable, un petit panneau planté discrètement dans l’herbe annonce enfin la délivrance : le GR65 va retrouver les champs. Il serait dommage de manquer cette modeste porte de sortie. Ne la ratez surtout pas ! 

Aussitôt, le décor change de ton. Un chemin se fraie un passage dans les herbes et part à la conquête du flanc de la colline. Autour de lui se déploient de nouveau les cultures céréalières, entrecoupées de quelques prairies et de lambeaux de sous-bois. Le goudron paraît déjà loin.

Le chemin joue désormais avec le paysage, tantôt happé par l’ombre d’un sous-bois, tantôt rejeté en pleine lumière au milieu des céréales et des oléagineux. À mesure que l’on approche du lieu-dit Magaou, la pente se fait plus exigeante. À l’horizon apparaissent aussi les premiers arbres fruitiers, annonçant un autre visage du Tarn-et-Garonne. Les maisons, elles, se font encore attendre : dans cette campagne largement livrée aux cultures, la présence humaine demeure discrète, presque effacée derrière l’immensité des terres. 

Section 3 : Dans les vergers du Tarn-et-Garonne

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours en pente constante.

Une route reprend alors doucement de la hauteur, longeant les maisons dispersées de Mirabel, éparpillées dans la campagne comme pour mieux profiter de l’espace. 

Pour atteindre le sommet de la colline, il faudra encore solliciter un peu les muscles. Le goudron s’obstine et la pente, jusque-là plutôt conciliante, se redresse progressivement à mesure que l’on prend de la hauteur.

De part et d’autre s’étirent prés et champs, tandis que la route déroule son ruban avec une régularité presque implacable. Peu de fantaisie dans ce décor ouvert : la montée se fait monotone, parfois sévère, et il ne reste guère qu’à laisser les pas grignoter patiemment la pente.

Au sommet de la rampe, le GR65 change brusquement de cap et tourne à angle droit pour emprunter, quelques instants seulement, une autre petite route agricole.

Cette fois, le tête-à-tête avec le goudron est heureusement de courte durée. Le parcours trouve assez rapidement un chemin de traverse et retrouve avec lui un terrain plus familier aux semelles du marcheur.

Aussitôt, le chemin s’incline vers le ruisseau de Bonnet. En descendant, il croise une vieille fontaine grise, vestige d’un autre âge presque englouti par la végétation. Dissimulée parmi les roseaux et les herbes folles, elle laisse entrevoir une eau trouble qui n’invite guère à remplir la gourde.

Puis le chemin plonge franchement dans l’herbe et se laisse couler entre les champs, comme aspiré par le fond du vallon qu’il rejoint bientôt.

Là-dessous, le paysage change une nouvelle fois de langage. Au désordre exubérant des hautes herbes répond, sur les coteaux, la stricte géométrie des cultures soigneusement alignées. Sur la droite, pendant près d’un kilomètre, les noyers se succèdent en rangs réguliers ; à gauche, le long du ruisseau, les feuillus reprennent leurs droits et composent un rideau de verdure plus libre et plus sauvage. Le marcheur avance ainsi entre deux mondes : d’un côté la campagne ordonnée par la main de l’homme, de l’autre la végétation qui suit encore ses propres caprices.

Plus loin, les rangées de noyers finissent par s’effacer. Le chemin se rapproche alors du ruisseau et se faufile dans les herbes folles qui en envahissent les abords.

Qui dit ruisseau dit presque toujours fraîcheur et humidité, même lorsque l’eau joue à se faire oublier. Il faut bientôt franchir le ruisseau de Bonnet, si discret sous la végétation que son filet d’eau est à peine décelable.

De l’autre côté du vallon, le paysage change à nouveau radicalement de visage. Le chemin se redresse sans ménagement et grimpe à travers les herbes et les graminées, avec des passages dépassant les 15 % de pente. Inutile, ici, de compter sur les cultures pour se repérer d’une année à l’autre : les agriculteurs pratiquent l’alternance et les champs changent régulièrement de parure. Aujourd’hui, ce sont des blés fraîchement récoltés ; une autre année, le tournesol prendra peut-être leur place, à moins qu’un engrais vert ne couvre les terres laissées au repos. Dans ce décor changeant, une seule chose semble immuable : la pente.

Il est pourtant un autre élément du paysage qui, lui, paraît bien décidé à durer : les vergers. Au sommet de la colline, la campagne retrouve soudain toute la rigueur d’une agriculture patiemment ordonnée. Le chemin atteint le hameau de Bonnet, entouré de vastes plantations où se côtoient les vignes sous leurs voiles protecteurs, les pruniers, les cerisiers et les abricotiers. Partout, les arbres s’alignent avec une régularité presque géométrique, en longues perspectives qui semblent filer jusqu’à l’horizon avant de redescendre sur l’autre versant de la colline.

Le chemin traverse alors ce petit univers entièrement voué à l’agriculture. À quelques pas de là, le GR65 atteint le lieu-dit Aube Nouvelle, joli nom emprunté à l’hôtel qui se dresse en ces lieux.

Une route reprend ensuite son ascension entre les prés, les céréales et les vergers. Durfort-Lacapelette n’est plus très loin : le village attend le marcheur à quelques encablures seulement, au terme de cette campagne largement ouverte.

Les vergers continuent de rythmer la marche, toujours aussi élégants dans leurs alignements impeccables. Deux possibilités s’offrent alors au marcheur : emprunter une petite route vicinale ou poursuivre le long des fruitiers et des grands érables sycomores qui accompagnent la route. Peu importe finalement la variante choisie : toutes deux conduisent à Durfort-Lacapelette.

Durfort-Lacapelette est un village profondément ancré dans cette campagne agricole. Pour le pèlerin, il offre surtout deux ressources bienvenues sur le parcours : un gîte et un petit commerce, modeste peut-être, mais fort utile lorsqu’on voyage à pied.

Section 4 : Entre vergers, et sous-bois

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté.

La route goudronnée quitte Durfort-Lacapelette sous la haute silhouette des peupliers, mais le pèlerin ne lui tiendra pas compagnie bien longtemps. Nous sommes ici dans un pays de collines et de vallons, de descentes aussitôt suivies de remontées. Vous imaginez bien que le Chemin de Compostelle ne saurait vous priver longtemps de ce plaisir.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Le goudron s’efface et un chemin s’élance dans la pente pour gagner le creux du vallon.

Quelques parcelles consacrées au maraîchage apportent ici une touche différente au paysage agricole. 

En contrebas du village, les vergers reprennent rapidement possession du décor. Leurs longues rangées d’arbres fruitiers disparaissent sous d’immenses filets protecteurs, remparts légers dressés contre les oiseaux et les assauts de la grêle. Attention toutefois au bout du verger : le chemin y joue un petit tour au marcheur, car la direction n’est guère évidente. Tout invite à poursuivre droit devant. Il n’en est rien : il faut tourner à angle droit derrière le verger pour poursuivre la descente vers le fond du vallon.

Le chemin plonge alors dans les herbes, hésitant entre la lisière des sous-bois et les champs qui occupent les terres basses. À mesure que l’on approche du lac, l’ordre des cultures se défait et l’anarchie végétale reprend ses droits. Herbes folles, buissons et plantes de toutes sortes reconquièrent ces marges où le tracteur ne s’aventure guère. C’est une autre campagne qui s’exprime ici, celle que les hommes ont renoncé à discipliner tout à fait et où la nature reprend discrètement ses libertés.

Au fond du vallon, le terrain se fait humide, presque marécageux. Le chemin franchit le ruisseau de la Lambenne et découvre bientôt son joli petit lac, paisiblement installé au creux de la végétation. On ne soulignera jamais assez combien ces modestes étendues d’eau peuvent être réconfortantes sur le Chemin.

Un large chemin accompagne un moment les rives du lac avant de s’en détacher pour attaquer l’autre versant. La pente retrouve aussitôt de la vigueur et remonte franchement dans les herbes, au milieu d’une nature encore un peu sauvageonne.

Au sommet de la rampe, le paysage se range de nouveau sous la main de l’homme. Les broussailles et les arbres sauvages s’effacent peu à peu devant les vergers et les vignes, dont les alignements réguliers reprennent possession de la colline.

Le chemin finit par retrouver le goudron au lieu-dit Les Tours.

À partir d’ici, la route s’étire à plat sur de nombreux kilomètres et les vergers reprennent possession du paysage. À perte de vue, les arbres s’alignent avec une précision presque militaire sous les vastes filets qui les recouvrent. L’homme a tendu là d’immenses toiles d’araignée au-dessus de ses cultures, non pour capturer les insectes, mais pour tenir à distance la gent ailée et protéger les fruits de ses convoitises.

La route poursuit son chemin entre les champs de céréales et les vergers, parcelles après parcelles, comme les pièces soigneusement ajustées d’une immense mosaïque agricole. Elle finit par couper la départementale D16 avant de poursuivre tout droit dans la plaine.

Dès lors, la petite route semble prendre son temps. Elle se traîne longuement entre les prés et les cultures en direction de Saint-Martin-de-Durfort, tandis que le paysage change insensiblement de visage. Les vergers, jusque-là omniprésents, se raréfient puis s’effacent au profit des céréales, des tournesols et des prairies. Rien de tout cela n’est pourtant abandonné au hasard. Sous l’apparente simplicité de cette campagne se cache une longue histoire faite d’observations, d’essais, de réussites et d’échecs transmis d’une génération à l’autre. La nature du sol impose elle aussi sa loi : dans ce Tarn-et-Garonne largement calcaire, toutes les terres ne se ressemblent pas, certaines plus lourdes, d’autres plus légères, chacune appelant ses cultures et ses usages.

Dans cette petite plaine désormais plus habitée, les maisons se font peu à peu plus nombreuses le long de la route, éparpillées entre les prairies. Ainsi se poursuit le jeu de l’alternance : une maison, un pré, quelques champs, puis de nouveau les cultures, jusqu’à ce que les premières bâtisses annoncent enfin le petit village de Saint-Martin-de-Durfort.

Là, une modeste chapelle de pierre et de brique accueille le marcheur. Par le mariage de ces deux matériaux, elle reprend cette manière de bâtir si caractéristique des constructions anciennes du département, où la rudesse claire de la pierre se mêle volontiers aux tonalités plus chaudes de la brique.

Section 5 : Le long du ruisseau de Laujol, mais pas que…

 

Aperçu général des difficultés du parcours : pentes prononcées, parfois à plus de 15%, en descente comme en montée.

Depuis Saint-Martin-de-Durfort, le GR65 se laisse doucement glisser sur la route goudronnée pendant plus d’un grand kilomètre, en direction du lieu-dit La Baysse. Autour de lui, rien ne vient véritablement troubler l’ordonnance tranquille des champs de céréales et des prairies qui accompagnent la marche.

C’est l’un de ces passages où le regard cherche en vain quelque chose à quoi s’accrocher. Ni monument, ni grand paysage, ni accident de terrain pour rompre la monotonie : le pèlerin avance, laisse défiler la route sous ses pas et, pour tout dire, attend simplement que cela se passe.

Plus bas, à l’approche de La Baysse, la route perd un peu de sa nonchalance et s’incline davantage. Quelques maisons dispersées apparaissent alors sur les bas-côtés, maigres signes de présence humaine dans cette campagne toujours très ouverte.

La descente réserve ses pourcentages les plus sérieux pour la fin. Sous la haute garde des platanes, la route plonge plus franchement avant de venir buter sur la départementale D16.

Le GR65 traverse la départementale et se réfugie aussitôt sur un petit chemin qui en longe le bord, suffisamment à l’écart pour rendre au marcheur un peu de tranquillité.

Très vite apparaît le ruisseau de Laujol, modeste filet d’eau qui serpente au fond du vallon. Il faut retenir son nom : discret compagnon pour l’instant, on le retrouvera plus tard aux portes de Moissac. Pour l’heure, le chemin préfère musarder quelque temps sous un couvert dense et touffu, dans la fraîcheur retrouvée du sous-bois… 

… jusqu’à déboucher sur une petite route goudronnée qui, à première vue, semble ne mener nulle part. Nulle part, peut-être, sauf dans l’imagination des concepteurs du nouveau tracé du GR65. Car c’est ici que commence une petite farce dont le marcheur se serait volontiers passé. Jadis, le chemin poursuivait tranquillement sa route à travers les sous-bois, à plat, le long du Laujol et parallèlement à la départementale. Certes, le murmure lointain des moteurs rappelait de temps à autre l’existence du monde automobile, mais rien qui puisse véritablement troubler cette marche facile au bord du ruisseau. Il faut croire que tant de simplicité a fini par paraître suspecte. Quelqu’un a dû penser qu’un pèlerin ainsi épargné risquait de s’ennuyer et qu’il convenait d’ajouter un peu de piment à son affaire. Puisque le nouveau GR65 nous y invite, allons donc voir ce qu’on lui a réservé…

Et voilà le piment annoncé. Sans autre forme de procès, le chemin se cabre et attaque sèchement la colline, avec des passages qui dépassent parfois les 20 %. Sous la voûte du sous-bois se pressent les chênes, les châtaigniers, les érables et ces grands charmes qui semblent décidément avoir trouvé dans ces vallons un territoire à leur convenance.

Une chose est certaine : la forêt est magnifique. Le sol, lui, se montre parfois moins aimable. Lorsque la terre glaise s’en mêle, les semelles peuvent y trouver une compagnie autrement plus collante que celle des arbres. 

Encore un dernier coup de collier et la pente finit par rendre les armes. Le chemin débouche sur le petit plateau de Teyssières, où quelques rares demeures émergent dans la campagne. Après pareille grimpée, on pourrait croire l’effort récompensé.

C’est précisément ici que se dévoile le jeu de dupes. Car à peine arrivé là-haut, il faut déjà redescendre. Et non par quelque joli sentier serpentant sous les arbres : une route goudronnée se charge de vous ramener, sur près d’un demi-kilomètre, vers le fond du vallon que vous venez de quitter.

Au bas de la descente, surprise ou plutôt confirmation de la plaisanterie, voici de nouveau le Laujol et la route départementale. Autrement dit, vous avez gravi la colline pour retrouver presque exactement ce que vous aviez laissé en bas. L’ancien GR poursuivait jadis à plat le long du ruisseau et conduisait ici sans cette dépense d’énergie, par un itinéraire sensiblement plus court. À chacun donc de réfléchir, au moment de passer par là, à l’intérêt de consentir cet effort supplémentaire, qui n’apporte guère de charme supplémentaire à l’étape. Celle-ci est déjà suffisamment longue pour que l’on puisse, sans trop de remords, se dispenser de cette gentille plaisanterie.

Quoi qu’il en soit, le GR65 retrouve ensuite ses anciennes habitudes. Il repart sur le bas-côté de la départementale et recommence à jouer avec le Laujol, tantôt s’en rapprochant, tantôt s’en écartant au gré des méandres du vallon.

Cette compagnie se prolonge jusqu’à trouver le Chemin de la Fournaise, où le parcours change une nouvelle fois de décor.

Le GR65 franchit une nouvelle fois le ruisseau, emprunte la route sur quelques centaines de mètres, puis lui fausse compagnie pour retrouver les prés. Il chemine alors dans l’herbe, accompagné par d’épaisses haies qui dressent de part et d’autre leurs murailles de feuillage.

Regardez comme la nature sait parfois prendre sa revanche. Il y a cinq ans encore, fleurissait ici un bien étrange parc automobile : de vieilles carcasses abandonnées dans le sous-bois. De tout temps, certains ont trouvé commode de confier aux berges et aux endroits délaissés ce dont ils ne savaient que faire. Mais la végétation a de la patience. Elle s’est insinuée sous les châssis, a glissé ses branches à travers les portières, enveloppé les tôles et englouti peu à peu les véhicules sous son feuillage. Aujourd’hui, les voitures ont été mangées par la verdure. La revanche est lente, silencieuse, mais implacable. Gageons que, dans quelques siècles, quelque archéologue perplexe fouillera les lieux et consacrera de savantes pages à cet étrange cimetière mécanique enseveli.

Laissant derrière lui ces vestiges d’un autre temps, le chemin poursuit sa course à travers les prés et se rapproche peu à peu de la forêt. Les arbres, d’abord simples silhouettes à l’horizon, finissent par refermer leur rideau devant le marcheur. .

Il faut alors abandonner la douceur des prairies : le chemin se redresse et repart à l’assaut de la colline sous le couvert du sous-bois. 

Le sentier est magnifique. Terre battue, petits cailloux et racines entremêlées composent sous les pas un véritable chemin de forêt, de ceux que le marcheur aimerait voir se prolonger indéfiniment. Mais la beauté se mérite : la pente est rude sous les chênes, les érables et les châtaigniers qui règnent ici sur les hauteurs.

La nature se fait alors sauvage à souhait. Plus on avance sous les frondaisons, plus le monde cultivé paraît s’éloigner. Les arbres se resserrent, les feuillages filtrent la lumière, les racines courent sous les pas et le sentier semble s’enfoncer dans un univers qui n’appartient plus tout à fait aux hommes. Sauvage oui, et par instants presque ensorcelant.

Section 6 : Entre vergers et sous-bois

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté.

Vous voici maintenant au sommet de la rude montée. Les jambes peuvent enfin relâcher leur effort : une large route de terre battue prend le relais et file paisiblement sur la crête, sous l’ombre généreuse des chênes et des frênes.

Après les pourcentages sévères de la forêt, cette piste tranquille ressemble presque à une récompense. Elle hésite entre sous-bois et campagne entrouverte, mais préfère le plus souvent la compagnie des arbres, déroulant son ruban de terre sous les frondaisons jusqu’à rejoindre une petite route goudronnée.

Attention cependant à cet endroit : le chemin réserve un petit piège d’orientation. Lorsque la route de terre rejoint le goudron, le panneau indicateur est assez mal placé et tout semble inviter à poursuivre droit devant. De nombreux pèlerins s’y trompent. N’en faites rien : le GR65 effectue ici un virage presque complet, à 180 degrés, et repart dans la direction opposée.

Les demeures sont rares dans cette campagne retirée. La petite route se met alors à onduler paresseusement sur les hauteurs en direction de l’église d’Espis. Pour une fois, le relief accorde un peu de répit au marcheur : la progression ne réclame pratiquement aucun effort.

De temps à autre, quelques pins viennent faire la nique aux feuillus qui règnent sans partage depuis plusieurs kilomètres. La forêt a d’ailleurs gagné en stature : les arbres se dressent ici plus hauts, comme si la crête leur avait offert davantage d’espace pour aller chercher la lumière.

Plus loin, la route consent à se redresser légèrement et passe devant le gîte équestre de Moissac. Quant à ceux que le goudron rebute jusque dans ses moindres mètres, le Chemin se montre plutôt généreux : une étroite bande d’herbe accompagne la chaussée de chaque côté, offrant aux semelles une alternative plus tendre.

Au sommet de cette modeste côte apparaissent les lotissements récents d’Espis. Puis, à mesure que l’on approche de l’église, la pente s’assagit de nouveau et la campagne cultivée reprend ses droits. Revoici les beaux vergers et les vignes de chasselas, dont les alignements réguliers redonnent au paysage cette ordonnance familière rencontrée sur les collines précédentes.

La route poursuit alors sa course sur le haut de la crête et passe tout près de l’église d’Espis.

Notre-Dame-des-Pins d’Espis se dresse juste au bord de la route. Inscrite au titre des Monuments historiques, l’église plonge ses origines jusqu’au XIe siècle et rappelle, une fois encore, combien ces modestes sanctuaires ruraux ont traversé les âges au milieu d’une campagne sans cesse transformée. Mais les pèlerins ne s’arrêtent pas toujours auprès des églises pour les seules nourritures de l’âme. Les cimetières cachent souvent un trésor autrement plus prosaïque : le robinet destiné à l’arrosage des fleurs. Bonne nouvelle pour les gourdes assoiffées, il y en a justement un ici.

La route musarde encore quelque temps sur le plateau d’Espis, entre les vignes et les arbres fruitiers, comme si elle hésitait à abandonner tout de suite les hauteurs.

Puis le paysage bascule et commence la grande descente vers Moissac. La route plonge franchement entre les vergers et les lotissements qui gagnent peu à peu les coteaux. À voir cette profusion d’arbres fruitiers, on devine des terres généreuses, particulièrement propices à leur épanouissement. Les vignes qui donnent le célèbre chasselas de Moissac, ce raisin blanc de table emblématique de la région, restent pourtant encore discrètes dans ce paysage. Il faudra descendre davantage vers les terres baignées de soleil autour de Moissac pour le voir véritablement prendre possession des coteaux.

Que l’on ne s’imagine pourtant pas dévaler tranquillement jusqu’à la ville. Le relief n’a pas encore dit son dernier mot. La route descend, certes, mais se ravise parfois et remonte brusquement, comme si les collines voulaient retenir encore un peu le marcheur sur leurs flancs. Dans un sens comme dans l’autre, les pentes savent d’ailleurs se montrer sérieuses et rappellent que, jusqu’aux portes de Moissac, rien n’est jamais tout à fait plat.

La ville se rapproche néanmoins, et le paysage commence à perdre peu à peu son caractère franchement rural. Plus bas, sur des terres peut-être moins favorables aux fruitiers, les tournesols et le soja prennent le relais, tandis que les villas se dispersent sans grand ordre dans la campagne. Mais il suffit de porter le regard au-delà de ce premier désordre périurbain : dans la plaine qui s’étale en contrebas, les grandes toiles protectrices des vergers et les cultures maraîchères dessinent déjà une vaste mosaïque agricole aux portes de Moissac.

Section 7 : En route pour Moissac, au bord du Tarn

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté.

La route traverse maintenant les lotissements accrochés aux hauteurs de Moissac. La campagne recule, les maisons se rapprochent, mais la nature réserve encore au marcheur une dernière parenthèse : un sous-bois se profile en contrebas. Ce sera le dernier de la journée.

À mesure que l’on perd de l’altitude, la pente se fait plus pressante. La ville est proche désormais, quelque part en dessous, et la route semble vouloir y précipiter le marcheur.

Un peu plus bas, le goudron finit par céder la place à la terre battue pour peu de temps. La descente n’en devient pas plus douce pour autant : par endroits, la pente dépasse les 10 %. .

Le chemin dévale alors à travers les prés en direction du dernier sous-bois. Dans son creux coule une vieille connaissance : le Laujol. On le franchit sur un petit pont, au-dessus d’eaux boueuses qui paraissent avoir pris de l’assurance et du volume depuis les premiers filets rencontrés beaucoup plus haut dans le vallon. 

Quelques pas encore, et voici les premiers faubourgs de Moissac. Mais que personne ne range trop vite son bâton : entrer dans la ville ne signifie pas être arrivé. Près de deux kilomètres restent encore à parcourir avant de gagner le centre et le véritable terme de l’étape.

La transition est presque brutale. En quelques instants, la tranquillité des prés et des sous-bois cède la place au bruit, aux voitures et à l’agitation croissante des faubourgs. À l’entrée de Moissac, le GR65 passe d’un rond-point à l’autre en longeant la D957. Et, sans trop solliciter l’imagination, on devine rapidement quel grand itinéraire traverse la cité : les décorations des ronds-points rendent un hommage appuyé au Chemin de Compostelle.

Le GR65 ne choisit pourtant pas la ligne droite pour gagner le cœur de Moissac. Il préfère s’en écarter quelque peu et emprunter la route du Chemin des Vignes. Une variante propose même d’éviter la ville, mais rares sont les pèlerins qui se laissent tenter. Après tant de chemins, de forêts, de vallons et de champs, beaucoup préfèrent retrouver un peu d’agitation, quelques magasins, une terrasse, un restaurant, des visages… de la vie, quoi. 

Le Chemin des Vignes traverse ainsi des quartiers résidentiels paisibles, où la ville semble encore hésiter entre campagne et tissu urbain. Les maisons se succèdent tranquillement le long de cette petite route qui conduit peu à peu vers le centre.

Plus loin survient un compagnon inattendu sur un chemin de pèlerinage : la voie ferrée. Les rails viennent couper le paysage urbain et rappellent soudain qu’ici, contrairement à bien des étapes traversées jusque-là, le train fait partie du décor. Le GR65 longe alors quelque temps la voie ferrée avant d’aboutir dans une impasse. Cette fois, guère d’alternative : il faut franchir les rails pour poursuivre vers le centre. Une gare sur une étape du Chemin de Compostelle, voilà presque une curiosité après tant de villages où le seul moyen de transport semble parfois être celui que l’on porte au bout de ses jambes.

Une fois la voie franchie, le but est enfin tout proche. À deux pas de là se dresse l’abbatiale de Moissac. Après les collines, les vergers, les longues routes, les ruisseaux et les forêts de cette journée, la grande silhouette de l’édifice peut enfin marquer le terme de l’étape.

Le portail de l’église Saint-Pierre, ancienne abbatiale romane remaniée au fil des siècles, est un chef-d’œuvre de la sculpture médiévale. Son célèbre tympan a même servi de décor au film « Le Nom de la rose », adapté du roman d’Umberto Eco. Au-dessus, le puissant clocher-porche a des allures de forteresse. Il faut pénétrer dans le narthex et lever la tête pour prendre toute la mesure de sa hauteur. Consacrée en 1063, l’église fut ensuite transformée au fil des siècles, notamment dans le goût gothique, comme en témoignent ses arcs brisés.

À côté de l’église, le cloître, achevé au tout début du XIIe siècle, est exceptionnel. Considéré comme l’un des ensembles romans les mieux conservés d’Occident, il séduit d’abord par son calme et son étonnante sobriété.

Mais son véritable trésor se cache dans le détail : ses fines colonnettes de marbre et surtout ses chapiteaux sculptés, où défilent scènes bibliques, animaux et motifs végétaux. Si les escaliers étroits ne vous rebutent pas, ne vous privez pas de monter vers les parties hautes : le regard s’ouvre alors sur Moissac et la vallée du Tarn. L’abbatiale et son cloître font partie des monuments des chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1998.

Pèlerin ou simple visiteur, difficile de rester indifférent devant de tels chefs-d’œuvre. Impossible surtout de ne pas lever les yeux vers l’extraordinaire portail roman. Au centre du tympan, le Christ en majesté domine les personnages de l’Apocalypse, tandis que les vingt-quatre vieillards convergent vers lui. Plus bas, sur le trumeau, la longue silhouette du prophète Jérémie semble onduler avec la pierre. Partout, personnages, animaux, étoffes et feuillages composent une extraordinaire dentelle minérale.

Il faut avoir la curiosité de grimper au-dessus de l’ancien Carmel jusqu’au belvédère qui domine l’abbatiale et son cloître. 

La montée est courte, mais raide, c’est certain. La récompense est là-haut : le grand cèdre du cloître, qui rivalise presque avec le clocher lorsqu’on l’observe d’en bas, n’est plus qu’un gros buisson. Au-delà des toits de Moissac, le regard franchit le pont Napoléon et s’échappe largement sur la plaine du Tarn.

Avec ses quelque 12 500 habitants, Moissac est une petite ville pleine de charme, posée non loin de la confluence du Tarn et de la Garonne. Depuis Le Puy-en-Velay, c’est seulement la deuxième véritable ville rencontrée par le pèlerin après Cahors, et encore reste-t-elle à taille humaine. À ses pieds passe tranquillement le canal latéral à la Garonne, maillon du canal des Deux-Mers qui relie Atlantique et Méditerranée.

Un peu plus bas, le magnifique pont Napoléon franchit le Tarn dans une succession d’arches qui pourraient presque le faire passer pour un antique pont romain. Que nenni ! Sa construction fut décidée sous Napoléon Ier et l’ouvrage ne fut achevé qu’en 1826, sous Charles X. Dans ces parages se trouvait autrefois le port de Moissac, témoin d’une époque où la rivière était une grande voie de commerce. Les imposants hôtels particuliers du quartier rappellent encore cette prospérité passée.

Mais Moissac est surtout une ville où il fait bon flâner. Quelques jolies ruelles, de petites places animées, des terrasses et de charmantes demeures donnent envie de poser le sac et de retrouver, pour quelques heures, les plaisirs simples de la vie urbaine.

Demain, le pèlerin aura tout loisir de faire connaissance avec cette étonnante voie d’eau qu’est le canal latéral à la Garonne. Après les collines et les vallons de ces derniers jours, ses longues perspectives promettent un tout autre décor, et surtout un chemin beaucoup plus plat, du moins pour une partie d’entre eux.

Logements sur la Via Podiensis

  • Gîte La Maison de Jean-Yves et Marie, Parry ; 06 80 64 45 79 ; Gîte, repas, petit déj.
  • Gîte du Soleil Levant, 20 Rue des Pèlerins, Durfort-Lacapelette; 06 14 96 00 30 ; Gîte, petit déj., cuisine
  • Gîte St Martin, St Martin; 06 85 35 73 59 ; Gîte et tentes, repas, petit déj.
  • Chambre d’hôtes La Maison de Laujol, Laujol; 06 03 76 85 31/07 81 66 81 75 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj.
  • Gîte Colibri d’Epsis, Epsis; 06 16 48 07 29 ; Gîte et tentes, repas, petit déj., cuisine
  • Gîte et Chambres d’hôtes Les Irondas, Chemin de Merle/Moissac; 06 68 64 09 45 ; Gîte et Ch. d’hôte, repas, petit déj.
  • Chambres d’hôtes Les Loups Blancs, Chemin de Merle/Moissac; 06 19 10 91 28 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj.
  • Gîte l’Ancien Carmel, 5 Sente du Calvaire, Moissac; 05 63 04 62 21/09 64 48 71 99 ; Gîte, repas, petit déj., cuisine
  • Gîte Les Etoiles, Guy (pèlerin), 4 Rue Falhière, Moissac; 06 25 63 00 10 ; Gîte, repas, petit déj.
  • Gîte l’Alienor de Moissac, 25 Avenue Maleveille, Moissac; 07 87 90 07 21 ; Gîte, repas, petit déj.
  • Gîte Auberge des Chemins, Agnès (pèlerine), 17 Rue du Pont, Moissac; 06 24 34 80 87/05 81 78 68 39 ; Gîte, repas, petit déj.
  • Gîte l’Escale du Bonheur, 33 Rue de l’Inondation, Moissac; 06 31 13 12 69 ; Gîte, repas, petit déj., cuisine
  • Gîte-Chambres d’hôtes Ultreia, 45 Avenue Chabrié, Moissac; 05 63 05 15 06/06 71 74 03 14 ; Gîte et Ch. d’hôte, repas, petit déj.
  • Gîte-Chambres d’hôtes Comme un Air de Voyage,10 Blvd de Brienne, Moissac; 06 20 42 03 63 ; Gîte, tentes et Ch. d’hôte, repas, petit déj., cuisine
  • Gîte-Chambres d’hôtes le Provensal***, 40 Rue Guilleran, Moissac; 05 63 04 07 88/06 86 13 94 66 ; Gîte et ch. d’hôte, petit déj., cuisine
  • Chambres d’hôtes Le Jardin Suspendu, 25 Blvd Cadel, Moissac; 06 07 81 33 15 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj.
  • Chambres d’hôtes La Halte d’Oc, 21 Rue des Religieuses, Moissac; 06 43 00 37 42/06 47 74 54 30 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj., cuisine
  • Chambres d’hôtes La Fuite en Égypte, 29 Rue Guilleran, Moissac; 06 43 00 37 42/06 47 74 54 30 ; Ch. d’hôte, petit déj.
  • Chambres d’hôtes La Maison Lydia, 2 Quai Magenta, Moissac; 07 49 78 22 02 ; Ch. d’hôte, petit déj.
  • Hôtel-restaurant L’Armateur***, 1 Rue François Raynal, Moissac; 05 63 32 85 10 ; Hôtel, repas, petit déj.
  • Hôtel-restaurant Le Chapon Fin***, 3 Place des Récollets, Moissac; o5 63 95 59 49 ; Hôtel, repas, petit déj.
  • Hôtel-restaurant -Spa Le Moulin de Moissac***, 1 Promenade Sancert, Moissac; 05 63 32 88 88 ; Hôtel, repas, petit déj.

D’année en année, le Chemin de Compostelle se transforme, se réinvente au gré des saisons et des pas des pèlerins. Certains hébergements ferment leurs portes tandis que d’autres, modestes ou inattendus, voient le jour. Il serait dès lors illusoire de prétendre en établir une liste immuable et exhaustive. Celle-ci ne recense que les logements situés directement sur l’itinéraire ou à moins d’un kilomètre de celui-ci. Cette sélection a été actualisée en 2026 ; elle ne devrait donc pas connaître de bouleversements majeurs dans les prochaines années. Pour qui souhaite aller plus loin, un seul ouvrage fait figure de référence incontournable : Miam Miam Dodo, aisément accessible en ligne. Ce guide, dont le mérite essentiel réside dans sa mise à jour annuelle, ne se limite pas aux hébergements du tracé strict, mais mentionne également des adresses en dehors du parcours, comme ressource précieuse lorsque l’affluence rend les étapes plus incertaines. On y trouve en outre une mine d’informations pratiques : bars accueillants, restaurants de passage et boulangeries providentielles, autant de haltes qui ponctuent le voyage. À cette cartographie traditionnelle s’ajoute désormais une présence devenue incontournable : Airbnb. Cette plateforme s’est imposée comme une référence majeure dans le paysage touristique, y compris dans les régions les plus discrètes ou les moins favorisées. Toutefois, comme chacun le sait, les adresses exactes n’y sont pas directement visibles, ce qui suppose une certaine anticipation. Car sur le Chemin, trouver un lit à la dernière minute relève parfois du hasard heureux. Mais le hasard, par nature, ne saurait constituer une stratégie. Il est donc vivement recommandé de réserver en amont. Enfin, lors de vos démarches, prenez soin de vous renseigner sur les possibilités de repas ou de petit-déjeuner : ces détails, en apparence anodins, peuvent grandement adoucir une étape.

Si l’on dresse l’inventaire des capacités d’accueil, on dénombre environ 75 lits avant d’atteindre Moissac, ce qui laisse entrevoir que nombre de pèlerins choisissent de faire halte en amont. À Moissac même, l’offre s’élargit avec près de 400 lits disponibles. Si la fréquentation de la Via Podiensis oscille généralement entre 100 et 200 marcheurs, depuis Cahors il y a moins de pèlerins. Cette étape ne devrait poser aucun problème majeur de logement, bien qu’il soit toujours mieux de réserver à l’avance.

 Ces itinéraires, qui serpentent à travers des territoires souvent peu densément peuplés, offrent peu de commerces. Les restaurants y sont rares, tout comme les épiceries, et celles-ci prennent souvent la forme de modestes dépôts de pain, proposant quelques légumes et produits laitiers. On peut se restaurer modestement sur le parcours à Parry à la ferme, et à Durfort-Lacapelette. Des points d’eau sont présent à Durfort, St Martin et à la Chapelle d’Epsis. Il n’y a aucun sanitaire. Moissac est une petite ville, avec tous les commerces. Enfin, de nombreuses entreprises proposent des services de transport de bagages ou de rapatriement vers le point de départ. Parmi elles, une s’impose comme une référence incontournable : La Malle Postale.

N’hésitez pas à ajouter des commentaires. C’est souvent ainsi que l’on monte dans la hiérarchie de Google, et que de plus nombreux pèlerins auront accès au site.
Etape suivante : Etape 22: De Moissac à Auvillar 
Retour au menu
Back to Top