Dans la sérénité de l’abbatiale de La Romieu
DIDIER HEUMANN, MILENA DALLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS
Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct.
Pour ce parcours, voici le lien:
https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-lectoure-a-la-romieu-par-le-nouveau-gr65-55420209/
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Tous les pèlerins ne sont pas forcément à l’aise avec la lecture des GPS ou la navigation sur un portable, d’autant plus qu’il existe encore de nombreuses zones sans connexion Internet. C’est pourquoi, pour faciliter votre voyage, un livre dédié à la Via Podiensis du Puy-en-Velay à Cahors est disponible sur Amazon. Bien plus qu’un simple guide pratique, cet ouvrage vous accompagne pas à pas, kilomètre après kilomètre, en vous offrant toutes les clés pour une planification sereine et sans mauvaises surprises. Mais au-delà des conseils utiles, il vous plonge dans l’atmosphère enchanteresse du Chemin, capturant la beauté des paysages, la majesté des arbres et l’essence même de cette aventure spirituelle. Seules les images manquent : tout le reste est là pour vous transporter. En complément, nous avons également publié un second livre qui, avec un peu moins de détails mais toutes les informations essentielles, décrit le parcours global du Puy-en-Velay à St Jean-Pied-de-Port. À vous de choisir votre parcours. |
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Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.
Le Gers est une très grande campagne. Le département comprend moins de 200’000 habitants. Si le Gers, à première vue, peut paraître assez uniforme, il comprend en fait plusieurs régions qui se distinguent surtout par les cultures que l’on développe.
Vous aimez le canard ou l’oie. Vous savez donc peut-être à peu près situer le Gers. Vous êtes une fine lame, un émule de d’Artagnan ou des Mousquetaires, alors vous vous souvenez aussi que ces gars étaient des gascons. Alors, la Gascogne, un département ou une autre affaire? Aujourd’hui, la Gascogne n’est plus une région administrative, mais une aire cultuelle et linguistique. C’est une ancienne province à cheval sur les départements du Gers, des Landes, et des Hautes Pyrénées, s’étendant même en partie vers la Gironde. C’est surtout son identité culturelle qui la caractérise, en particulier son langage, le gascon, un des dialectes de l’occitan. Le Gers est un de bastions de la Gascogne. Dans l’imaginaire d’Alexandre Dumas, c’est d’ici que les célèbres mousquetaires sont montés à Paris. Une statue récente les montre en action près de la cathédrale de Condom.
Vous traversez donc aujourd’hui la Lomagne, dans le Lectourois, à cheval sur le Gers et le Tarn-et-Garonne, à l’extrémité nord-est de la Gascogne. C’est une terre ronde, riche et calcaire, avec de larges vallées et des collines, un paysage ouvert dominé par l’uniformité de grandes étendues terreuses, avec peu de bosquets, où l’agriculture intensive tourne à plein régime. Les vaches ont presque disparu d’ici, et les petites parcelles cultivées deviennent de plus en plus rares. Au nord, les céréales et les oléagineux dominent. Au sud, les vignes et le maïs prennent la relève. On y trouve surtout des céréales, des blés en particulier (45%). Les oléagineux couvrent 25% des territoires agricoles. Le Gers est le premier producteur de tournesol et de soja en France. Les vignes, dont le célèbre Armagnac, ne représentent que 5% de terres exploitées. Les prairies sont discrètes et l’élevage des bovins et ovins est assez restreint ici. Les canards ce sera pour plus tard.
Le tronçon entre Lectoure et Condom est classé au patrimoine mondial de l’humanité tout comme la collégiale Saint-Pierre de La Romieu, un des fleurons du patrimoine. Le nom de La Romieu vient de « roumieu » qui désigne un pèlerin à Rome, et par extension tous les pèlerins. L’ensemble collégial St Pierre est un site incontournable, à la fois pour son église à nef unique, son cloître, ses deux tours dont l’une renferme un passage secret avec escalier à double révolution. Le village médiéval, construit en grande partie sur les reliques de l’abbaye est magnifique. Vous y rencontrerez aussi les fameux chats d’Angéline et de sa légende. Mais voilà! De nombreux pèlerins sautent l’étape de La Romieu pour aller directement à Condom, car l’étape de Lectoure à La Romieu et celle de La Romieu à Condom sont courtes. Ils gagnent un jour, mais passent à côté d’une grande merveille.
Ici, aussi on a modifié le parcours ces dernières années. Cela vient décidément une habitude. Jadis, le parcours descendait dans les murailles de la citadelle, et gagnait la zone industrielle, avant de franchir le Gers. Aujourd’hui, il traverse la cité et au bout de la cité, descend par de petites routes vers le pont sur le Gers. On comprend bien qu’on ait voulu éviter de faire passer le chemin par la zone industrielle qui n’est pas particulièrement attrayante. Mais, en pratiquant ainsi, on a escamoté une belle partie de la cité. Où est le problème ? C’est que les pèlerins arrivent de l’autre côté, et que, s’ils n’ont pas de guide détaillé, ils ne savent pas qu’il y a quelque chose à visiter de ce côté des murailles. Alors, ils n’y vont pas. Et le lendemain ils se contentent de suivre les panneaux de GR65 pour se retrouver sur le pont du Gers.
Difficulté du parcours : Au niveau des difficultés du parcours, c’est une journée tranquille, pour ainsi dire sans difficulté, avec des dénivelés faibles (+ 280 mètres/-279 mètres), presque une promenade sur des montagnes russes très légères. Il y a peu de choses à signaler, si ce ne sont la descente depuis Lectoure et quelques passages de ruisseaux un peu plus pentus.
État du GR65 : Aujourd’hui, les parcours sur route goudronnée sont plus nombreux que les parcours sur les chemins, comme il est souvent la règle sur le Chemin de Compostelle:
- Goudron : 9.7 km
- Chemins : 7.9 km
Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.
Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez.
Pour les “vrais dénivelés”, relisez la notice sur le kilométrage sur la page d’accueil.
Section 1 : Dans la plaine où coule le Gers
Aperçu général des difficultés du parcours : descente pentue depuis la citadelle sur la plaine, puis sans aucune difficulté.
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Aujourd’hui, nous résistons à l’appel du nouveau GR65 qui, traversant Lectoure, entraîne désormais les pèlerins vers le pont du Gers. Nous lui préférons un itinéraire tombé en disgrâce, une portion de l’ancien chemin de Compostelle que les artisans du nouveau tracé ont, semble-t-il, laissée dans l’oubli. Certains pèlerins l’auront peut-être visité la veille. Pour les autres, nous nourrissons l’espoir que ces quelques lignes donneront à certains marcheurs l’envie de délaisser, pour un moment, la voie officielle et de renouer avec ce chemin abandonné. Autrefois, le GR65 quittait Lectoure derrière l’Office de Tourisme, s’échappant des hauteurs de l’antique citadelle pour descendre, avec une grâce presque désuète, au pied de ses puissants remparts. C’était une autre manière de prendre congé de la ville, en longeant ses vieilles murailles plutôt qu’en lui tournant trop vite le dos. |
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Campée sur son éperon rocheux, Lectoure fut, au Moyen Âge, l’une des places fortes des comtes d’Armagnac. Au XVe siècle, lorsque la cité passa sous l’autorité royale, elle se drapa dans les attributs d’une forteresse redoutable. De cette grandeur militaire subsistent d’imposantes murailles, véritables ceintures de pierre qui enserrent encore la ville haute. Sous leur protection, l’ancienne cité fortifiée déploie tout un dédale de terrasses, de ruelles étroites et d’escaliers dérobés. Les maisons semblent s’y agripper les unes aux autres, tandis que les vieilles pierres, disposées en gradins sur le flanc de la colline, accompagnent lentement le regard vers la campagne. |
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Au pied de ces remparts, un escalier encaissé entre de hautes murailles conduit vers l’un des secrets les mieux gardés de Lectoure : la fontaine de Diane. À l’écart de l’agitation des rues, ce sanctuaire des eaux semble veiller depuis des siècles sur une mémoire plus ancienne encore que les fortifications qui le dominent. Son nom évoque la déesse chasseresse, mais l’identité de la divinité autrefois honorée en ces lieux demeure enveloppée d’incertitude. Classée parmi les Monuments historiques, la fontaine, dans sa forme actuelle, remonte au XIIIe siècle. Une source généreuse y dispense ses eaux par deux larges robinets, avant que le trop-plein ne gagne un abreuvoir blotti sous les remparts. Dans cette retraite de pierre, l’eau poursuit ainsi son œuvre immémoriale, indifférente aux siècles qui passent. |
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Bien avant que l’eau courante ne pénètre dans les demeures, cette source faisait vivre tout un petit monde d’artisans, notamment les tanneurs établis au pied de la cité. Le parcours longe bientôt l’ancienne tannerie royale, dont les murs gardent le souvenir d’un temps où le travail des peaux, les métiers de l’eau et l’activité des ateliers animaient ce quartier aujourd’hui assoupi. |
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La descente se poursuit jusqu’à un carrefour dominé par une grande croix de fer, à l’ombre de la citadelle. Avant de s’éloigner davantage, le marcheur peut encore lever les yeux vers Lectoure. Là-haut, la vieille ville semble défier le temps, solidement arrimée à son promontoire, avec ses murailles qui prolongent la roche et ses maisons serrées sous le ciel gascon. |
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Jadis, le GR65 poursuivait sa descente en direction de la zone industrielle. Un panneau destiné aux « pèlerins perdus » subsiste encore à ce carrefour, L’inscription prête aujourd’hui à sourire : à force de modifier les itinéraires, ne finit-on pas par égarer ceux-là mêmes que l’on prétend guider ? Quoi qu’il en soit, pour retrouver le tracé officiel les pèlerins peuvent emprunter la petite départementale D7, qui les ramènera vers le pont du Gers. Le détour allonge quelque peu la marche, mais il offre en contrepartie l’une des plus belles perspectives sur la cité perchée.
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Cette variante domine d’abord la zone industrielle, dont les bâtiments s’étalent au pied de la vieille cité, avant de poursuivre sa course vers l’ancienne voie ferrée. |
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Au terme de cette route, on retrouve le tracé contemporain du chemin de Compostelle, à proximité d’une ancienne ligne de chemin de fer, aujourd’hui disparue. Elle appartenait à ce réseau de voies secondaires qui, jadis, reliait les petites villes et les campagnes françaises. Le temps des trains locaux s’est presque partout effacé, emportant avec lui tout un pan de la vie rurale. |
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Il ne reste alors qu’un court ruban de route à suivre pour s’éloigner définitivement de Lectoure et gagner les abords du Gers. |
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Non loin de là coule le Gers, rivière au caractère changeant, tantôt paisible, tantôt tumultueuse, selon les saisons et les caprices du ciel. Né dans les contreforts des Hautes-Pyrénées, il poursuit sa longue errance vers le nord, à travers collines et campagnes, avant de mêler ses eaux à celles de la Garonne. Modeste par sa taille au regard des grands cours d’eau du pays, il n’en a pas moins donné son nom à tout un département, comme si cette discrète rivière avait suffi, à elle seule, à en incarner l’identité. Le pont qui l’enjambe livre au regard ses eaux souvent troubles, chargées des terres arrachées aux collines environnantes. |
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Après quelques centaines de mètres sur la route, un chemin s’échappe résolument sous la voûte ombreuse des arbres. On pénètre dans un univers à part, une retraite végétale où les frondaisons s’entrelacent, où les broussailles se disputent le moindre espace, et où le sentier semble parfois hésiter à poursuivre sa course. |
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Ici règne une fraîcheur humide, entretenue par une végétation si exubérante qu’elle évoque, par endroits, quelque fragment de forêt primitive oublié au cœur de la Gascogne. Le sol, gorgé d’eau, trahit la nature marécageuse et inondable des lieux. C’est le domaine discret du ruisseau de Garbeau, petit cours d’eau aux humeurs vagabondes qui, plutôt que de se plier à un lit bien dessiné, disperse ses eaux à travers les terres basses. Il s’insinue entre les racines, imprègne les creux du terrain et entretient cette moiteur persistante qui donne au sous-bois son caractère presque impénétrable. |
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Dans cette solitude humide se cache un vieux témoin du passage des hommes : le Petit-Pont-de-Pile. Cet antique ouvrage de moellons calcaires franchissait autrefois les eaux capricieuses du Garbeau, Son âge demeure incertain, tout comme le tracé exact des chemins qui conduisaient jadis les voyageurs jusqu’à ses arches. On peut imaginer les pèlerins d’autrefois s’aventurant dans ces terres détrempées, à la recherche d’un passage sûr, mais l’histoire ne livre ici que des indices épars. Depuis, le petit pont a subi les assauts d’une restauration radicale : muré, profondément remanié, il affiche désormais une jeunesse presque insolente. Les vieilles pierres ont perdu cette patine qui faisait encore, il y a quelques années, tout le charme de l’ouvrage. Dommage ! Mais le temps, cet artisan autrement patient que les hommes, finira bien par lui rendre quelques rides et un peu de sa dignité ancienne. |
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Dans ces bois où l’humidité suinte de la terre glaise et où l’eau semble dormir sous chaque touffe d’herbe, les chênes ont abandonné leur souveraineté. D’autres essences se partagent ce royaume détrempé : érables, charmes et frênes mêlent leurs ramures au-dessus d’un fouillis de buissons, tandis que quelques châtaigniers se hasardent dans cette profusion végétale. Tout ici respire l’abondance un peu désordonnée des forêts humides, où la nature paraît n’obéir qu’à ses propres lois. |
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Mais les enchantements de cette pseudo jungle ont leurs limites. À peine le marcheur s’est-il laissé gagner par l’étrange beauté des lieux qu’une armée de moustiques, aussi voraces qu’infatigables, entreprend de lui rappeler qu’il n’est pas seul dans ce royaume. Dès lors, une seule ambition anime le pèlerin : retrouver au plus vite la lumière du jour. Les marais ont leurs charmes, certes, mais ils savent aussi les faire payer. |
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Au sortir du dédale humide et ombreux des marécages, le GR65 retrouve la route départementale. |
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Une petite route goudronnée, au revêtement quelque peu malmené par les ans, entraîne alors le pèlerin à travers la campagne gasconne. Finie l’intimité étouffante des sous-bois : voici de nouveau le ciel immense, les terres cultivées et cette tranquille solitude où le regard peut vagabonder sans rencontrer d’obstacle. |
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La montée, sans grande rudesse, épouse les molles ondulations du relief, dans les champs de tournesols et les cultures céréalières. |
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De loin en loin, une ferme solitaire émerge de cette mer de cultures, îlot de vie posé au milieu des terres labourées. Les habitations se font rares dans cette campagne largement offerte au ciel. |
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Au sommet de cette montée sans prétention apparaît enfin le hameau de Hausset, modeste poignée de maisons rassemblées sur les hauteurs. Quelques fleurs égayent les façades, jetant leurs touches de couleur sur la sobriété des vieilles pierres, où la vie semble s’écouler à l’écart de l’agitation du monde. |
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Alors, le GR65 troque l’asphalte contre la terre battue d’un chemin qui s’élève gracieusement vers le sommet d’une colline vêtue d’herbe tendre. |
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Là, près d’un lac éthéré, aux eaux teintées de vert, l’énigme plane sur l’origine de ces étendues, naturelles ou forgées. |
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À mesure que la pente s’accentue, le sentier se fraye un passage entre les champs de tournesols, de soja et de céréales, où les peupliers et les frênes se dressent en sentinelles. |
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Les haies touffues cèdent bientôt la place à une route de terre battue, impénétrable et souvent débouchant sur d’isolées fermes, fragments solitaires dans l’infini de la campagne. |
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Section 2 : Dans les blés, les céréales et les tournesols sur la colline
Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans aucune difficulté,
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La route de terre reprend alors de la hauteur, avec une ardeur nouvelle, sous la voûte protectrice des chênes, des frênes et des érables. Leurs ramures entrelacées dispensent une ombre bienfaisante, tandis que la montée, plus soutenue, conduit peu à peu vers le hameau d’Espazot, blotti dans la campagne. |
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Les maisons, bâties de gros moellons de calcaire clair, portent sur leurs façades les marques d’une longue histoire. Certaines semblent assoupies dans une solitude que rien ne vient troubler, comme si la vie qui les animait jadis s’était doucement retirée, laissant aux vieilles pierres le soin d’en garder la mémoire. On s’arrêterait volontiers ici pour faire boire son âne, avant de reprendre la poussière des chemins. |
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Combien d’âmes habitent encore ces demeures silencieuses ? Bien malin qui saurait le dire. Pourtant, quelques volets entrouverts laissent deviner une présence derrière les murs épais, un peu de vie obstinée dans ce décor que l’on croirait presque abandonné. Il suffit parfois d’une fenêtre ouverte, d’un signe discret de l’existence quotidienne, pour rendre à ces hameaux endormis toute leur humanité. |
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Au-delà des dernières maisons, la route reprend son ascension paisible à travers une campagne dont les champs semblent n’avoir ni commencement ni fin. Par endroits, le ruban de goudron file droit devant lui, avec une rectitude presque insolente, entre des étendues cultivées où nulle silhouette ne vient troubler la solitude. |
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| Les céréales règnent en maîtresses sur ces terres généreuses, partageant leur domaine avec les tournesols et les champs de soja. Selon les saisons, quelques parcelles de vigne, des betteraves ou des fèves viennent rompre cette vaste mosaïque agricole. Le maïs, si familier dans d’autres campagnes du Sud-Ouest, se fait ici plus discret. | |
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Au gré de cette traversée des terres cultivées, le pèlerin passe devant la ferme de Marides, qui offrait autrefois le gîte aux pèlerins de passage. |
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Plus haut, la pente s’assagit encore, jusqu’à devenir presque imperceptible. Mais pas un arbre, ou si peu, pour rompre la nudité de cette campagne livrée tout entière aux cultures. À perte de vue se succèdent les champs de tournesols, les étendues de céréales et quelques terres laissées en jachère. Sous l’immense voûte du ciel gascon, le paysage semble avoir renoncé à toute fantaisie, abandonnant aux seules ondulations du terrain le soin d’en troubler la monotonie. |
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Plus loin, au faîte de la colline, Marsolan apparaît enfin à l’horizon. La silhouette du village se dessine sur les hauteurs, dominée par la flèche de son église, dressée vers le ciel au milieu de cet océan de cultures. À la bifurcation de Verduzan, la route amorce une douce descente, se coulant entre les champs dont les sillons épousent les mouvements paisibles de la terre. |
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Mais cette descente n’est qu’une brève concession du relief. Bientôt, la route retrouve le plat et reprend sa longue traversée des terres cultivées. Peut-être apercevrez-vous quelques parcelles de féveroles, ces plantes fourragères dont le bétail fait volontiers son ordinaire. Encore faudrait-il rencontrer une vache ! Ici, pas l’ombre d’un troupeau pour animer les pâturages, d’ailleurs presque absents. |
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Un carrefour vient enfin interrompre la rectitude de la route. Marsolan n’est plus qu’à un peu plus d’un kilomètre, droit devant, tandis que les voies secondaires s’échappent vers quelques fermes isolées, disséminées sur les flancs des collines. Dans cette campagne peu habitée, chaque bifurcation semble conduire à quelque domaine agricole perdu au milieu des cultures, loin des villages. |
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La route poursuit imperturbablement son cheminement jusqu’à la Croix de Justice, à peu de distance de Marsolan. Là se dresse une belle croix de pierre, dont le nom réveille le souvenir d’une justice rendue autrefois en plein air. Quel Saint Louis de province venait donc siéger ici, sous l’ombrage d’un chêne, pour trancher les querelles de ses administrés ? L’histoire demeure muette, laissant libre cours à l’imagination. Aujourd’hui, les sentences ont cédé la place aux provisions tirées du sac : le lieu accueille aussi les pique-niqueurs, qui trouvent auprès de la vieille croix une halte bienvenue. |
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Mais les concepteurs du GR65 en ont décidé autrement : plutôt que de poursuivre sur le goudron jusqu’au village, ils invitent le pèlerin à retrouver la terre des chemins. Le balisage s’engage alors sur une piste herbeuse, ouverte à travers les cultures, où les pas renouent avec un sol plus accueillant. De belles haies de frênes accompagnent par endroits la progression, mêlant leurs feuillages à ceux de quelques chênes rabougris, modestes survivants dans cette campagne que l’agriculture a presque entièrement dépouillée de ses arbres. |
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Les tournesols continuent de disputer le terrain aux céréales, dans cette mosaïque de cultures qui semble se renouveler sans jamais changer de visage. Le chemin longe bientôt un vaste ensemble agricole, où les bâtiments de ferme voisinent avec de grands hangars destinés à abriter les récoltes et le matériel. |
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Par endroits, le chemin se glisse sous le couvert de modestes bosquets, retrouvant pour quelques instants la fraîcheur des feuillages et l’intimité des sous-bois. Mais ces refuges de verdure sont de courte durée. À peine a-t-on goûté leur ombre que l’horizon s’ouvre de nouveau sur l’immensité des champs, comme si rien ne pouvait longtemps soustraire le marcheur à l’emprise de cette campagne sans fin. |
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Les croix de chemin, si familières sur les terres plus septentrionales du pèlerinage, se font ici plus rares, dressant çà et là leur silhouette solitaire au bord des cultures. L’une d’elles éveille pourtant la curiosité : taillée dans le granite, pierre étrangère à ces contrées calcaires, elle semble venue d’un autre pays. Par quel chemin, au prix de quels transports, ce bloc de roche a-t-il gagné cette campagne gasconne ? |
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Parfois, les champs prennent des proportions si démesurées qu’ils paraissent se perdre dans le ciel, sans qu’aucune haie, aucun arbre, aucune maison ne vienne en marquer les limites. On songe alors aux grandes solitudes de la Meseta espagnole, cette mer de terres cultivées que les pèlerins traversent sur la longue route de Santiago. Même dépouillement, même horizon fuyant, même impression de marcher au milieu d’un monde livré tout entier aux caprices du ciel. À voir cette profusion de céréales et d’oléagineux, on se dit que le pain et l’huile ne doivent guère manquer dans le pays. |
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Au terme de cette longue traversée d’un océan de céréales et de plantes oléagineuses, le chemin finit par rejoindre les abords d’une petite route. Le ruban de terre s’efface devant le goudron, tandis que les cultures, indifférentes aux changements d’itinéraire, continuent de dérouler leurs vastes étendues jusqu’aux confins du regard. |
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Section 3 : Halte à Marsolan, petit village tranquille et de caractère
Aperçu général des difficultés du parcours : descente rude vers le ruisseau de l’Auchie, puis montée marquée vers Cauboue.
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Plate comme la main, la route poursuit son cours sans la moindre fantaisie, entraînant inexorablement le pèlerin vers un petit lotissement de maisons modernes. Après la longue solitude des terres cultivées, ces demeures bien ordonnées annoncent le retour à la civilisation. Le contraste est presque saisissant après tant de champs livrés au ciel et au vent. |
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Devant vous, le clocher de Marsolan gagne peu à peu en netteté, mais avec cette lenteur trompeuse des horizons qui semblent reculer à mesure qu’on s’en approche. Depuis longtemps déjà, sa silhouette accompagne les pas du marcheur, dressée au-dessus des cultures comme un phare au milieu d’un océan de céréales. |
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La route ne tarde plus à gagner le cœur de Marsolan, où une nouvelle croix accueille le passant. Celle-ci, sobrement façonnée en fer forgé, n’a rien d’ostentatoire. |
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L’église Notre-Dame du Rosaire, édifiée au XVIe siècle puis enrichie d’ornements rococo, constitue le principal fleuron du village. Son clocher-tour, solidement campé sur une légère éminence, domine les toitures environnantes avec une majesté tranquille. De grands cèdres lui tiennent compagnie, tandis que des platanes généreux dispensent leur ombre aux abords de l’édifice. |
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Comme tant de villages de cette Gascogne vouée depuis des siècles aux travaux de la terre, Marsolan possède aussi sa traditionnelle halle à grains. L’édifice, qui n’a guère à envier à ceux des bourgs voisins, rappelle le temps où les récoltes se négociaient à l’abri de ces charpentes et où la vie des campagnes battait au rythme des marchés. À proximité de l’église, un établissement multiservices perpétue, à sa manière, cette ancienne vocation de lieu de rencontre. Habitants et pèlerins peuvent y trouver de quoi se restaurer, se ravitailler ou simplement faire halte. Dans ces villages où les commerces se font parfois aussi rares que les passants, une telle adresse prend vite des allures de petite providence. |
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La petite rue qui traverse le village dévoile une succession de maisons aux façades soigneusement jointoyées, dont les vieilles pierres portent encore les morsures du temps. Certaines ont conservé cette austérité tranquille des demeures rurales, où la beauté se passe volontiers d’ornements. Au détour d’une venelle se dissimule pourtant une adresse inattendue : un établissement de charme, honoré de quatre étoiles, qui cultive une élégance discrète au milieu de ces habitations modestes. Étrange contraste entre le luxe feutré de cette retraite et la simplicité des maisons voisines ! |
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À la sortie du village, le relief rappelle brusquement le marcheur à la réalité. La route plonge avec une déclivité dépassant les 15 %, sur un goudron malmené, disloqué par les ans et les intempéries. La descente n’a plus rien d’une promenade nonchalante. Marsolan s’éloigne déjà sur les hauteurs, tandis que la route dévale sans ménagement vers le fond du vallon. |
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Déjà, quelques indications annoncent les merveilles de La Romieu. Mais il reste du chemin à parcourir avant d’en approcher les premiers toits. |
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La descente se poursuit jusqu’au creux d’un vallon retiré, où la route croise une départementale avant de retrouver un paysage plus intime. Après les vastes horizons céréaliers, voici de nouveau le royaume des arbres. De grands chênes déploient leurs ramures, accompagnés de frênes vigoureux et de vieux érables. |
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Tout au fond de cette dépression coule le modeste ruisseau de l’Auchie, si discret qu’il faut presque le chercher pour en deviner la présence. Ses eaux sombres se glissent sous les hautes herbes, à l’abri des regards. |
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Le parcours emprunte encore la route sur quelques centaines de mètres, prolongeant cette brève traversée du vallon. |
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Sur le versant opposé, le GR65 abandonne une nouvelle fois le bitume pour s’engager sur un chemin herbeux. C’est l’une de ces transitions familières au pèlerin, lorsque la route civilisée s’efface devant une simple trace ouverte dans la verdure. Le paysage change alors de visage : les courbes du terrain se dessinent plus nettement, les cultures reprennent possession des collines. |
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Mais la campagne ne tarde pas à réclamer son tribut d’efforts. La pente se redresse jusqu’à frôler les 15 %, imposant aux jambes un labeur autrement sérieux que les longues traversées du plateau. Autour du marcheur, les céréales et les oléagineux poursuivent leur interminable déploiement, sans grande fantaisie pour distraire de la montée. Quelques haies viennent heureusement rompre cette uniformité. Des pruniers sauvages et des noyers y mêlent leurs feuillages, offrant, à la belle saison, leurs fruits à qui sait les reconnaître. Modestes largesses d’une nature qui, même au milieu des terres vouées à la culture, conserve parfois le goût de la générosité. |
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À mesure que l’on gagne de la hauteur, la montée prend un caractère plus rustique encore. Des marches sommairement taillées dans la terre apparaissent parmi les herbes folles, aidant le marcheur à franchir les passages les plus raides. Puis, au détour de cette ascension, une petite étendue d’eau vient soudain rompre l’empire des champs. Blotti dans un repli du terrain, un lac modeste offre au regard une parenthèse inattendue, un peu de fraîcheur et de diversité dans ce paysage où les cultures semblaient devoir régner sans partage. |
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Peut-être cette retenue d’eau doit-elle son existence à la prévoyance des agriculteurs, soucieux de disposer d’une réserve pour les besoins de leurs terres. Dans ces campagnes où l’activité humaine a depuis longtemps façonné le moindre vallonnement, il est parfois difficile de distinguer ce que la nature a donné de ce que les hommes ont patiemment aménagé.
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Le chemin s’aventure ensuite sur un sol sablonneux, profondément labouré par les passages et les intempéries, sous la protection clairsemée des érables et des chênes. |
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Mais cette parenthèse boisée ne dure guère. Bientôt, le sentier ressurgit dans l’herbe, au milieu de vastes étendues de céréales et de tournesols qui déroulent leurs cultures jusqu’aux confins de l’horizon. L’immensité évoque, une fois encore, les grandes solitudes de la Meseta espagnole, sur la route de Santiago. Pourtant, à y regarder de plus près, la ressemblance s’arrête là. Dans les plaines castillanes, les arbres ont souvent disparu sous la main des cultivateurs, laissant le pèlerin seul face au ciel et à la nudité des champs. Ici, les paysans gascons ont ménagé quelques survivants : chênes et frênes se dressent encore aux limites des propriétés comme des sentinelles paisibles. |
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Le chemin poursuit alors son ascension vers la ligne de crête. La pente s’adoucit peu à peu, tandis que les horizons s’élargissent et que les cultures, étagées sur les flancs des collines, accompagnent les derniers efforts du marcheur. |
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Au sommet, le GR65 retrouve le goudron et vient effleurer le petit hameau de Cauboue, perdu au milieu d’une campagne dont le visage ne varie guère. Il faudra vous y faire : cette obstinée répétition des cultures accompagnera vos pas pendant une bonne dizaine de jours encore. À force de contempler les mêmes horizons, vous finirez peut-être par reconnaître les plantes au premier coup d’œil, distinguer les nuances des moissons et prendre un intérêt insoupçonné aux subtilités de l’agriculture gasconne. |
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Après une brève rencontre avec le bitume, le GR65 renoue avec les chemins de terre, retrouvant cette liberté buissonnière que les routes goudronnées semblent lui refuser. Il s’engage dans une douce descente à travers une campagne toujours aussi vaste, toujours aussi prodigue de ses horizons. De jeunes érables bordent le passage, frêles sentinelles de verdure dont les feuillages accompagnent les pas du pèlerin. Au-delà de cette modeste escorte, les champs déploient leur immensité coutumière, dans un paysage où le regard peut courir à loisir, sans jamais rencontrer de véritables frontières. |
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Mais la descente n’est qu’une courte parenthèse. Après avoir traversé les champs, le chemin reprend de la hauteur pour regagner le plateau, longeant des haies de feuillus qui dessinent de minces frontières entre les propriétés. Ici, les tournesols ont revêtu leurs habits de fête. Et puis, cette mer dorée n’a rien d’éternel. L’an prochain, au gré des rotations agricoles, le blé ou quelque autre culture aura peut-être pris possession des lieux. Ainsi va la campagne gasconne, toujours semblable à première vue, mais changeant discrètement de parure au fil des saisons et des années. |
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Section 4 : Balade dans les champs
Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans grande difficulté, mais ave quelques pentes.
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Plus loin, la campagne abandonne soudain ses airs de généreuse terre nourricière pour dévoiler un visage nettement moins avenant. Le parcours, jusqu’alors prodigue en horizons champêtres, longe une décharge à ciel ouvert, triste bric-à-brac où s’entassent fagots de chaume, résidus de récoltes et vieux pneus de poids lourds, condamnés à achever ici leur existence de caoutchouc. Singulier cimetière que celui-là, où les rebuts de l’activité humaine semblent avoir trouvé leur dernière demeure, au mépris de la beauté des campagnes environnantes. |
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Un peu plus loin, des bennes à ordures, guère plus séduisantes, prolongent ce spectacle peu réjouissant. Il faut croire que l’homme, si habile à tirer de la terre ses richesses, se montre parfois moins empressé à lui témoigner sa reconnaissance. |
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La route poursuit bientôt sa course en direction de Castelnau-sur-l’Auvignon, village encore lointain, réservé aux découvertes du lendemain. |
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Heureusement, le petit hameau de Batsurguère vient bientôt réconcilier le regard avec la campagne. Quelques maisons se blottissent dans une végétation généreuse, à proximité d’un vieux puits dont les pierres semblent garder le souvenir des générations passées. Un petit étang ajoute sa note de fraîcheur à cet ensemble paisible. |
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Au-delà des dernières maisons, la route retrouve l’univers familier des céréales et des tournesols. Les cultures reprennent possession de l’horizon, déroulant leurs vastes parcelles de part et d’autre du goudron. |
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La route atteint bientôt une bifurcation, à proximité de la chapelle d’Abrin. Édifiée au XIe siècle, cette ancienne halte spirituelle était jadis accompagnée d’une hôtellerie fréquentée par les chevaliers de Malte, sur la route reliant Le Puy à Rocamadour. Restaurée depuis, mais désormais désacralisée et passée dans le domaine privé, elle demeure un témoin discret de ces temps où les chemins de pèlerinage étaient jalonnés de lieux d’accueil et de prière. C’est ici que se présente au marcheur un choix qui n’a rien d’anodin. Tout droit, la route permet de poursuivre vers Condom ; à droite, le GR65 invite à gagner La Romieu. Le balisage ne laisse guère de doute sur la direction recommandée : c’est vers La Romieu qu’il conduit les pèlerins, sans même prendre la peine de signaler l’autre possibilité. Et pourtant, combien choisissent de filer tout droit ! Un jour de marche gagné, paraît-il. Mais gagné sur quoi ? Sur l’éternité ? Sur ces quelques semaines arrachées à la vie ordinaire pour cheminer vers Santiago ? Étrange empressement que celui de ces voyageurs qui, partis pour prendre leur temps, semblent parfois n’avoir qu’une idée en tête : arriver au plus vite. Car La Romieu mérite assurément mieux qu’un détour sacrifié sur l’autel de la précipitation. Il y a quelque ironie à traverser la moitié de l’Europe à pied pour finir par mesurer son voyage au nombre de jours gagnés. |
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Sur le GR65, un large chemin de terre s’engage dans une descente paisible à travers les cultures, épousant les molles ondulations du terrain jusqu’au creux d’un modeste vallon. |
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Au fond du vallon, deux petits étangs viennent rompre l’interminable succession des champs. Blottis sous les frondaisons généreuses des chênes, des érables et des frênes, ils offrent au regard leurs eaux tranquilles, à l’abri des vastes horizons agricoles. Entre ces deux miroirs de verdure serpente le discret ruisseau de Perdeillan, modeste trait d’union qui apporte à ce coin de bocage une fraîcheur bienvenue. Ici, l’eau et les arbres semblent s’être donné rendez-vous pour ménager au pèlerin une parenthèse de douceur, loin de la monotonie des grandes cultures. |
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De l’autre côté du vallon, le chemin reprend doucement de la hauteur, sans imposer aux jambes de trop rudes exigences. Il traverse aujourd’hui une profusion de tournesols. |
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Mais il ne faudrait pas croire ce paysage immuable. Dans cette campagne entièrement vouée aux travaux de la terre, les couleurs changent au gré des saisons et des rotations agricoles. Là où les tournesols déploient aujourd’hui leur faste solaire, le blé régnera peut-être l’an prochain, étendant sur les collines ses longues chevelures blondes, promises aux moissonneuses. Les amateurs de grandes étendues céréalières y trouveront alors leur bonheur. Ainsi va le Gers, qui change de parure sans jamais renoncer à son caractère profondément agricole. D’une année à l’autre, les cultures se succèdent et les couleurs se déplacent. |
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La pente se fait ici plus exigeante, réclamant au marcheur un effort soutenu. Mais voici que le paysage, jusqu’alors obstinément fidèle à ses horizons agricoles, annonce un changement inattendu. À l’avant, une forêt dessine ses premières frondaisons. |
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C’est presque une révolution dans l’ordonnance de cette campagne gasconne, où les cultures semblaient avoir définitivement pris le pas sur les arbres. Désormais, le chemin hésite entre deux mondes, tantôt s’attardant à découvert parmi les champs, tantôt se glissant sous la fraîcheur des sous-bois. |
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De longues rangées d’érables accompagnent cette succession de clairières et de passages boisés. Fidèles compagnons des chemins gascons, ils dressent leurs silhouettes le long des parcelles, comme pour rappeler que l’arbre n’a pas entièrement renoncé à ses droits dans ce royaume de cultures. |
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Plus loin, le GR65 s’enfonce dans le Bois de la Ville, vaste domaine forestier où chênes et érables reprennent enfin possession du paysage. Les arbres y dressent leurs fûts élancés, souvent dépouillés de leurs branches basses, laissant le regard circuler assez librement sous la voûte des feuillages. Cette singulière nudité du sous-bois n’est peut-être pas étrangère aux pratiques cynégétiques de la région. Car ici, dans le Sud-Ouest, la forêt n’est pas seulement le royaume des arbres : elle est aussi celui des palombes, ces pigeons ramiers migrateurs dont la chair est tenue en haute estime et dont le passage automnal déchaîne, depuis des générations, une véritable ferveur populaire. |
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On évoque plus de cent mille adeptes de la chasse à la palombe dans le Sud-Ouest, chiffre qui donne la mesure de cette passion profondément enracinée dans les traditions locales. Aussi, lorsque vous apercevrez dans les bois d’étranges installations de planches, de branchages ou de filets, ne vous imaginez pas avoir découvert quelque observatoire d’ornithologues, ni même un refuge charitablement aménagé pour les pèlerins fatigués. Vous êtes tout simplement entrés dans le domaine des chasseurs de palombes. Les palombières constituent tout un petit monde d’ingéniosité forestière. Certaines sont perchées dans les arbres, véritables postes de guet dissimulés parmi les ramures ; d’autres disposent d’installations au sol, reliées parfois par des passages soigneusement camouflés. Depuis ces retraites, les chasseurs surveillent le ciel, guettant l’arrivée des vols migrateurs. À l’aide d’appelants vivants, de leurres et de divers stratagèmes patiemment perfectionnés, ils cherchent à détourner les oiseaux de leur route, à les faire descendre vers les arbres, puis, dans certaines installations, jusqu’au sol où des filets permettent de les capturer vivants. Ailleurs, c’est le fusil qui met un terme au voyage. La palombe, malgré sa réputation de voyageuse avisée, se laisse parfois abuser par ces mises en scène savamment orchestrées. Un congénère qui semble se poser tranquillement, quelques mouvements habilement provoqués dans les branches, et voilà le vol qui hésite, ralentit, puis se laisse attirer vers le piège. L’oiseau capturé vivant peut d’ailleurs atteindre une valeur supérieure à celle de son malheureux compagnon destiné à la cuisine. Mais la chasse à la palombe ne se réduit pas à une simple affaire de prise. C’est aussi un rituel collectif, une passion qui rassemble des équipes entières autour de cabanes forestières, avec ses usages, ses habitudes et ses règles parfois jalousement défendues. Une autre méthode, plus rudimentaire, fait appel à la talenquière, abri de bois et de feuillages disposé à des endroits propices au passage des oiseaux. Ne prenez donc pas ces modestes constructions pour des haltes destinées aux marcheurs : elles servent à dissimuler les chasseurs, qui attendent derrière leur écran végétal le passage des vols pour faire feu. Cette pratique, fondée sur le tir au passage, obéit à ses propres usages et ne recourt pas aux appelants employés dans certaines palombières. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître au profane, ce monde de chasseurs possède ses traditions, ses codes et une certaine idée de l’honneur sportif. On ne chasse pas partout de la même manière, et les procédés admis dans une technique peuvent être proscrits dans une autre. Au fond, la palombe n’est pas seulement un gibier : elle est devenue, dans cette partie de la Gascogne, le prétexte à tout un art de vivre, où se mêlent patience, adresse, camaraderie et quelques ruses dont les oiseaux font, bien malgré eux, les frais. |
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À la lisière de la forêt, les arbres retrouvent leur généreuse parure de feuillage. La campagne, elle aussi, renoue avec ses habitudes : au-delà des dernières frondaisons, les céréales reprennent possession des terres, déroulant jusqu’à l’horizon leurs étendues familières. |
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Le GR65 reprend alors le fil d’un chemin herbeux, s’insinuant entre les haies et les bordures de sous-bois. La pente, légère, accompagne les pas sans leur imposer de véritable effort. |
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Section 5 : Vers La Romieu, encore un beau cadeau du Moyen-âge
Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté.
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Plus haut, le GR65 retrouve une route qui file presque à plat à travers la campagne, longeant les lisières de sous-bois. Après les détours forestiers, le goudron impose de nouveau sa tranquille régularité, tandis que les horizons s’ouvrent sur une campagne moins austère, où les arbres commencent à reprendre une place que les grandes cultures leur avaient longtemps disputée. |
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Peu à peu, les silhouettes des arbres fruitiers se précisent à l’horizon. Leurs frondaisons annoncent un autre visage de la Gascogne, plus verdoyant, plus jardiné. |
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Le GR65 gagne bientôt les abords du lieu-dit Le Double, à proximité de Moncade, dans cette campagne désormais ponctuée de vergers et de propriétés agricoles. |
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À deux pas de la route se trouve le magnifique gîte de Beausoleil, qui mérite bien un petit écart à l’itinéraire. Si vous souhaitez contempler des pruniers rangés comme des soldats à la parade, c’est ici qu’il faut venir. Les arbres s’alignent en longues files impeccables, avec une discipline qui ferait pâlir d’envie quelque général d’armée. On y cultive la prune et l’on y pratique le séchage des fruits, perpétuant ainsi la tradition des fameux pruneaux d’Agen, dont la réputation a depuis longtemps franchi les frontières de la région. C’est également ici que se trouve le plus grand gîte des environs de La Romieu, une halte de choix pour les pèlerins désireux de goûter à l’hospitalité gasconne au milieu des vergers. |
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Peu après, le goudron cède la place à un large chemin de terre battue, parsemé de graviers, qui s’engage résolument entre les plantations fruitières. |
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Au loin, par-dessus les vergers, se profile enfin le clocher de l’abbatiale de La Romieu. Longtemps attendu, il émerge de la campagne comme un premier signe de cette cité de vieilles pierres dont la renommée accompagne depuis des siècles les chemins de pèlerinage. |
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Dans cette campagne agréablement arborée, le chemin retrouve bientôt le goudron et passe devant les Jardins de Coursiana, dont le remarquable arboretum attire de nombreux visiteurs venus découvrir les richesses végétales de ce domaine.
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Une large allée conduit alors vers le village, sous la protection de magnifiques charmes qui déploient au-dessus du passage leurs ramures généreuses. Pour une fois, ces arbres ne se contentent pas de former quelque basse charmille : ils ont pris toute leur ampleur, offrant au marcheur une véritable avenue de verdure, comme si la nature elle-même avait tenu à ménager une belle arrivée aux portes de La Romieu. |
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Deux charmants petits lacs viennent encore égayer les abords du village. La Romieu semble ainsi se faire désirer, multipliant les agréments du paysage avant de dévoiler son plus précieux trésor. |
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Et soudain, l’abbatiale apparaît dans toute sa majesté. Ses hautes murailles, ses tours imposantes et ses pierres patinées par les siècles dominent le village avec une autorité tranquille. Après les modestes églises rurales rencontrées au fil des étapes, voici un édifice d’une tout autre envergure, témoin d’une époque où la foi, la puissance et l’ambition des bâtisseurs savaient donner naissance à de pareils monuments. |
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À La Romieu, les siècles semblent avoir pris leurs quartiers pour ne plus jamais en repartir. Le village, qui compte à peine 570 âmes, possède cette grâce particulière des lieux où l’histoire s’est déposée pierre après pierre, sans jamais tout à fait effacer les traces de son passage. Au-dessus des toitures règne la remarquable collégiale Saint-Pierre, chef-d’œuvre gothique du XIVe siècle, classé parmi les Monuments historiques. Ses hautes murailles et ses tours majestueuses rappellent qu’en ces temps lointains, la foi savait s’entourer d’une architecture aussi ambitieuse que durable. Dans ce modeste bourg, l’édifice semble presque démesuré, comme si les bâtisseurs avaient voulu donner à ce coin de pays une grandeur que sa taille ne laissait guère présager.
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Car La Romieu est grande comme un mouchoir de poche. Quelques ruelles suffisent à en faire le tour, mais chacune réserve son lot de vieilles pierres et de façades patinées par les siècles. Les maisons se serrent les unes contre les autres, composant un ensemble d’une belle unité architecturale. Certaines ont même puisé dans les vestiges des anciennes murailles les matériaux de leur propre existence, offrant ainsi aux pierres des remparts une seconde vie dans les murs des habitations. |
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Au cœur de ce petit dédale de ruelles s’ouvre la place centrale, véritable salon à ciel ouvert où se rassemble l’essentiel de la vie villageoise. Commerces, restaurants et gîtes s’y côtoient, accueillant aussi bien les habitants que les pèlerins de passage. |
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Le cloître, probablement édifié après l’église, possédait à l’origine deux étages, dont les structures supérieures en bois disparurent dans l’incendie allumé par les protestants en 1569, au temps des guerres de Religion. De cette architecture mutilée subsistent les galeries de pierre et leurs chapiteaux sculptés, ornés de feuillages et de petites figures. Certes, ils n’atteignent pas la finesse ni l’extraordinaire richesse de ceux de Moissac, mais leur simplicité même possède un charme discret. La collégiale et l’ensemble monumental doivent leur existence à Arnaud d’Aux, enfant du pays promis à une destinée peu ordinaire. Chargé de responsabilités dans les affaires des Templiers, il s’éleva jusqu’à la dignité de cardinal et voulut doter son village natal d’un ensemble religieux digne de son rang. À la collégiale, il adjoignit un palais destiné à abriter ses appartements et ceux de sa suite. Mais les siècles, moins respectueux que les bâtisseurs, se chargèrent d’en défaire peu à peu la splendeur. Malmené par les guerres, le palais perdit progressivement sa grandeur première. Vendu comme bien national à la Révolution française, il finit en grande partie livré aux démolisseurs, qui y trouvèrent une carrière de pierres à bon compte. Tout ne disparut pourtant pas : derrière la collégiale, certains murs des habitations actuelles conservent encore les vestiges de cette demeure cardinalice. Ainsi les pierres du palais poursuivent-elles, sous d’autres toits, une existence que leur illustre fondateur n’aurait sans doute jamais imaginée. |
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Le cloître tient aujourd’hui lieu de petit musée lapidaire, où sarcophages, fragments sculptés et vieilles pierres se côtoient dans une atmosphère de recueillement. On y déambule comme dans les pages disjointes d’un livre d’histoire, parmi les vestiges que le temps a bien voulu épargner. |
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À l’intérieur, la collégiale révèle une tout autre magnificence. Sous les hautes voûtes, le regard s’élève vers les peintures qui déploient leurs couleurs au-dessus des fidèles. Ces fresques, véritables récits confiés à la pierre et aux enduits, donnent à l’édifice une richesse inattendue. |
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Si le palais a presque entièrement disparu, absorbé au fil des siècles par les maisons du village, les tours qui flanquent la collégiale demeurent les fières gardiennes de son ancienne grandeur. La tour de la Sacristie, la tour Carrée et celle du Cardinal dressent encore leurs silhouettes au-dessus des toitures, rappelant la puissance de cet ensemble religieux au temps de sa splendeur. L’une d’elles réserve au visiteur une curiosité architecturale peu commune : un escalier à double révolution, ingénieux dispositif permettant de monter et de descendre par deux cheminements distincts. |
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Sur la place du village, vous rencontrerez les chats d’Adeline, qui selon la légende sauvèrent le village d’une grande famine. Alors voici la légende, telle qu’on la raconte ici (texte tiré de Office de Tourisme La Romieu): “En l’an de grâce 1338, dans un village de Gascogne appelé LA ROMIEU, célèbre par sa belle collégiale édifiée depuis 20 ans, vivaient heureux Vincent et Mariette. Il était bûcheron, et sa femme l’accompagnait souvent dans la forêt pour faire les fagots. Ils travaillaient dur, mais avec les volailles, le cochon, les légumes et les fruits du jardin, la table était garnie. Ils étaient mariés depuis 3 ans, lorsque Mariette mit au monde une petite fille qu’ils appelèrent Angéline. Hélas Vincent fût écrasé par un arbre qu’il abattait. Mariette, inconsolable, se laissa dépérir et deux mois plus tard, elle fût trouvée morte, tenant Angéline dans ses bras. La petite fût recueillie par une voisine, et grandit avec ses enfants comme leur sœur. Angéline montrait une grande attirance pour les chats. Il y en avait toujours 2 ou 3 autour d’elle qui, la nuit, dormaient dans son lit. Elle partageait souvent son écuelle avec eux. Angéline au fil des ans, devenait une solide jeune fille qui aidait bien ses parents adoptifs aux travaux des champs, toujours accompagnée de ses chats. L’an 1342 et les 2 années suivantes, l’hiver fut rude, et le printemps et l’été si pluvieux qu’il ne fut pas possible d’ensemencer les champs. Il s’ensuivit une grande disette et malgré la distribution par le seigneur Arnaud d’Aux des réserves de la Collégiale, les habitants de LA ROMIEU n’eurent bientôt plus rien à se mettre sous la dent. Ils pensèrent alors aux chats, si nombreux dans le village, et en firent de la gibelotte. Les parents d’Angéline, sachant combien elle aimait les siens, acceptèrent qu’elle garde un chat et une chatte, à condition de bien les cacher, car les voisins ne demandaient qu’à leur tordre le cou. Angéline enfermait donc le jour les 2 minous dans le grenier, et la nuit les laissait sortir pour chasser. Mais la famine s’accentuait et beaucoup de villageois mouraient. Angéline et ses parents subsistaient péniblement, en récoltant des racines dans les bois, quelquefois des champignons, mais c’était piètre pitance. Très amoindris, ils purent néanmoins, surmonter cette triste période et des temps plus cléments permirent enfin de récolter de quoi vivre. Mais à LA ROMIEU, où les chats avaient disparu, les rats avaient proliféré au point de menacer les récoltes. Angéline, avec des précautions infinies, avait pu cacher ses chats et ils avaient eu plusieurs portées. C’était une vingtaine de greffiers qui s’ébattaient dans le grenier. Heureusement, la maison était isolée. Les villageois se lamentaient devant les dégâts causés par les rats. C’est alors qu’Angéline annonça qu’elle allait lâcher une vingtaine de chatons que les habitants pourraient adopter. Les rats disparurent rapidement et c’est ainsi qu’Angéline sauva LA ROMIEU d’un nouveau malheur. La légende dit aussi que le visage d’Angéline, au fil des ans, ressembla de plus en plus à un chat et que ses oreilles se transformèrent en oreilles de chat”. C’est en écoutant une grand-mère raconter à ses petits-enfants la légende des chats d’Angéline, qu’un sculpteur d’Orléans, Maurice Serreau, eut l’idée de la faire revivre en déposant des sculptures de chats autour de la place. Ici, on conseille aux visiteurs de lever le nez pour répertorier le nombre de chats que le sculpteur a positionnés dans le bourg. En voici quelques échantillons. . |
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