17: Limogne-en-Quercy à Vaylats

La sérénité d’un couvent niché au milieu du causse

 

DIDIER HEUMANN, MILENA DALLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct.

Pour ce parcours, voici le lien:

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-limogne-en-quercy-a-vaylats-par-le-gr65-30233197

Tous les pèlerins ne sont pas forcément à l’aise avec la lecture des GPS ou la navigation sur un portable, d’autant plus qu’il existe encore de nombreuses zones sans connexion Internet. C’est pourquoi, pour faciliter votre voyage, un livre dédié à la Via Podiensis du Puy-en-Velay à Cahors est disponible sur Amazon. Bien plus qu’un simple guide pratique, cet ouvrage vous accompagne pas à pas, kilomètre après kilomètre, en vous offrant toutes les clés pour une planification sereine et sans mauvaises surprises. Mais au-delà des conseils utiles, il vous plonge dans l’atmosphère enchanteresse du Chemin, capturant la beauté des paysages, la majesté des arbres et l’essence même de cette aventure spirituelle. Seules les images manquent : tout le reste est là pour vous transporter.

En complément, nous avons également publié un second livre qui, avec un peu moins de détails mais toutes les informations essentielles, décrit le parcours global du Puy-en-Velay à St Jean-Pied-de-Port. À vous de choisir votre parcours.

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Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

L’étape du jour se passe toujours dans le causse de Limogne, dans le Parc naturel régional des Causses du Quercy. On voyage encore sous les chênes serrés près des murets de pierre sèche au bord des chemins. Parfois les chemins deviennent plus pierreux qu’auparavant, comme si on changeait progressivement de géologie des sols. Ici encore que la majesté du causse, et juste un gros village, Varaire, qui mérite un petit détour de moins de 300 mètres hors du GR65. Le parcours file toujours vers le Sud du département du Lot. Demain, vous arriverez à Cahors.

L’étape se termine chez les sœurs à Vaylats. Cependant, de nombreux pèlerins ne passent pas par Vaylats et s’arrêtent à Bach pour continuer directement sur le GR65. On ne saurait qu’encourager le détour par Vaylats pour le charme et la sérénité du couvent des sœurs à la retraite, à Vaylats. Habituellement, les pèlerins sont au rendez-vous ici, comme ils le sont à Conques chez les Prémontrés.

En 1820, le Père Jean Lausiu fonda à Vaylats une communauté et une école pour l’enseignement des filles et le soin des pauvres, origine de la congrégation des Filles de Jésus, qui compta jusqu’à 600 religieuses au XXe siècle. Aujourd’hui, seules des sœurs âgées demeurent, aidées par des laïcs partageant leur charisme. Elles ne s’occupent plus directement des pèlerins, mais l’esprit d’accueil persiste. La grande cour arborée du couvent mène aux chapelles, au réfectoire et aux appartements des sœurs. Autrefois, il existait ici une communion vivante entre pèlerins, bénévoles et sœurs. Tout était organisé pour aider le marcheur : laverie, repas partagés, offices matinaux. Le Covid a bouleversé cette routine : les sœurs ne participent plus aux repas, et l’édifice s’est professionnalisé. Il y a désormais des chambres d’hôtel de deux catégories, et des pensionnaires âgés vivent séparément, changeant l’ambiance d’autrefois. Néanmoins, le soin du pèlerin reste au cœur de ce lieu, même si la poésie s’est un peu évanouie.

Difficulté du parcours : Les dénivelés (+149 mètres/-146 mètres) sont aujourd’hui insignifiants. Ce n’est que de la balade, une journée de repos en quelque sorte.

État du GR65 : Voici une belle étape où les chemins prennent nettement l’avantage sur l’asphalte :

  • Goudron : 4.2 km
  • Chemins : 12.0 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez.

Pour les vrais dénivelés, relisez la notice sur le kilométrage sur la page d’accueil.

Section 1 : Dans les sous-bois de chênes

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté.

Pour quitter Limogne-en-Quercy, le GR65 prend doucement de la hauteur en longeant la route qui contourne le village. Très vite, les dernières maisons s’effacent et le causse reprend ses droits, dans une transition presque imperceptible entre le monde des hommes et celui de la pierre et des chênes.
La route conduit bientôt au lieu-dit Bel-Air, où une croix veille depuis des générations sur les voyageurs de passage, comme un discret repère entre ciel et terre.
À partir d’ici, le GR65 emprunte le chemin du Joncas, également appelé chemin des Dolmens. Le chemin s’enfonce sous la voûte protectrice des chênes, où l’ombre accompagne les pas du pèlerin.
Le décor ne vous sera pas étranger. Vous retrouvez ce paysage si caractéristique des causses, où la pierre sèche façonne depuis des siècles l’identité du pays. À Limogne, cette architecture vernaculaire se dévoile à chaque détour : dans les champs, autour des enclos, le long des murets qui bordent les chemins, témoins silencieux d’un savoir-faire ancestral.
Au détour du chemin surgit une belle ruine aux teintes ocres qui attire irrésistiblement le regard. Sur le causse, les vestiges semblent parfois faire partie du paysage lui-même : quelques pans de murs, des bâtisses abandonnées, des amas de pierres où le temps paraît avoir suspendu son œuvre.
Un peu plus loin, une bifurcation conduit au dolmen du Joncas. Ici, les traces du passé plongent bien au-delà de l’Histoire écrite. Légèrement à l’écart du chemin, cette imposante table de pierre semble défier les siècles dans une atmosphère intemporelle. Les mystères qu’elle renferme nourrissent encore les légendes locales. Certains n’y verront qu’un agréable coin d’ombre pour une halte bien méritée ; d’autres préféreront laisser vagabonder leur imagination. Rien n’empêche d’ailleurs de rêver en dégustant son pique-nique.
Le chemin demeure très caillouteux, presque toujours plat ou en très légère descente. Ces anciens chemins muletiers se ressemblent, mais jamais ils ne lassent. Depuis plusieurs jours déjà, vous êtes devenu le spectateur privilégié d’une nature qui semble immuable. Ici règne une véritable impression de bout du monde : le silence enveloppe tout, seulement troublé par le crissement régulier des pas sur les pierres. Sous les chênes rabougris qui s’étendent à perte de vue, une profonde sensation de liberté finit par s’imposer.

Quelques pèlerins laissent à leur tour une trace discrète de leur passage en érigeant des cairns. Fragiles sculptures de pierres, elles portent autant de symboles que d’espoirs, avant de retourner un jour à l’anonymat du paysage.

Plus loin, le paysage s’ouvre timidement sur quelques prés. Rien ou presque ne vient rompre l’austérité de cette terre pauvre, sèche et pierreuse, peu propice aux cultures. Par endroits, les murs de pierre prennent davantage de hauteur, comme s’ils protégeaient quelque secret jalousement gardé.
Le causse révèle ici toute sa rudesse. La terre, d’un ocre profond, rappelle les sols maigres façonnés par le calcaire et les oxydes de fer, où seule une végétation parfaitement adaptée parvient à s’épanouir.
Peu à peu, le sous-bois s’éclaircit. La lumière reprend ses droits entre les arbres, et le GR65 rejoint finalement la route à proximité de Ferrières-Bas. 
Une discrète présence humaine subsiste encore ici, autour d’une ferme qui semble lutter contre le temps. Le clapier, désormais déserté par ses pensionnaires, rappelle que la vie paysanne s’est peu à peu retirée de ces terres austères.
Les signes de la foi continuent de jalonner le chemin, comme autant de repères pour le voyageur. Cette croix, patinée par les saisons et les intempéries, raconte à elle seule le passage des générations. Curieux paradoxe dans ce royaume du calcaire : c’est du granite, venu d’ailleurs, que l’on a choisi pour ériger ces monuments destinés à défier le temps et à inscrire leur présence dans l’éternité.
La route poursuit son cheminement en hésitant sans cesse entre les lisières forestières, les prairies ouvertes et les collines couvertes de chênes. Les amateurs d’Obélix retrouveront ici un décor familier : d’autres dolmens reposent encore sur le causse, gigantesques tables de pierre abandonnées par les hommes de la Préhistoire… ou, qui sait, par quelque Gaulois facétieux.
À la lisière du bois, une combe verdoyante apporte une parenthèse de douceur dans ce paysage minéral. Des troupeaux paisibles y broutent une herbe souvent rase et parcimonieuse. Habituées aux rigueurs du causse, les robustes vaches Aubrac demeurent les reines incontestées de ces pâturages exigeants.
Plus loin, le GR65 abandonne la route pour retrouver un chemin de terre. Les rares parcelles cultivées témoignent de l’adaptation des hommes à cette terre difficile : ici, point de vastes champs de blé, mais de l’orge, de l’avoine et surtout du triticale, un hybride de blé et de seigle particulièrement apprécié comme plante fourragère.
Le chemin retrouve ensuite un sous-bois plus aéré. Les chênes rabougris, emblématiques des causses, côtoient les frênes et les cornouillers, tandis que les haies de ronces dessinent les contours du chemin et offrent un refuge à toute une petite faune discrète.

Section 2 : Dans les sous-bois jusqu’à Varaire

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté.

Dans cet univers minéral où dominent la lande et les terres sèches, la végétation obéit aux lois du causse. Le chêne, puissant et résistant, règne sans partage sur ces plateaux austères. À ses côtés prospèrent l’érable champêtre et l’érable de Montpellier, tandis que le frêne apparaît dès que le relief s’adoucit ou que l’humidité devient plus généreuse. Les hêtres et les châtaigniers demeurent exceptionnels sous ces latitudes, remplacés çà et là par quelques charmilles discrètes le long des haies.
Puis survient une véritable surprise. Au détour du chemin apparaît une modeste pièce d’eau, presque incongrue dans ce pays où chaque goutte est précieuse. Ancien lavoir, source aménagée ou simple mare oubliée par le temps ? Le mystère demeure, et c’est peut-être ce qui fait tout son charme.
Les murets de pierre sèche reprennent bientôt leur interminable procession. Au milieu d’eux se dresse une vaste ruine dont les murs résistent encore avec une étonnante obstination. Était-ce une grange, une bergerie ou une « gariotte » de dimensions exceptionnelles ? Même sa couverture, composée de lourdes dalles de calcaire gris, semble vouloir défier les siècles. Ici, dans le pays de Cahors, on parle volontiers de « gariotte », là où d’autres régions du Quercy préfèrent le terme de « caselle ». 
Le chemin poursuit sa lente ondulation sur les faibles reliefs du causse. Sous les pas, la terre ocre se mêle aux cailloux blancs, tandis que de magnifiques murets couverts de mousses accompagnent le marcheur comme un fil conducteur. Longtemps, la marche fut regardée avec méfiance, associée aux vagabonds et aux miséreux. Aujourd’hui, elle est devenue un art de vivre, une manière de renouer avec le temps long. Tous ceux qui empruntent ces sentiers ne se rendent pas à Saint-Jacques-de-Compostelle. Beaucoup viennent simplement goûter le bonheur élémentaire de progresser dans ces paysages d’exception, de poser un pied devant l’autre, de laisser leurs pensées suivre le rythme tranquille de leurs pas.
Par endroits, les chênes prennent des allures tourmentées. Leurs troncs se vrillent, leurs branches s’étirent en quête d’un rai de lumière, tandis que les futaies installent une pénombre paisible où le silence semble avoir trouvé refuge. Non loin de là, une vieille « gariotte » s’est lentement abandonnée aux assauts du temps, comme si la pierre elle-même avait fini par céder devant les siècles.
Le chemin s’enfonce ensuite entre deux anciens murets de pierre sèche qui semblent guider naturellement le regard vers l’horizon. Les grands chênes aux branches noueuses déploient au-dessus du chemin une véritable voûte végétale, où mousses, lichens et lierre témoignent de l’âge respectable des arbres. Rien ne paraît troubler cette harmonie entre la nature et les ouvrages des hommes. C’est toute l’âme des anciens chemins muletiers du Quercy qui s’exprime ici : un paysage d’une simplicité bouleversante, où chaque pierre, chaque arbre et chaque muret racontent silencieusement plusieurs siècles d’histoire rurale.
À la sortie du sous-bois, la vaste ferme de Pech Canot marque une nouvelle étape du parcours. Avec ses bâtiments imposants, elle rappelle que, malgré l’impression de solitude qui règne sur le causse, ces terres continuent d’être façonnées par le travail des hommes.
Même au cœur de ces paysages ancestraux, la modernité trouve sa place. Ici, la compagnie d’électricité du Lot mise sur les énergies renouvelables, démontrant que le développement durable peut s’inscrire avec discrétion dans un territoire où patrimoine et nature demeurent intimement liés. 
Dans ce coin retiré du Quercy, ces modestes rubans d’asphalte appartiennent presque exclusivement au monde agricole. En dehors des grands axes, les véhicules s’y font rares, laissant au marcheur le privilège d’une tranquillité devenue presque exceptionnelle.
À quelques centaines de mètres seulement, le chemin abandonne de nouveau la route pour retrouver un large chemin de terre battue, comme si l’asphalte n’avait été qu’une simple parenthèse.
Et le paysage retrouve aussitôt son éternelle permanence. Cette longue allée semble traverser un monde où rien n’est superflu, où la nature impose son rythme avec une tranquille évidence. Ici, le véritable spectacle réside dans ce silence profond que seules les forêts savent offrir. Elles demeurent l’un des derniers refuges d’une liberté intacte, des sanctuaires où le temps ralentit et où la solitude n’a pas encore de prix. Qui sait si, un jour, ces richesses immatérielles ne deviendront pas les biens les plus précieux de notre époque ? 
Après avoir longé quelques modestes parcelles de céréales, le GR65 s’enfonce de nouveau sous une voûte végétale plus dense. Tout retrouve alors son harmonie naturelle. Chaque pas semble accompagner la lente symphonie de la forêt, où les couleurs, les parfums et le silence composent un tableau toujours renouvelé.
Bientôt, le chemin débouche sur un carrefour où un panneau annonce Varaire à trois kilomètres. La prochaine étape se rapproche peu à peu, au rythme tranquille de la marche.
Le GR65 emprunte alors brièvement une petite route goudronnée, simple liaison avant de retrouver son véritable domaine : les chemins du causse.
Très vite, l’asphalte disparaît sous les pas. Le chemin retrouve sa terre battue et poursuit son tracé parmi ces paysages immuables qui semblent défier le temps. Ici, les anciens chemins ruraux ont traversé les siècles sans presque changer, fidèles aux reliefs du plateau et au patient travail des générations qui les ont façonnés.
Le décor demeure fidèle à lui-même : une terre ocre, tantôt poussiéreuse, tantôt couverte d’éclats calcaires, des chênes souvent rabougris par les vents et la sécheresse, parfois si clairsemés que le ciel semble traverser leur ramure. Rien ne cherche à impressionner, mais tout invite à la contemplation.
Un peu plus loin surgit une superbe « gariotte », incarnation de la poésie discrète des causses du Quercy. Son pignon, entièrement construit de fines lauzes calcaires soigneusement assemblées, révèle un remarquable savoir-faire où chaque pierre trouve naturellement sa place. Les siècles ont doucement patiné ses murs, désormais habités par les lichens et les mousses, tandis que la végétation s’approche avec une infinie délicatesse, comme si la nature elle-même respectait encore l’œuvre des anciens bâtisseurs. Rien n’évoque ici l’abandon ; tout respire au contraire une lente harmonie entre le paysage et l’architecture vernaculaire. Cette humble construction résume à elle seule l’âme des causses : celle d’un pays où la pierre devient patrimoine et où les plus modestes édifices acquièrent une noblesse presque monumentale. .
Le chemin poursuit alors sa progression dans ce paysage hors du temps, où chaque détour semble suspendre un peu plus la marche du monde. Le silence, la lumière et les arbres composent un décor presque irréel, invitant naturellement à la méditation.
Bientôt réapparaissent les longs murets de pierre sèche qui accompagnent inlassablement le chemin. Les pierres plates, extraites des champs au fil des générations, composent de véritables murailles calcaires où quelques mousses viennent adoucir la rudesse de la roche. Plus loin, ces ouvrages se désagrègent peu à peu et laissent place à d’impressionnants amas de pierres informes, comme si les anciens murs retournaient lentement à la lande dont ils étaient issus. Pendant ce temps, le chemin poursuit paisiblement son ruban de terre ocre, marqué par le passage des hommes, des troupeaux et des pèlerins.
Quelques ruines apparaissent encore, discrètes sentinelles d’un monde rural aujourd’hui presque disparu. Elles prolongent cette impression d’éternité qui imprègne tout le causse, où les pierres semblent conserver la mémoire des hommes bien après leur départ.
Le GR65 rejoint ensuite une nouvelle petite route, aussi discrète et paisible que celles déjà traversées. Ici, la circulation demeure exceptionnelle et le silence continue de régner sans partage.
Un nouveau panneau annonce Varaire à un kilomètre seulement.
Le village reste encore dissimulé derrière les ondulations du plateau, mais sa présence se devine désormais. Le GR65 suit cette route qui s’élève avec douceur à travers une campagne paisible, entre prés, bosquets et anciennes parcelles bordées de murets de pierre sèche. Pas à pas, la montée conduit le pèlerin vers Varaire, nouvelle halte sur cette traversée du Quercy. 

Section 3 : Un petit détour par Varaire avant de retrouver le causse

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté.

La route poursuit sa montée jusqu’au carrefour des Écoutilles, où une ancienne croix veille discrètement à l’ombre des arbres. Comme souvent sur le chemin de Saint-Jacques, ces modestes repères de pierre semblent accueillir le voyageur bien avant l’entrée du village.
Les Écoutilles marquent les premiers abords de Varaire. Le GR65 ne fait qu’effleurer cette petite commune d’environ trois cents habitants avant de poursuivre sa route. Pourtant, il serait dommage de passer son chemin sans lui consacrer un détour : Varaire mérite largement la visite.
Le village offre au marcheur quelques services devenus précieux sur cette portion du chemin. On peut y trouver un hébergement ainsi que de quoi se restaurer, un confort qu’il convient de souligner tant les infrastructures demeurent rares sur cette étape du causse.
Au cœur du village se cache l’un des plus charmants lavoirs du Quercy. Son élégante toiture, surnommée « lavoir à papillons » en raison de sa silhouette déployée, abrite une eau paisiblement verdâtre où quelques canards viennent souvent barboter. Ce bassin constituait autrefois le vivier des puissants Cardaillac, l’une des grandes familles seigneuriales du Quercy, dont les possessions s’étendaient bien au-delà de Varaire. Le lieu dégage aujourd’hui une impression de grâce, de fraîcheur et de douceur qui contraste avec l’austérité des plateaux environnants.

Au Moyen Âge, Varaire occupait une place importante sur les chemins de passage. Un hôpital, attenant à l’église Saint-Jacques de Peyronèse, accueillait les pèlerins qui empruntaient une ancienne voie romaine connue ici sous le nom de « Cami Gasco », avant de rejoindre plus loin le « Cami Ferrat », après Bach. Les chroniques rapportent également que deux auberges recevaient les voyageurs de passage. Aujourd’hui encore, les belles demeures de pierre, parfois bâties comme de véritables maisons fortes, s’organisent autour de l’ancienne résidence seigneuriale des Cardaillac et de son impressionnant pigeonnier, rappelant le prestige de cette puissante lignée.

L’église Saint-Barthélemy, édifiée au XVe siècle puis agrandie au XIXe, surprend par la clarté de son intérieur où se marient harmonieusement les calcaires gris et rosés du Quercy. Elle abrite plusieurs belles statues de saints qui méritent l’attention des visiteurs. À proximité de l’édifice, une Vierge installée dans une petite alcôve ne laisse personne indifférent : son esthétique volontiers naïve, presque kitsch, amuse ou attendrit les pèlerins, ajoutant une touche inattendue au patrimoine religieux du village.

Après cette agréable parenthèse, il faut revenir au carrefour des Écoutilles pour retrouver le tracé du GR65 et poursuivre la marche vers les vastes étendues du causse.

Le GR65 quitte les Écoutilles par une modeste route goudronnée qui serpente entre les magnifiques murets de pierre sèche, patinés par les siècles et tapissés de mousses. Véritables signatures des causses, ils accompagnent inlassablement chemins et petites routes. Si les hauts plateaux appartiennent avant tout aux chênes pubescents, plus bas la végétation gagne en diversité. Les grands chênes blancs prennent davantage d’ampleur, rejoints par les noyers, les frênes, les érables champêtres et les érables de Montpellier, deux essences emblématiques qui ponctuent généreusement les paysages quercynois.
Le GR65 longe encore quelques instants la route, passant devant une élégante demeure de pierre qui apparaît fugitivement entre les arbres, presque dissimulée dans son écrin de verdure. Puis l’asphalte s’efface à nouveau, laissant place au chemin de terre qui s’enfonce sous les haies de chênes et d’érables.
Un panneau annonce Bach à moins de cinq kilomètres de marche. La prochaine étape se rapproche doucement, mais le paysage semble encore vouloir retenir le voyageur dans son univers minéral.
Une nouvelle maison de pierre surgit au détour du sous-bois, comme un ultime témoignage de la vie paysanne avant que le causse ne reprenne toute sa majesté. Peu à peu, le chêne retrouve sa place de souverain incontesté de ces terres austères, imposant partout sa silhouette robuste.
Alors commence l’une des plus belles séquences de cette étape. Pendant plusieurs kilomètres, le chemin déroule son ruban de terre entre une forêt claire où alternent lumière et ombre. Les murets de pierre sèche l’accompagnent fidèlement, dessinant les anciennes limites des parcelles dans une harmonie presque parfaite. Ici, rien ne semble avoir changé depuis des siècles. La magie du causse opère une fois encore, faite de silence, de simplicité et d’une beauté qui ne cherche jamais à séduire.
Les arbres prennent parfois un peu plus de hauteur, et il n’est pas rare que les élégants érables de Montpellier rivalisent avec les chênes en déployant leur feuillage léger au-dessus du chemin.
Que dire de plus ? Peut-être simplement écouter. Écouter le silence, seulement interrompu par le chant d’un oiseau ou par le crissement régulier des semelles sur les petits cailloux calcaires. Ici, l’eau se fait oublier. Le causse demeure fidèle à sa réputation : une terre sèche jusqu’à l’os, où chaque source est une richesse.
Comment pourrait-on se lasser de ces interminables murets couverts de mousse, de ces chênes modestes mais obstinés, de ces haies de cornouillers qui bordent inlassablement le chemin ? Leur répétition n’engendre jamais la monotonie ; elle compose au contraire une véritable identité paysagère, celle d’un territoire unique. Ce vaste ensemble appartient au Parc naturel régional des Causses du Quercy et, depuis 2017, au Géoparc mondial UNESCO. Cette reconnaissance internationale célèbre un patrimoine exceptionnel où se mêlent les constructions en pierre sèche, un pastoralisme toujours vivant, des paysages karstiques remarquables et une richesse géologique et paléontologique parmi les plus remarquables de France.

Peu après, au bout du sous-bois, c’est la jonction avec le GR36/46 qui vient de La Vallée du Célé, en passant par St Cirq-Lapopie. On traite de tous ces parcours dans un autre chapitre. C’est un carrefour stratégique. Ici on peut gagner Les Moulins, où on peut se loger ou alors gagner les mines de phosphate de Coup D’Aral. à deux pas de Les Moulins. Les mines de Coup D’Aral sont à deux pas de Les Moulins. Le site est magique. On peut descendre dans les grottes et on explique en détail la formation du phosphate. Mais les pèlerins n’y vont pas, en très grande majorité. Mais bien évidemment, le phosphate cela ne dit pas grand-chose à la majorité des pèlerins, si ce n’est que d’être un additif malheureux des produits de lessive.

Section 5 : En route pour le Monastère des Filles de Jésus

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans aucune difficulté.

À partir du carrefour, c’est une route tranquille qui mène à Bach. Le parcours est ponctué de très belles demeures de pierre, solides et fières, qui semblent avoir défié les vents et le temps, posées comme des notes figées dans un paysage silencieux. 

La route conduit bientôt à Bach, petit village de 150 habitants, fait de maisons de pierre robustes et intemporelles, où chaque façade raconte la lente histoire de ses habitants et de leur lutte avec la terre.

L’église de l’Assomption a des origines lointaines : un édifice du XIIe siècle, dont il ne reste presque rien, refait au XVe puis au XVIe siècle, avant d’être transformée au XIXe siècle. Chaque pierre semble murmurer le passage des siècles et des générations.

Sur la place de l’église, un panneau détaille les travaux récents : la construction de deux points d’eau sur le parcours vers Cahors, un geste discret mais précieux pour le pèlerin assoiffé. Le premier de ces points d’eau se trouve à quelques pas à la sortie du village.

Le GR65 quitte alors le village par la route qui mène vers Vaylats, prolongeant la marche au cœur des paysages du Quercy.  

Peu après, le parcours quitte la route pour un chemin plus intime en direction de Cahors et de Vaylats. Rapidement, on signale les possibilités d’hébergement à Vaylats ou dans les yourtes récentes de Bascot, ajout moderne sur ce parcours ancien. 

Ici, on marche sur le Cami Ferrat, chemin de César et des armées romaines vers Cahors, un tracé historique où chaque pas résonne des pas de légions anciennes.

Le paysage n’est pas le plus pittoresque du causse : de longues lignes droites sur une plaine ouverte, presque steppe, où le vent semble dérouler des tapis invisibles de poussière et de lumière.

Bientôt, la nature reprend sa poésie : le chemin s’approche de la forêt, où l’ombre et le vert rafraîchissent le regard et l’esprit. 

Le chemin arrive à un carrefour permettant de gagner Vaylats. Le GR65 continue tout droit sur le Cami Ferrat, que l’on retrouvera le lendemain à la sortie du village. De nombreux pèlerins venant de Bach escamotent le parcours vers Vaylats, pour gagner directement Cahors.

Le raccourci s’aventure un peu dans le bois, offrant un moment de fraîcheur et d’intimité avec le silence des arbres… 

… avant de retrouver la large plaine, ouverte et lumineuse. 

La terre semble moins ingrate par ici : quelques cultures parsèment le paysage, rappelant que même dans ce coin rude, la vie sait se frayer un chemin.

Le large chemin continue ainsi jusqu’à l’entrée de Vaylats, où il devient plus étroit, comme pour inviter le marcheur à ralentir et à observer les détails du village qui se dévoile.

Le chemin débouche à l’entrée du village, où un parc boisé central attire le regard. L’église actuelle de St Pierre-ès-Liens, de style néoroman, est une reconstruction de la fin du XIXe siècle, remplaçant l’ancienne église gothique du XVe siècle sur le même site.

Le village abrite également une boulangerie-épicerie-café, mais surtout le splendide Couvent des Filles de Jésus, immense édifice du XIXe siècle, construit à l’emplacement d’un ancien château détruit lors de la Révolution. Il sert également de logement pour les pèlerins.  

En 1820, le Père Jean Lausiu fonda à Vaylats une communauté et une école pour l’enseignement des filles et le soin des pauvres, origine de la congrégation des Filles de Jésus, qui compta jusqu’à 600 religieuses au XXe siècle. Aujourd’hui, seules des sœurs âgées demeurent, aidées par des laïcs partageant leur charisme. Elles ne s’occupent plus directement des pèlerins, mais l’esprit d’accueil persiste. La grande cour arborée du couvent mène aux chapelles, au réfectoire et aux appartements des sœurs.

Autrefois, il existait ici une communion vivante entre pèlerins, bénévoles et sœurs. Tout était organisé pour aider le marcheur : laverie, repas partagés, offices matinaux. Le Covid a bouleversé cette routine : les sœurs ne participent plus aux repas, et l’édifice s’est professionnalisé. Il y a désormais des chambres d’hôtel de deux catégories, et des pensionnaires âgés vivent séparément, changeant l’ambiance d’autrefois. Néanmoins, le soin du pèlerin reste au cœur de ce lieu, même si la poésie s’est un peu évanouie.

Le soir descend sur Vaylats. Il est temps de flâner dans le parc du couvent, puis de gagner les chambres : au cimetière, les sœurs reposent côte à côte, anonymes à l’exception de leur nom. Les portes du couvent se ferment pour la nuit. Il est 20 heures : bonne nuit. Le petit déjeuner attendra 7 heures précises, car dans un couvent, la discipline est une autre forme de bienveillance.

Logements sur la Via Podiensis

 

  • Gîte Le Mouton à Deux Pattes, Ecoutilles/ Varaire ; 07 45 13 14 22 ; Gîte, repas, petit déj.
  • Clos des Ecoutilles, Ecoutilles/Varaire ; 05 65 24 50 84 ; Gîte et Ch. d’hôte, repas, petit déj.
  • Gîte Les Marronniers, Varaire; 05 65 31 53 85/06 11 12 12 78 ; Gîte et Ch. d’hôte, repas, petit déj., cuisine
  • L’Escale de Varaire, Varaire; 06 70 52 42 48/06 29 87 30 80 ; Gîte et Ch. d’hôte, repas, petit déj., cuisine
  • Gîte Relais Arc-en-Ciel, Les Moulins; 06 65 09 04 82 ; Gîte, repas, petit déj.
  • La Grange St Jacques, Les Nougayrols, Bach; 06 23 32 44 61 ; Gîte et Ch. d’hôte, repas, petit déj.
  • Gîte La Joie du Chemin, Bach; 07 45 83 83 24 ; Gîte, repas, petit déj., cuisine
  • Chambres d’hôtes Le Mas de Juge, Route de Vaylats, Bach; 05 65 22 67 37/06 70 65 38 43 ; d’hôte, repas, petit déj.
  • Couvent des Filles de Jésus, Vaylats; 06 49 44 05 46 ; Gîte et Ch., d’hôte, repas, petit déj.
  • Yourtes de Bascot, Vaylats; 06 71 50 54 17 ; Gîte, repas, petit déj.

D’année en année, le Chemin de Compostelle se transforme, se réinvente au gré des saisons et des pas des pèlerins. Certains hébergements ferment leurs portes tandis que d’autres, modestes ou inattendus, voient le jour. Il serait dès lors illusoire de prétendre en établir une liste immuable et exhaustive. Celle-ci ne recense que les logements situés directement sur l’itinéraire ou à moins d’un kilomètre de celui-ci. Cette sélection a été actualisée en 2026 ; elle ne devrait donc pas connaître de bouleversements majeurs dans les prochaines années. Pour qui souhaite aller plus loin, un seul ouvrage fait figure de référence incontournable : Miam Miam Dodo, aisément accessible en ligne. Ce guide, dont le mérite essentiel réside dans sa mise à jour annuelle, ne se limite pas aux hébergements du tracé strict, mais mentionne également des adresses en dehors du parcours, comme ressource précieuse lorsque l’affluence rend les étapes plus incertaines. On y trouve en outre une mine d’informations pratiques : bars accueillants, restaurants de passage et boulangeries providentielles, autant de haltes qui ponctuent le voyage. À cette cartographie traditionnelle s’ajoute désormais une présence devenue incontournable : Airbnb. Cette plateforme s’est imposée comme une référence majeure dans le paysage touristique, y compris dans les régions les plus discrètes ou les moins favorisées. Toutefois, comme chacun le sait, les adresses exactes n’y sont pas directement visibles, ce qui suppose une certaine anticipation. Car sur le Chemin, trouver un lit à la dernière minute relève parfois du hasard heureux. Mais le hasard, par nature, ne saurait constituer une stratégie. Il est donc vivement recommandé de réserver en amont. Enfin, lors de vos démarches, prenez soin de vous renseigner sur les possibilités de repas ou de petit-déjeuner : ces détails, en apparence anodins, peuvent grandement adoucir une étape.

 Si l’on fait l’inventaire des hébergements, on dénombre environ 120 lits avant Vaylats et seulement 50 lits à Vaylats même. Or, le nombre de pèlerins sur la Via Podiensis se situe généralement entre 100 et 200 personnes par jour. En période d’affluence, la situation peut donc devenir très tendue. Il s’agit même de l’une des étapes les plus délicates du Chemin de Compostelle en France en matière d’hébergement. Il faut toutefois nuancer ce constat. Il est difficile de savoir combien de pèlerins choisissent de s’arrêter à Bach et ne font pas le crochet par Vaylats, préférant poursuivre directement sur le GR65. De ce fait, la pression sur les hébergements de Vaylats est probablement moins forte que ne le laissent supposer les seules capacités d’accueil. Malgré cela, il est prudent de réserver, en particulier au couvent de Vaylats, qui figure parmi les hébergements les plus recherchés du secteur. Sans réservation, il faudra parfois poursuivre la marche au-delà de Vaylats, alors que les possibilités d’hébergement deviennent ensuite très rares.

 Ces itinéraires, qui serpentent à travers des territoires souvent peu densément peuplés, offrent peu de commerces. Les restaurants y sont rares, tout comme les épiceries, et celles-ci prennent souvent la forme de modestes dépôts de pain, proposant quelques légumes et produits laitiers. Dans cette étape, on peut se restaurer à Varaire et à Bach, où’ existent aussi de petites épiceries, dun point d’eau et des toilettes, Il en va de même pour Vaylats. Enfin, de nombreuses entreprises proposent des services de transport de bagages ou de rapatriement vers le point de départ. Parmi elles, une s’impose comme une référence incontournable : La Malle Postale.

N’hésitez pas à ajouter des commentaires. C’est souvent ainsi que l’on monte dans la hiérarchie de Google, et que de plus nombreux pèlerins auront accès au site.
Etape suivante : Etape 18: De Vaylats à Cahors 
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