Une bonne mise en jambes
DIDIER HEUMANN, MILENA DALLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct.
Pour ce parcours, voici le lien:
hhttps://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/du-puy-en-velay-a-st-privat-dallier-par-le-gr65-29068056
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Tous les pèlerins ne sont pas forcément à l’aise avec la lecture des GPS ou la navigation sur un portable, d’autant plus qu’il existe encore de nombreuses zones sans connexion Internet. C’est pourquoi, pour faciliter votre voyage, un livre dédié à la Via Podiensis du Puy-en-Velay à Cahors est disponible sur Amazon. Bien plus qu’un simple guide pratique, cet ouvrage vous accompagne pas à pas, kilomètre après kilomètre, en vous offrant toutes les clés pour une planification sereine et sans mauvaises surprises. Mais au-delà des conseils utiles, il vous plonge dans l’atmosphère enchanteresse du Chemin, capturant la beauté des paysages, la majesté des arbres et l’essence même de cette aventure spirituelle. Seules les images manquent : tout le reste est là pour vous transporter.
En complément, nous avons également publié un second livre qui, avec un peu moins de détails mais toutes les informations essentielles, décrit le parcours global du Puy-en-Velay à St Jean-Pied-de-Port. À vous de choisir votre parcours.
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Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.
De très nombreux pèlerins et randonneurs choisissent le Puy-en-Velay comme seuil inaugural de leur marche vers Compostelle. Or, cette première étape n’a rien d’une aimable mise en jambes. N’est-ce pas d’emblée confronter le marcheur à l’exigence du parcours : forts dénivelés, sac trop lourd, chaussures encore indociles, corps qui cherche son rythme ? Pour le sportif aguerri, ce n’est qu’une étape parmi d’autres. Mais existe-t-il seulement des étapes ordinaires ? Le chemin se dérobe à toute routine : il se réinvente chaque jour, et chaque jour impose sa loi.
Le Velay est né d’une lente et prodigieuse alchimie où l’érosion a sculpté les vestiges de volcans complexes surgis d’un socle granitique. C’est une histoire de démesure et de patience. Jadis, les volcans ont éventré la croûte primitive, dressée à près de mille mètres d’altitude, et déversé, strate après strate, des flots de lave jusqu’à porter le relief à plus de 2 500 mètres. Puis, lorsque Vulcain, ou Héphaïstos, selon l’humeur des mythes, suspendit ses convulsions de feu, le temps entreprit son œuvre. Siècle après siècle, millénaire après millénaire, le paysage s’abaissa, se fendilla, se fragmenta en puys, en gouffres et en escarpements, sous l’assaut obstiné des eaux. Sur ce socle de scories et de cendres, rivières et glaciers déposèrent peu à peu des sédiments plus tendres, marnes, et calcaires, qui adoucirent les lignes et façonnèrent de vastes plateaux. Mais le basalte, dur comme le fer, oppose à l’usure une résistance farouche. Aussi les puys arrondis ont-ils tenu bon, et les trois célèbres rochers du Puy, le rocher Corneille, le rocher Saint-Michel et le mont Anis , demeurent les ultimes aiguilles dressées de ces antiques cheminées volcaniques.
Ici, l’agriculture, et plus encore l’élevage, imprime sa cadence au paysage. Champs et prairies, de dimensions modestes, se succèdent comme les pièces d’une mosaïque patiemment assemblée. La forêt y tient une place discrète, sans jamais disparaître tout à fait : une multitude de bosquets, de haies et de lisières accompagne le regard et rythme l’horizon. Le plateau du Devès s’est édifié par l’empilement de vastes coulées basaltiques, superposées comme les pages d’un livre minéral. Çà et là émergent de modestes hauteurs volcaniques que l’on nomme ici des “gardes” : mamelons fertiles couronnés de pins ou de landes, vigies silencieuses du plateau. La profusion ancienne de cratères a favorisé la naissance de tourbières, dont le lac de l’Œuf offre un exemple saisissant. Le Devès demeure un pays de pâtures et de bêtes, où les cultures restent plus rares. Autour des fermes, les haies vives de noisetiers et de frênes dessinent un bocage intime. Les paysans, pour apprivoiser cette terre pierreuse, ont ôté les blocs rebelles des champs et les ont assemblés en murets bas, qui ourlent aujourd’hui le paysage d’une sobre élégance. Les villages, resserrés autour d’une église ou d’un château, s’ordonnent le plus souvent autour d’une place ou d’un “couderc”. Cet espace commun dit à lui seul une mémoire collective encore perceptible, comme en Margeride voisine : four à pain, lavoirs, fontaines, métiers à ferrer les bœufs racontent une sociabilité ancienne, tissée d’entraide et de gestes partagés. Pour bâtir leurs maisons, les hommes ont puisé dans la pierre volcanique, offerte par le sol même. De ces matériaux sombres et mats naît une austérité sans sécheresse, une gravité presque noble qui donne aux villages leur caractère.
Le parcours file vers le sud-ouest, quittant peu à peu le bassin de la Loire pour rejoindre celui de l’Allier. Vous marchez sur les plateaux du Devès, au cœur du Velay, vaste table basaltique profondément entaillée à l’est par la Loire et à l’ouest par l’Allier. Entre ces deux entailles majeures, peu de vallées viennent rompre l’ample respiration du relief. Toute l’étape se déroule en Haute-Loire. Déjà se dessinent les paysages emblématiques du Massif central : petites montagnes boisées, ondulations sévères, vallons secrets, gorges parfois abruptes. Ici, la nature n’a rien de docile : elle porte encore, dans ses formes heurtées, la mémoire de ses anciens bouleversements.
Dans l’ensemble, nous privilégierons les étapes parcourues par beau temps, pour avoir souvent arpenté ces chemins sous un ciel clément. Mais aujourd’hui, nous ferons une exception : il faut aussi montrer que la pluie, les nuages lourds et les ciels chargés savent parfois offrir au paysage une beauté plus grave, plus secrète, une autre manière, tout aussi précieuse, d’entrer dans le charme de la région.
Difficulté du parcours : Dans cette étape, les dénivelés sont relativement conséquents, mais la pente est progressive et assez supportable (+649 mètres/-389 mètres). Ce sera une montée progressive vers les Monts du Devès. De là-haut, on devine au loin la Margeride, et plus loin encore, l’Aubrac. Pour un départ sur le Chemin de Compostelle, c’est un bon début, non ? 23.2 km de marche et plus de 600 mètres de dénivellation positive pour atteindre les Monts du Devès. Une descente, pas toujours légère, parfois très rude sur les cailloux, conduit le pèlerin à St Privat d’Allier.

Etat du GR65 : Dans cette étape, les passages sur chemins dépassent ceux sur le goudron. Ce n’est pas toujours le cas sur le Chemin de Compostelle :
- Goudron : 9.5 km
- Chemins : 13.7 km
Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.
Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez.
Pour les “vrais dénivelés”, relisez la notice sur le kilométrage sur la page d’accueil.

Section 1 : Un départ en fanfare

Aperçu général des difficultés du parcours : le début est pénible pour des gens non entraînés. Mais, après le premier kilomètre, le parcours devient nettement plus calme.

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Au Moyen Âge, c’est depuis le parvis de Notre-Dame que les pèlerins prenaient jadis leur élan vers la lointaine Galice, au sommet des 102 marches reliant la ville basse à la cité haute. Aujourd’hui encore, à l’aube, à 7 heures précises, une foule de marcheurs se rassemble dans la cathédrale pour assister à la messe et recevoir la bénédiction du départ. À cette heure suspendue, Le Puy semble désert, comme si la ville retenait son souffle avant de livrer ses voyageurs au chemin. Ce matin, ils sont plus d’une centaine face à la Vierge noire. La célébration, fidèle à la tradition, mêle recueillement, recommandations pratiques et paroles d’encouragement, déclinées en plusieurs langues pour ceux qui s’apprêtent à partir. C’est aussi l’instant où l’on remet le “crédencial”, ce passeport du pèlerin que viendront bientôt rythmer tampons et étapes, pour ceux qui n’en disposent pas encore.
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| Pour l’occasion, le grand escalier de la cathédrale, habituellement fermé aux visiteurs, s’ouvre comme une porte solennelle sur l’aventure. Un à un, les pèlerins descendent les marches, presque en silence, portés par une gravité joyeuse. Puis ils gagnent la rue des Tables, glissent vers l’intersection de la rue Saint-Jacques et du boulevard St Louis, comme entraînés par un courant ancien. |
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| En face s’ouvre la rue des Capucins, véritable seuil de la Via Podiensis. Le gîte des Capucins en constitue le cœur battant : beaucoup de marcheurs y ont passé la nuit, d’autres ont dormi à l’hôtel, chacun selon ses moyens, ses habitudes ou ses appréhensions de la veille. C’est ici que Compostelle cesse d’être un projet pour devenir une réalité. |
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| Dès les premiers mètres, le pèlerin novice comprend que Compostelle ne se laisse pas apprivoiser sans résistance. Pour une entrée en matière, le menu est corsé. La route s’élève avec une franchise presque alpine, le long d’un trottoir étroit qui oblige déjà à trouver souffle et cadence. Ce premier raidillon agit comme un avertissement : le chemin ne flatte pas, il éprouve. |
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| Au sommet de cette première rampe, les panneaux rappellent d’un seul chiffre l’ampleur de l’entreprise : 1 521 kilomètres jusqu’à Santiago. De quoi impressionner l’esprit autant que les mollets. Cette distance, soudain rendue concrète, donne à chacun la mesure de ce qu’il entreprend, ou croit entreprendre. |
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| Puis le parcours rejoint la rue de Compostelle ; mais le nom seul n’adoucit pas la pente. La rue serpente, se cabre encore, s’étire dans les hauteurs de la ville avant de gagner les premières franges d’Espaly-Saint-Marcel. Et plus l’on s’éloigne du cœur du Puy, plus l’effort se fait sentir. La ville s’efface peu à peu derrière soi, comme un rivage qu’on quitte. |
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Sur la route, les pèlerins s’égrènent comme les grains d’un rosaire. C’est toujours ainsi sur les grands parcours de randonnée : les départs sont nombreux, les enthousiasmes mêlés, mais les kilomètres opèrent bientôt leur tri silencieux. Il y a les pressés, sûrs de leur force, qui veulent avaler la pente comme pour conjurer la longueur du voyage. Il y a les hésitants, les songeurs, ceux qui ralentissent presque volontairement, comme s’ils voulaient retarder le moment d’être vraiment partis. D’autres découvrent avec un mélange d’étonnement et de respect les premières rudesses du parcours. Ils savent qu’il y en aura d’autres, moins indulgentes encore. Alors ils s’arrêtent, prennent une photo, se retournent vers les toits du Puy, comme pour emporter un dernier fragment de la ville avant de se remettre en marche. La jeunesse n’est d’ailleurs pas le visage majoritaire du pèlerinage. Ce sont souvent des retraités, seuls, en couple ou en petits groupes, qui prennent ici le départ. Certains portent la coquille suspendue au cou ou accrochée au sac. Mais la coquille n’est pas qu’un emblème : elle est un lien avec l’invisible, un signe de protection, presque une présence tutélaire dans la solitude des longues journées. On croise aussi quelques pèlerins accompagnés d’un chien, fidèle compagnon de route, parfois relié à eux par un harnais. Plus rares sont les ânes et les chevaux, silhouettes d’un autre temps qui rappellent l’ancienne lenteur du voyage. En se retournant, le regard embrasse encore la cathédrale et la statue de Notre-Dame-de-France, dressée sur le rocher Corneille. D’ici, pourtant, Saint-Michel d’Aiguilhe demeure caché.

| La pente se redresse parfois à plus de 15 % sur ce premier kilomètre. Pour éviter trop longtemps le goudron, le parcours s’aventure dans un petit parc où des rondins de bois dessinent une sente plus douce à l’œil qu’aux jambes. Quelques escaliers plus loin, l’ascension se poursuit à travers des lotissements récents qui s’éparpillent sur les hauteurs. |
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| Plus haut, la pente consent enfin à se calmer vers le lieu-dit Séjalat, près d’une grande usine de dentelle, comme un discret rappel du savoir-faire local. Aujourd’hui, la pluie menace. Mais même sous un ciel clément, la terre d’ici absorbe mal les fortes averses : elle garde longtemps la mémoire de l’eau tombée. |
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| Le GR65 abandonne alors la route pour un large chemin de gravier qui file presque à plat en pleine campagne : l’ancienne route de Saugues. Les traces des pluies récentes y sont encore bien visibles, et la météo du jour n’incite guère à l’optimisme. Le chemin frôle d’anciens “sucs”, que l’on appelle ici aussi des “gardes” : petits volcans aux formes adoucies par l’érosion, faits de pierres rouges friables, exploitées sous le beau nom de pouzzolane. Peu à peu, Le Puy s’éloigne, se dissout dans la douceur ondulée des reliefs volcaniques qui font tout le charme du Velay. |
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| Chemin faisant, le parcours marque une halte près de la croix de Pouvignac. Qu’on ne s’y trompe pas : ces bancs, placés là comme des invitations au répit, sont de véritables havres pour les néophytes déjà éprouvés par les premières montées. Le parcours apprend vite l’humilité. |
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Foudroyée en 1940, la croix, dont le socle remonte au XIIe siècle, n’était plus qu’une colonne tronquée avant sa restauration récente. Ici comme ailleurs sur le parcours, les croix disent davantage qu’une simple dévotion. Les sceptres dominent peut-être le monde ; les croix, elles, prétendent ouvrir le ciel. Nul ne saurait dater avec certitude les milliers de croix qui jalonnent les routes de Compostelle, tant cette coutume plonge dans les premiers siècles de l’évangélisation. Élevées par les paroisses, offertes par piété personnelle ou dressées en mémoire d’un événement, elles ont longtemps servi à baliser le chemin, marquer l’entrée d’un village, délimiter une paroisse ou offrir une halte aux processions. Aujourd’hui encore, malgré le silence revenu, elles demeurent comme des bornes spirituelles, modestes mais tenaces, sur la longue route des hommes.

| Le chemin s’éternise alors sur de longs faux plats, à travers champs. Il se teinte de poussière brune et rouge, reflétant un peu l’origine volcanique de la région. Ici, le ciel est si bas qu’il semble plonger sur la terre, les prés et les rares cultures. Ici, c’est une terre ondulante, de l’agriculture, avec peu de cultures et parfois du bétail. Si vous passez par ici un jour venteux, vous constaterez que le plateau peut être siphonné par le vent. De rares feuillus, dont des charmes, des frênes et des érables campent parfois près des murets de pierres désordonnées, des cynorhodons et des ronces. |
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Dans la vallée du Dolaison, en-dessous du chemin, de nombreuses “chibottes” sont présentes. Un sentier y est dévolu. Peu de “chibottes” sont présentes ici sur le GR65. Lorsqu’on distribua aux citoyens des terres à cultiver, souvent on délaissa les ornements, s’attachant d’abord à l’utile. De modestes cabanes pour les bergers et les laboureurs virent ainsi le jour. Il fallait débarrasser les futurs champs des pierres. On avait compris comment joindre l’utile à la commodité, non à l’agréable. Les “chibottes” ou “tsabones”, des cabanes en pierre sèche, sont donc encore visibles en Haute-Loire, particulièrement dans la vallée de la Dolaison. On ramassait les pierres volcaniques dans les labours pour construire ces cabanes, tels des igloos. C’étaient, alors, des habitations temporaires, saisonnières pour les travaux des champs et des vignes, qu’on occupait durant l’été. Certaines possédaient même le chauffage. On abandonna ces masures mal commodes dans les années 1920-1930. Elles ne sont plus aujourd’hui que des attractions touristiques.

| Un peu plus loin, le chemin se dépouille peu à peu de sa rugosité graveleuse, se teinte d’ocre et s’élève avec une ardeur nouvelle à l’approche d’une ferme solitaire, posée comme en vigie au lieudit Conflans, juste au-dessous de la “garde” de Croustet. |
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| Puis le chemin reprend son souffle et s’étire de nouveau, presque droit, dans une pente si douce qu’elle semble à peine sensible, longeant les haies de jeunes feuillus et les hautes herbes livrées au vent. |
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| Dans cette étendue d’une tranquille régularité, les prairies se succèdent à perte de vue. Le bétail s’y fait parfois discret ; mais qu’on revienne à une autre saison, et l’on pourra surprendre le ballet paisible des vaches et des moutons animant les prés de leur présence. Ici, les cultures demeurent modestes : quelques parcelles de maïs, quelques champs de céréales, comme autant de touches sobres dans la vaste palette des herbages. |
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Section 2 : Le long d’une longue plaine qui s’étire

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté, avec quelques légères pentes.

| Le chemin est souvent gris noir, comme si on avançait sur de la poussière de basalte. |
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| Peu après, au bout d’une assez longue rectiligne, le chemin passe de l’autre côté de la D589, la départementale qui traverse toute la région. |
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Vous arrivez alors au lieudit Les Fangeasses. Il en est toujours ainsi. Chaque fois que vous débutez un nouveau Chemin de Compostelle, les signalisations fleurissent, bien organisées et claires. Cela se gâte souvent par la suite. Dommage, mais on se perd toutefois rarement.

| Un chemin, devenu plus étroit mais souvent toujours aussi rouge, se promène alors dans les prés au milieu des haies de ronces et d’herbes folles, avec parfois de la charmille, et de nombreux frênes solitaires. Le sol est parfois un tapis de pouzzolanes, ces petites pierres alvéolaires, qui sont des scories volcaniques. Elles peuvent être rouges ou noires. Ici elles sont rouges. |
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| En saison, vous pouvez vous gaver de mûres, les ronces couvrant abondamment les talus. |
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| Au lieudit La Sagne, à deux pas d’un peu de civilisation, le chemin tourne à angle droit. Ici on alerte les pèlerins de ne pas se faire détourner du chemin par de mauvais conseillers. Est-ce vraiment usuel ? Pour notre part, après des milliers de kilomètres sur les Chemins de Compostelle, nous n’avons jamais été inquiétés à ce sujet. |
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| Peu après, le chemin se traîne à plat vers La Roche, pour aller couper à nouveau la route départementale D589, qui va du Puy vers St Privat d’Allier. |
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| Une petite route longe alors un étonnant chapelet de fermes semblables, comme si un même geste les avait fait surgir de terre : de lourds blocs de pierres volcaniques noires et grises, assemblés à la chaux, soutiennent sous leurs toits de tuiles rouges une architecture à la fois rude et harmonieuse. |
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Dans la plaine, les faubourgs du Puy-en-Velay se devinent encore, comme une rumeur de ville qui tarde à s’effacer.

| Puis une petite route se glisse sous le village. Vous êtes aux premiers pas de la Via Podiensis, et quelques haltes discrètes rappellent parfois qu’ici, on n’a pas oublié qu’un pèlerin marche aussi avec sa faim et sa soif. En ce lieu pourtant, le tenancier semble avoir choisi l’heure de la pause. |
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| Le parcours quitte alors, pour un temps, le goudron afin de s’engager sur un sentier qui chemine au bas du hameau. La Roche apparaît comme suspendue à la corniche, en équilibre au bord d’une vallée profonde où le Dolaison file, tout en bas, dans l’ombre du relief. Partout, le regard se heurte à l’évidence minérale du lieu : ici, la pierre n’est pas seulement un matériau, elle est une présence. Le hameau déroule son chapelet de maisons comme un ensemble né d’un seul souffle, avec la même silhouette, la même teinte sombre, la même austérité lumineuse. La pierre volcanique, abondante dans la région, n’est pourtant pas une pierre docile : cassante, difficile à tailler, elle résiste à la volonté des hommes. Qu’importe : les anciens en ont fait leur alliée, l’assemblant en blocs irréguliers, parfois grossièrement équarris, liés à la chaux ou au mortier. D’autres pierres volcaniques ont trouvé place dans les murs, et jusque sur les toits, où elles se font lauzes et prolongent la montagne jusque dans l’habitat. |
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| Ici subsiste un outil de fer à l’allure sévère, presque inquiétante au premier regard. Qu’on se rassure : il n’était pas destiné aux hommes, mais aux bœufs d’autrefois. Ce vieux métier à ferrer, que l’on appelait aussi « travail », rappelle un monde paysan révolu. Là où un cheval docile pouvait se laisser ferrer sans trop de contraintes, vaches et bœufs, incapables de tenir longtemps sur trois pattes, devaient être maintenus dans cette étrange charpente de fer. Les bœufs ne tirent plus la charrue aujourd’hui, mais il est heureux que la région ait su conserver les traces de ce passé rural avec tant de fidélité. |
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| Le GR65 s’extrait peu à peu de cet étonnant village, dont l’unité architecturale demeure intacte, du moins sur le tracé du chemin. Aucune construction récente ne vient rompre l’harmonie d’ensemble ; parfois, les murs s’élèvent si haut qu’on se croirait au pied d’une forteresse oubliée. Dans l’esprit de beaucoup, la pierre volcanique se résume au basalte noir. C’est en partie vrai ; mais ces terres de feu recèlent aussi bien d’autres nuances : des roches plus claires, comme les trachytes ou d’autres pierres issues des mêmes profondeurs, qui viennent adoucir la rudesse sombre du paysage. |
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| À la sortie du village, un sentier étroit, semé de pierres de toutes tailles, épouse la corniche sans prendre de hauteur, glissant sur la lèvre supérieure de la crête, au-dessus du ravin de la Gazelle. Bien plus bas, le Dolaison poursuit son cours discret, comme une confidence murmurée au fond du vallon. |
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| Le sentier s’abandonne alors à la nature la plus libre, se faufilant dans un désordre charmant de pierres, de buissons et de broussailles, comme s’il cherchait lui-même sa voie dans cette sauvagerie apprivoisée. |
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| Par temps de pluie, le marcheur se voit offrir un jeu d’équilibriste, sautant de pierre en pierre au milieu des flaques, dans une progression tantôt prudente, tantôt légère. |
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| Le regard, parfois, s’échappe vers le vallon creusé par le Dolaison, dont la profondeur tranche avec l’apparente douceur du plateau. |
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| Dans cette sorte de steppe d’altitude, où le granite affleure par endroits, le bétail vient parfois brouter une herbe courte et rase. À l’horizon se découpe une ligne de crêtes profilées autour de mille mètres d’altitude : c’est le cœur du Velay, vaste plateforme volcanique bordée, face à vous, par les monts du Devès et leur chapelet de petits volcans. Cette chaîne forme la ligne de partage des eaux entre le bassin de la Loire, à l’est, et celui de l’Allier, à l’ouest. Au bout de la crête, le chemin s’élargit enfin et amorce une douce descente vers le vallon. |
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| Il atteint bientôt le lieudit La Terre de l’Église, à 1.6 km de Saint-Christophe-sur-Dolaison. Ici, les rochers affleurants sont de granite, tout comme les croix qui ponctuent le paysage. Pourtant, les pierres du chemin, elles, demeurent d’origine volcanique. |
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| La terre semble hésiter entre le rouge des pouzzolanes et le noir profond du basalte. Malgré les petits cailloux qui s’invitent sous les pas, la marche reste ici particulièrement agréable. |
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| Apparaissent alors les premiers murets de pierres sèches, ourlés de mousse, qui font tout le charme discret et indéniable du GR65 lorsqu’il se glisse sous les arbres. |
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| Le chemin descend ensuite doucement pour franchir le modeste ruisseau de la Roche sur un petit pont à dos-d’âne. L’eau y passe sans fracas, dans une discrétion presque timide. |
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| Ici, les frênes et les érables abondent. Les chênes commencent à s’inviter dans le paysage, rejoints par quelques épicéas et quelques pins qui annoncent déjà une autre densité forestière. |
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| Après le ruisseau, le chemin de terre remonte dans le sous-bois. Par temps de pluie, ces pentes, même douces comme ici, se changent parfois en véritables rus improvisés, où l’eau emprunte le chemin avant le voyageur. |
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| La végétation devient alors plus généreuse, presque exubérante. Les châtaigniers eux-mêmes viennent rivaliser avec les chênes, les érables, les hêtres et la charmille, comme si la forêt cherchait ici à reprendre pleinement ses droits. |
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| Puis, sous l’épaisse frondaison, où le lichen et le lierre s’incrustent aux troncs et aux vieux murets, le chemin se rapproche peu à peu de Saint-Christophe-sur-Dolaison. |
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Section 3 : Après St Christophe-sur-Dolaison, de petits hameaux de pierre dans la campagne

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté.

| Le parcours prolonge encore un peu son immersion dans cette nature généreuse, longeant les murets de pierres moussues et les fougères abondantes, discrètes messagères de l’humidité qui imprègne ces sous-bois. |
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| Puis, presque sans transition, le chemin débouche sur St Christophe-sur-Dolaison. |
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| Le village s’organise autour d’une petite place où se dresse l’église, cœur paisible de la commune. Classée monument historique, elle remonterait au XIIe siècle et porterait la mémoire des Hospitaliers du Puy comme des Templiers qui ont marqué la région. Sa matière première est une brèche volcanique, un conglomérat naturel de fragments de roches soudés par un ciment de cendres anciennes. Ses murs déploient toutes les nuances de l’ocre au rouge profond, et l’édifice se coiffe d’un étonnant beffroi à quatre ouvertures, évoquant un clocher en peigne, silhouette emblématique de cette terre. Au fil des siècles, l’église a connu quelques transformations discrètes, parmi lesquelles l’ajout d’une chapelle et d’un escalier. |
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| On peut se restaurer au village, à condition de passer aux bonnes heures. Sur le Chemin, il faut souvent composer avec les portes closes : mieux vaut, à l’étape précédente, se renseigner sur les lieux ouverts ou fermés. Les points d’eau, eux, demeurent presque toujours fidèles au rendez-vous, précieux viatique pour les marcheurs assoiffés. Ici encore, comme dans tant de villages du Velay, les roches volcaniques éclatent en une palette de tons chauds sur les façades des maisons. |
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| À la sortie de St Christophe-sur-Dolaison, quelques centaines de mètres plus loin, le parcours longe la place du Lavoir avant de descendre traverser en tunnel la départementale D51. |
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| Une petite route reprend ensuite de l’altitude en pente douce vers Tallode, à une dizaine de kilomètres du Le Puy-en-Velay. |
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| A Tallode, les maisons ont une unité remarquable sous leurs pierres basaltiques. Ces hameaux que l’on rencontre sur le chemin, ce sont de petites poignées de maisons massives, faites pour durer au-delà du temps. Ce sont de magnifiques maisons en vérité, de plusieurs siècles. Les hommes ont taillé ici dans les falaises granitiques et basaltiques, noires et grises, coupé les chênes pour faire émerger des fermes, des granges, parfois des maisons de maître. Attention ! En Velay, le granite était là avant tout le monde. C’est un vieux monsieur de 300 millions d’années, alors que Vulcain et Héphaïstos n’étaient que des bambins et ont commencé à jouer aux billes ici il y a seulement 15 millions d’années. Alors parfois le granit, qui se taille à merveille, remplace le basalte. |
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| Partout, les croix de granit ponctuent le paysage de leur présence familière, comme autant de repères silencieux dressés entre ciel et terre. À la sortie du hameau, la route s’éloigne peu à peu vers la pleine campagne en direction de Liac. |
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| La petite route ondule alors entre de vastes prairies et de plus rares parcelles cultivées, bordées de bosquets de frênes. Des troupeaux paissent en liberté dans l’herbe fleurie, donnant au paysage cette impression de calme vivant qui fait tout le charme de ces hauts plateaux. |
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| Bientôt, la route atteint le hameau de Liac. Ici encore subsiste un “travail” de fer, ce vieux dispositif autrefois destiné à ferrer les bœufs, témoin obstiné d’un monde rural qui ne s’efface pas tout à fait. |
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| Et toujours revient la magie de ces pierres volcaniques, jamais posées au hasard dans les murs épais des maisons conçues pour durer. Dans ces villages, même les transformations plus récentes semblent avoir respecté l’esprit du lieu, comme si chaque ajout s’était humblement plié à la mémoire des pierres. |
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| La route étroite s’avance ici avec une modestie tranquille, comme si elle savait qu’il faut parler bas dans les villages de pierre. De chaque côté, les maisons de basalte dressent leurs murs sombres, patients et solides, avec cette noblesse rustique que donnent les siècles et le vent. Leurs façades, cousues de joints clairs, ressemblent à de grandes mosaïques minérales où chaque pierre semble avoir trouvé sa place depuis toujours. C’est un de ces lieux où le temps paraît marcher au pas du promeneur, sans jamais le presser. |
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| Ici, un panneau annonce déjà Montbonnet, encore à près de cinq kilomètres de marche, une promesse de route qui prolonge le plaisir du chemin autant qu’elle en mesure la patience. |
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| Le GR65 quitte Liac en poursuivant sur le goudron d’une petite route un peu fatiguée, qui serpente parfois le long de murets de pierre, à l’ombre légère des frênes et des érables. |
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| Le chemin avance alors à plat, ou presque, dans une très légère montée qui laisse le pas libre et l’esprit disponible. Devant vous, les monts du Devès étalent déjà leurs lignes tranquilles, comme une promesse de relief à venir. |
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| Sur cette portion paisible, les seuls compagnons de route sont le plus souvent d’autres pèlerins, semblables à vous dans leur lenteur volontaire, ou, plus rarement, quelques bêtes dispersées dans les prés. Ici, la marche devient silence, et le silence, émerveillement. |
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| Un banc et une croix de pierre accueillent le marcheur à l’entrée de Lic, où le parcours retrouve pour un temps le goudron. |
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| Le hameau est minuscule, presque désert, mais il n’en demeure pas moins remarquable, avec ses maisons de pierre qui semblent avoir défié les siècles sans jamais rien céder de leur âme. |
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| À la sortie de Lic, c’est déjà le retour à la pleine campagne. Le chemin de terre, caillouteux et franc, reprend possession du paysage et invite à poursuivre plus loin encore. |
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Section 4 : Les belles pierres de Ramourouscle et une chapelle solitaire dans la campagne

Aperçu général des difficultés du parcours : le chemin monte sans cesse, mais toujours à moins de 10% de pente, le plus souvent à moins de 5%.

| Le chemin s’élève alors en pente douce à travers la campagne. Çà et là, de gros blocs de pierre volcanique émergent des champs comme des vestiges d’un vieux chaos minéral. Ici, les prairies dominent largement, et les terres cultivées se font discrètes. On aperçoit bien quelques parcelles de maïs ou de céréales, le plus souvent de l’avoine ou du triticale pour le bétail, car cette terre, rude et haute, se prête mal au blé. Quant aux lentilles, joyau du Puy, il semble que nous soyons déjà hors de leur territoire de prédilection. |
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| Peu après, le chemin ocre, encore poudré de restes de pouzzolane, croise une petite route qui permettrait de rejoindre le village des Bains. Mais le GR65, fidèle à sa ligne, poursuit tout droit, frôlant les ronces et les hautes herbes. |
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| Plus loin, il traverse encore une modeste route secondaire avant de continuer sans hésiter. Ce jour-là, pourtant, le ciel se charge peu à peu de nuages plus lourds, plus sombres ; la pluie a été annoncée, et l’air lui-même semble retenir son souffle avant l’averse. |
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| Le chemin se met alors à alterner entre boue collante et terre ocre détrempée. Ici, lorsque le printemps s’est montré généreux en pluie, mieux vaut éviter de s’aventurer hors du tracé : les champs se changent vite en pièges où les pas s’enfoncent. La nature du sol favorise les rétentions d’eau, et l’on comprend vite pourquoi des panneaux indiquent çà et là des déviations en cas de fortes intempéries. Le conseil mérite d’être pris au sérieux : sur ces terres, l’eau sait vite rappeler qu’elle est chez elle. |
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| Et pour cause : plus loin, un sentier se resserre jusqu’à devenir presque impraticable, se faufilant sur quelques centaines de mètres dans une véritable jungle d’herbes hautes, comme si le chemin lui-même hésitait à poursuivre sa route. |
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| Aux buissons succède alors une plaine assez maussade, froide, parfois boueuse, voire marécageuse par gros temps. Mais la terre grasse, sans doute plus féconde, à voir les champs qui se prolongent l’un derrière l’autre, il ne faut pas la visiter par temps de pluie. On enfonce alors dans une boue tenace et on emporte avec soi un peu du Velay à la semelle de ses chaussures. |
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| Le GR65 poursuit sa route sur la terre battue, traversant cultures clairsemées et prairies ouvertes avant de gagner les abords de Ramourouscle. Devant vous, se dessine la silhouette sombre de la forêt de l’Œuf, adossée aux monts du Devès, comme une lisière de mystère posée sur l’horizon. |
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| Le chemin rejoint bientôt la route à l’entrée de Ramourouscle. C’est ici, aujourd’hui, que nous essuyons notre première averse.
Nous nous sommes efforcés, au fil de ces pages, de montrer surtout des étapes baignées de lumière ; mais il est juste aussi de dire la vérité du chemin sous un ciel moins clément. Car le pèlerin, souvent, n’a pas le choix : il avance avec le temps qu’on lui donne. Et la pluie, loin d’ôter sa beauté au paysage, lui prête parfois une gravité plus profonde, une âme plus nue. |
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Ramourouscle est un très beau village de pierre, où l’on a le sentiment de poser le pied sur une terre figée depuis des temps immémoriaux. Tout ici semble parler bas, mais parler vrai. Même les Templiers ont jadis foulé ces lieux de leurs bottes. Peut-on rêver plus belle ruine que celle qui surgit au cœur du hameau, avec sa majesté silencieuse ? Cette maison de pierre semble avoir traversé les siècles sans jamais presser le pas. Posée là, dans son enclos de silence, elle porte sur ses murs le patient travail du temps : les pierres volcaniques, assemblées sans ostentation, gardent encore la mémoire des mains qui les ont dressées. Rien ne cherche ici à séduire ; tout respire au contraire la simplicité profonde des lieux qui ont duré. Au centre de la cour, la vieille croix de granit veille comme une sentinelle immobile. Le temps, ici, ne s’est pas arrêté : il s’est seulement ralenti, assez pour laisser aux pierres, aux mousses et au vent le loisir de raconter ce que les hommes ont oublié.

| Tout ruisselle ici de pierre volcanique, comme si le hameau tout entier s’était élevé dans une ferveur minérale et presque sacrée. Les murs, les seuils, les enclos, jusqu’aux moindres détails du paysage, semblent jaillis d’une même lave ancienne, patiemment apprivoisée par les hommes. |
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| Et que dire de ce vieux “travail” à ferrer les bœufs, sans doute l’un des plus remarquables de tout le chemin de Compostelle ? Il témoigne d’un monde rural rude et ingénieux, aujourd’hui disparu, mais dont la mémoire demeure intacte. Heureuse région que celle qui a su préserver avec tant de fidélité les traces de son passé. |
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| Ici, quelles que soient leur usure ou leur état, ces maisons de pierre donnent au paysage une magie singulière. Les fermes sont souvent bâties de blocs basaltiques sombres et irréguliers, liés par de larges joints clairs qui dessinent sur les façades une sorte de dentelle rustique. Parfois, un vieux puits surgit au détour d’une cour ou d’un muret, comme un vestige venu d’un autre âge. |
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| La route s’éloigne de ce village où aucune construction moderne ne vient troubler l’âme des lieux. Ici, le temps semble avoir choisi de demeurer fidèle à lui-même, sans rupture ni concession. |
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| Une petite route s’élève ensuite en pente douce pendant près de deux kilomètres, sous les frênes, en direction de Montbonnet. On n’y croise pour ainsi dire aucune voiture : seulement le pas du marcheur, le souffle du vent, et cette impression rare d’avoir le paysage pour soi seul. |
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| Devant vous, les monts du Devès se rapprochent peu à peu, comme s’ils venaient à votre rencontre. Leur ligne assombrie se précise à mesure que l’on avance, donnant au chemin une profondeur nouvelle. |
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| Par temps de pluie, le marcheur assiste ici à tout l’éventail des ruses inventées par les pèlerins pour tenir tête aux intempéries : du simple coupe-vent improvisé à la pèlerine intégrale qui enveloppe jusqu’au sac à dos. Car mieux vaut, au terme de l’étape, retrouver quelques vêtements secs : le chemin enseigne aussi cette humble sagesse de l’anticipation. |
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| Plus haut, au bord de la route, se dresse la chapelle Saint-Roch, comme un seuil de silence entre ciel et terre. |
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| La chapelle romane se tient là, solitaire, telle une halte de paix offerte aux voyageurs. Édifiée au Xe siècle puis remaniée au fil des âges, elle fut d’abord dédiée à saint Bonnet avant de prendre le nom de saint Roch, devenu le protecteur des pèlerins. Le chemin de Compostelle est d’ailleurs jalonné de sanctuaires placés sous son patronage, comme autant de refuges spirituels semés sur la route. Jadis, un hospice accueillait ici les marcheurs de passage ; il a disparu, mais le lieu garde encore quelque chose de cette vocation hospitalière. La légende, elle, n’a pas quitté les lieux. On raconte que les habitants des Bains, jaloux de la dévotion que suscitait Saint Roch à Montbonnet, voulurent emporter la statue du saint chez eux. Ils la chargèrent sur un char tiré par un bœuf et un âne. Mais en chemin, les deux bêtes refusèrent obstinément d’avancer et frappèrent de leurs sabots une pierre avec tant de force qu’elles y auraient laissé une empreinte à jamais gravée. Ains, la foi, la pierre et la légende semblent s’être entendues pour ne faire qu’un. |
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| Montbonnet se tient juste au-dessus, blotti sous les frênes. Ici, la pente se fait un peu plus soutenue jusqu’aux premières maisons du village, comme si le parcours voulait ménager un dernier effort avant l’accueil des pierres. |
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| Montbonnet : encore un de ces villages remarquables que le Velay semble avoir façonnés dans la mémoire même de la terre. Ici, le basalte massif côtoie le tuf, cette roche plus tendre née de la lente consolidation des cendres volcaniques. Le village se love au pied d’un “suc”, ces reliefs singuliers qui ponctuent tout le paysage vellave. Les habitants nomment ainsi ces dômes rocheux, abrupts et souvent effilés, nés d’anciennes poussées de lave visqueuse. Ceux qui ont suivi la Via Gebennensis en auront déjà croisé quantité avant d’atteindre Le Puy-en-Velay. Ces sucs diffèrent des grands volcans d’Auvergne : ici, point de vastes cratères nés d’explosions brutales, mais une force plus contenue, presque plus patiente. À des températures de 700 à 800 °C, les laves épaisses se sont accumulées en dômes successifs. En refroidissant, elles se sont fracturées en dalles, offrant aux anciens maçons une matière idéale pour tailler les lauzes qui coiffent encore tant de toitures du pays. Ainsi, jusque dans les maisons, la géologie s’est faite architecture. |
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| Les croix de pierre veillent sur le lieu comme elles veillent sur tant de paysages traversés. Ici, elles font corps avec le décor : aux carrefours, sur les places des hameaux, au bord des chemins, elles rappellent une foi ancienne, une piété enracinée dans la terre autant que dans les gestes. Longtemps, elles furent les repères des Rogations, des processions et des fêtes paroissiales, ponctuant le territoire de leur présence familière. |
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| Une partie du village grimpe sur le “suc” avec ses maisons accrochées à la pente comme si elles refusaient de céder du terrain au relief. Mais le parcours, lui, demeure sagement en contrebas, longeant de belles fermes de pierre dont la silhouette semble prolonger la montagne elle-même. |
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| Plus haut, le GR65 rejoint enfin la grande départementale D589, retrouvant pour un temps l’axe plus direct de la traversée. |
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Section 5 : Parfois dans les flaques et la boue du Lac de l’Œuf

Aperçu général des difficultés du parcours : montée vers le Dévès au départ fort raisonnable, mais très en pente vers la fin. Sur le haut plateau, c’est du vrai plaisir, avant la descente.

| Ici encore, le long de la route, le basalte et les autres pierres volcaniques règnent en maîtres sur le paysage. À Montbonnet, il est possible de trouver gîte et repos. Pour bien des pèlerins, commencer le chemin avec douceur est une sage décision : seize kilomètres depuis Le Puy-en-Velay suffisent largement à contenter les jambes autant que le cœur. |
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| Au sommet du village, le parcours quitte la route et se glisse derrière de solides maisons de pierre, dont certaines sont encore de véritables fermes enracinées dans leur terre. |
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Un panneau annonce alors St Privat-d’Allier : encore sept kilomètres de marche.

| Passé Montbonnet, un large chemin de terre s’ouvre dans la campagne en pente douce. Le sol, le plus souvent noirâtre, semble fait de poussière de basalte, comme si la montagne avait laissé là un peu de sa cendre. Le chemin longe de vastes écuries où l’on élève des chevaux, silhouettes tranquilles dans l’air humide, tandis qu’au loin se rapproche peu à peu la lisière de la forêt du lac de l’Œuf. |
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| Plus loin, le large chemin traverse les champs d’une petite plaine, montant d’abord légèrement avant de redescendre un peu. La pluie, pour un temps, a cessé ; mais sur cette terre qui absorbe mal l’eau, demeurent encore les traces des jours pluvieux passés ou de l’averse du matin. Ici, le sol garde longtemps la mémoire du ciel. |
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| Ici, vous cheminez déjà à 1 100 mètres d’altitude, et les cultures s’y font rares. Ce sont avant tout les prairies qui dominent, ouvertes aux troupeaux plus qu’aux moissons. Au lieudit Le Chemin de la Baraque, le sentier se cabre enfin sur la terre battue. Il faut bien, après tout, gagner depuis Le Puy-en-Velay, perché à 600 mètres, les hauteurs du Devès qui dépassent les 1 200 mètres. |
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| La pente devient alors plus soutenue jusqu’au lac de l’Œuf. Le sol se teinte de brun, comme imprégné des sables, des graviers et des tufs que l’eau a lentement lessivés depuis les “sucs” voisins. La terre elle-même semble raconter les siècles d’érosion qui l’ont façonnée. |
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| À l’approche de la forêt, la déclivité se fait plus franche encore : certains passages atteignent près de 20 %, alternant terre battue et cailloux roulants. La végétation demeure encore celle des bas versants : frênes, buissons, charmilles en abondance, dans une profusion végétale qui accompagne l’effort sans jamais l’alourdir. |
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| Puis, plus haut, le paysage bascule presque d’un seul coup. Vous entrez dans les bois du lac de l’Œuf. Le chemin, soudain plus paisible, progresse presque à plat sous la voûte mêlée des feuillus, des pins et des épicéas désormais nombreux. L’air y devient plus frais, plus dense, comme si la forêt imposait d’emblée son propre rythme. |
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Le point culminant est au lieu dit La Baraque, à 1210 mètres d’altitude, à 5 km de St Privat d’Allier.
Un lac, vraiment ? Ne vous attendez pas à trouver de l’eau, ce n’est qu’une une grosse tourbière. Encore un tour de magie que savaient exécuter les volcans avec grande précision. Le Lac de l’Œuf est une étendue marécageuse plate, un “maar”, vous diront les géologues qui savent donner des noms à tous les passe-passe de la nature. Imaginez une grande quantité d’eau sous la cheminée du volcan. La température monte et l’eau se vaporise. C’est comme une cocotte-minute qui ne se contrôle plus. La pression monte jusqu’à l’explosion fatale. Alors toute la matière volcanique se projette au loin avec vigueur. Le “suc” se volatilise et la cheminée volcanique s’effondre pour laisser un gros trou béant. Difficile de trouver encore de l’eau dans une telle catastrophe naturelle, non ? Mais depuis cette époque héroïque, la végétation a envahi le lac et la tourbe s’est formée à partir des végétaux morts. Ainsi le tapis végétal est d’une souplesse extrême sous le pied du marcheur. Souvent le chemin est inondé dans les mousses. En saison, cela doit être jaune de girolles.

| Aujourd’hui, malgré la pluie qui n’a pas encore totalement noyé le chemin, le calme règne ici sur cette large piste forestière. Mais que l’on ne s’y trompe pas : par gros temps, ce passage peut vite devenir plus aventureux. Après des printemps trop généreux en averses, nombre de marcheurs préfèrent gagner les sous-bois pour éviter les grandes flaques qui barrent la route. Il suffit de regarder le sol pour comprendre : l’eau est déjà revenue, fidèle à ces terres qui la retiennent longtemps. |
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| Sur le Devès, l’atmosphère reste pourtant claire, presque lumineuse, même sous un ciel chargé. Les magnifiques pins sylvestres, les épicéas, les genêts, les fougères et les bouquets d’épilobes roses composent ici un décor d’une fraîcheur saisissante. Les feuillus, eux, se sont peu à peu effacés, comme neige au soleil, laissant la place à une végétation plus montagnarde. |
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| Vous marchez alors sur une sorte de plateau suspendu. Le GR65 progresse d’abord sur la terre battue, que les flaques d’eau viennent parfois interrompre comme autant de miroirs tendus au ciel. |
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| Le chemin atteint assez rapidement le lieudit Les Tourbières, où il retrouve brièvement le goudron. C’est ici qu’une variante venue des Bains, près de Montbonnet, rejoint le GR65. De ce point partent aussi des raccourcis vers des hébergements situés hors du tracé principal. Beaucoup de pèlerins hésitent à allonger leur étape pour s’éloigner du chemin ; d’autres, au contraire, savourent ces détours comme une manière d’étirer le voyage et de mieux habiter la marche. Un autre itinéraire, celui du tour des volcans du Velay, croise également ces lieux. Plus bas, un raccourci permet encore de rejoindre les hébergements sans trop s’écarter. |
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| Puis, le GR65 suit la route sur quelques centaines de mètres seulement, avant de bifurquer à nouveau sur un chemin de terre qui s’engage dans le vallon, comme s’il quittait déjà la lumière du plateau pour renouer avec l’intimité du relief. |
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| À présent, les trombes d’eau s’abattent sur nous. Sous cette pluie drue, le chemin qui plonge en pente soutenue n’est plus qu’une ligne fuyante à peine visible entre les pins et les épicéas. À travers le rideau de l’averse, on devine seulement, par éclats, les champs d’épilobes qui allument encore de leurs fleurs une note de couleur dans la grisaille. |
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| Plus bas, peu à peu, la forêt s’éclaircit. Les hêtres apparaissent à nouveau, rejoints parfois par quelques charmes, comme si la montagne relâchait peu à peu son emprise résineuse pour retrouver une douceur plus tempérée. |
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| Encore un peu plus bas, la pente s’adoucit un instant lorsque le chemin quitte les bois. Quelques cultures de céréales et de maïs bordent alors le tracé, près d’une « garde » boisée. Le mauvais goudron remplace la terre battue, et l’on retrouve, aux abords des champs, les sureaux et les éternels frênes qui dominent ici tant de paysages.
D’ici, le regard s’ouvre soudain sur l’immense terrasse de la Margeride. Au loin, ses lignes se devinent plus qu’elles ne se dessinent, vastes ondulations sombres posées à l’horizon. Il semble, un instant, que le monde entier se déploie sous vos yeux, alors qu’en vérité, ce n’est encore qu’un lambeau du Gévaudan, de l’Aubrac et de la Margeride qui s’offre à vous. Mais ce fragment suffit à donner le vertige. Le panorama invite à la rêverie autant qu’à la quiétude : une ligne noire de cimes boisées découpe le ciel, longue échine mystérieuse où l’on imagine encore, dans les hivers tourmentés, les loups rôder sous la neige. Il y a deux siècles, un loup gigantesque, ou du moins la légende l’a voulu ainsi, sema ici la terreur et déclara la guerre aux hommes. Il fallut des battues innombrables, une traque acharnée, et presque le hasard, pour en venir à bout après bien des drames. Le souvenir de la Bête semble encore flotter sur ces reliefs. En contrebas, l’Allier s’enfonce dans sa vallée, sans offrir de large perspective, comme au fond d’un puits creusé dans la montagne. Autour de lui, les hauteurs granitiques et gneissiques de la Margeride émergent comme des îles anciennes au milieu d’un océan de laves qui descendit jadis des volcans du Velay et de l’Aubrac. Et c’est cette même Allier qui, patiemment, a sculpté les basaltes vomis autrefois par les monts du Devès. |
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| Puis la pente augmente de nouveau, atteignant près de 15 % de déclivité. Ici, une bifurcation permet de rejoindre les hébergements situés hors du parcours, une tentation bienvenue pour ceux que la fatigue ou la pluie invitent à la prudence. |
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Section 6 : Une descente parfois pénible vers St Privat d’Allier

Aperçu général des difficultés du parcours : dans la descente sur St Privat, c’est surtout le dernier tronçon qui est pénible, dans les cailloux qui affleurent et glissent.

| Par endroits, les pins dressent au bord de la route une véritable haie d’honneur, comme s’ils saluaient le passage des marcheurs. Ici, une famille s’est lancée sur le chemin avec âne et bagages : souvent, c’est le plus jeune enfant qui hérite du privilège d’être juché sur la monture, souverain minuscule au rythme paisible de la marche. En été, ce genre d’aventure séduit bien des familles, sur des étapes courtes et soigneusement organisées. Il faut bien, un jour, rendre l’âne quelque part. Mais sous cette pluie qui ruisselle sur le visage et s’infiltre partout, on devine que le charme de l’expédition se teinte d’une réalité plus rude. |
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| Aujourd’hui, le temps se gâte plus sérieusement encore : le brouillard monte, gagne les pentes, avale peu à peu le paysage. Vous ne verrez pas, en contrebas, les toits de tuiles rouges du Chier, ce hameau rustique blotti dans la pente, où les maisons se serrent les unes contre les autres avec une harmonie presque instinctive. |
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| Plus bas, le GR65 rejoint puis traverse la grande départementale D589, juste au-dessus du Chier. |
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| Ici, à l’arrêt de bus, vous êtes encore à 2.3 kilomètres de St Privat-d’Allier, à 1 058 mètres d’altitude. Il reste pourtant près de deux cents mètres de dénivelé à perdre avant d’atteindre la fin de l’étape, ce qui, après une journée de pluie, promet un effort encore sensible. Ces modestes arrêts de bus servent sans doute d’abord aux habitants ; mais pour le pèlerin trempé, ils offrent parfois un bref refuge, une halte précieuse sous la pluie battante. |
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| Le Chier, petit hameau agricole, se tient juste en contrebas de la bifurcation, accessible par une route goudronnée qui descend sous les frênes. Certains pèlerins détestent la pluie ; d’autres l’aiment, jusqu’au moment où les gouttes finissent par leur couler dans le cou ou sur le front. Pourtant, même dans cette grisaille trempée, les villages gardent leur beauté : on n’en distingue que des silhouettes, des pans de murs, des toits surgissant du brouillard comme des apparitions. Un vrai temps à sortir son chien, diraient certains, mais le pèlerin, lui, continue d’avancer. |
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| Dans ces moments où l’on a l’impression que la nuit tombe en plein jour, où le brouillard s’insinue partout et brouille jusqu’au regard, où même l’objectif de la caméra peine à rester net, on mesure mieux encore le prix d’un balisage fiable. Quelques marques sur un arbre, un piquet, un virage : parfois, cela suffit à vous rendre le chemin. |
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| Et puis, parfois, un miracle survient pour les pèlerins inquiets comme pour les photographes obstinés : une trouée s’ouvre dans le gris. On aperçoit soudain un chemin qui plonge à travers une clairière, entre les pins, les frênes, les érables et les hêtres, comme une promesse de lumière retrouvée. |
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| Le chemin descend alors franchement, mais sans brutalité, sur une pente régulière. Tantôt la terre se fait brune, tantôt grise, au gré des sols et des pierres, jusqu’à rejoindre un autre chemin qui, sans attendre, s’empresse de plonger plus avant dans le vallon. |
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| Ici, la pente du sentier se fait véritablement plus sévère, jusqu’au fond du vallon. Les pierres abondent sur ce mauvais petit chemin, irrégulier et capricieux. Par temps sec, l’affaire n’est déjà pas anodine pour les genoux et les articulations ; mais sous la pluie, la prudence devient une compagne indispensable, car l’eau emprunte volontiers le sentier comme un ruisseau improvisé. Le chemin s’enfonce alors dans une pénombre verte, comme s’il glissait peu à peu dans le secret d’un autre monde. Bordé de vieux murets moussus et de talus trempés d’herbes folles, il se faufile entre les arbres dans un silence épais que la pluie semble encore alourdir. Chaque pierre, chaque racine, chaque feuille luit d’une humidité patiente, comme si la forêt venait tout juste de s’éveiller d’un long songe. Le sentier, étroit et boueux, descend avec précaution dans cette gorge végétale où les branches se rejoignent presque au-dessus de la tête du marcheur. Par endroits, la brume s’attarde entre les troncs, suspendue comme un voile. On ne sait plus très bien où finit le chemin ni où commence le mystère. Ici, marcher revient presque à entrer en soi-même. |
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| Et pourtant, dans cette humidité omniprésente, il y a comme un plaisir absolu : celui d’avancer au milieu des racines noueuses, des rochers couverts de mousses et de lichens, des pierres qui roulent sous les semelles. Sous l’ombre protectrice des grands feuillus, la forêt compose un monde à part, où seuls les chênes et les châtaigniers semblent curieusement manquer à l’appel. |
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| Au bas de la descente, le GR65 franchit le ruisseau du Rouchoux, près du moulin abandonné de Pique-Meule. Il reste ainsi, le long du chemin de Compostelle, quelques moulins fantômes, vestiges d’un autre âge, dont les roues immobiles ne puiseront plus jamais l’eau nécessaire pour moudre le grain. Ces ruines discrètes ajoutent au vallon une mélancolie douce, comme si le murmure du ruisseau portait encore la mémoire du travail des hommes. |
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| Puis, rapidement, le GR65 retrouve la départementale D589 aux premières maisons de St Privat-d’Allier, accroché à son éperon rocheux au-dessus des gorges. Le village surgit comme un seuil après l’effort, posé entre ciel, pierre et ravin. |
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Aujourd’hui pourtant, le temps est exécrable. Le brouillard et la pluie tiennent le village sous leur emprise, et vous n’en verrez presque rien. Devant vous, le château se devine à peine, masse fantomatique suspendue dans la brume, comme un souvenir mal effacé.

| Alors, faisons un pas de côté, et transposons-nous, par la seule magie du récit, en un jour sans pluie. La route conduit au centre du village, où se regroupent la plupart des hébergements. Ici, ou presque, il n’y a guère que des pèlerins ; rares sont les autres visiteurs. St Privat-d’Allier est une bourgade attachante, presque irréelle, avec ses vieilles maisons perchées au bord des gorges de l’Allier. Avec moins de cinq cents habitants, le village semble vivre au rythme des pèlerins, comme s’il s’était peu à peu offert tout entier à ceux qui passent. |
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| Sur les hauteurs, le château veille depuis des siècles. Son histoire épouse celle des grandes familles d’Auvergne : les Mercœur, les Montlaur, et d’autres encore y ont laissé leur empreinte. Détruit puis reconstruit au XVIIIe siècle, pillé pendant la Révolution, il connut ensuite une seconde vie sous l’impulsion de religieuses qui y installèrent une école, fermée en 1988. Aujourd’hui propriété privée, il ne se visite pas. Pourtant, ces dernières années, il semblait avoir retrouvé un peu d’élan, comme en témoignaient encore récemment les écriteaux placés à l’entrée. Désormais, le silence paraît de nouveau y régner sans partage. |
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| L’église romane, probablement fondée au Xe siècle puis remaniée au XVe siècle complète ce tableau d’un village où l’histoire, la foi et la pierre semblent depuis toujours avancer du même pas. . |
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Logements sur la Via Podiensis
• Gîte- Chambres d’hôtes La Maison Vieille, Tallode ; 06 15 30 44 36/06 18 11 38 06 ; Gîte et Ch. d’hôte, repas, petit déj.
• Gîte-Camping à la Ferme, Ramourouscle ; 06 44 94 60 70 ; Tentes, cuisine, épicerie-dépannage
• Gîte L’Escole, Marie-Anick Blanc, Montbonnet ; 06 22 71 90 09 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte La Grange, Christian et Françoise Gentes, Montbonnet ; 04 71 57 54 44/06 20 74 47 43 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte La Première Étape, Anne et Didier, pèlerins, Montbonnet ; 06 21 47 18 96/09 83 87 26 13 ; Gîte, repas, petit déj.
• Camping municipal Le Marchat, St Privat d’Allier ; 04 71 57 22 13 /mairie) ; tentes
• L’Abri du Jacquet, Fréderic Pelletier, Le Bourg, St Privat d’Allier ; 04 71 07 75 53 ; Gîte, cuisine, petit déj.
• Gîte Accueil Randonneurs, Sandrine Bec, Le Bourg, St Privat d’Allier ; 06 63 90 41 34-707 88 50 76 56 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte Le Saint Privat, Salem Taupenas, Place de la Fontaine, St Privat d’Allier ; 07 86 45 95 12 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte Au Bord du Chemin, Le Saint Privat, Véronique, Le Bourg, St Privat d’Allier ; 06 85 02 77 17 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte Le Kompost’l, Mr et Mme Fel, St Privat d’Allier ; 04 71 57 24 78 ; Gîte, repas, petit déj., cuisine
• Écogite L’As de Cœur, Chloé et Raphaël, 350 Route de Grays, St Privat d’Allier ; 06 35 22 71 17 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte La Petite Place, Place de la Fontaine, St Privat d’Allier ; 06 63 12 20 54/06 86 76 27 04 ; Gîte, petit déj., cuisine
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• La Cabourne, Le Bourg, St Privat d’Allier ; 04 71 57 25 50 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte- Chambres d’hôtes- Restaurant- Un Escargot dans sa Coquille, Le Bourg, St Privat d’Allier ; 06 11 34 31 49 ; Gîte et Ch. d’hôte, repas, petit déj.
D’année en année, le Chemin de Compostelle se transforme, se réinvente au gré des saisons et des pas des pèlerins. Certains hébergements ferment leurs portes tandis que d’autres, modestes ou inattendus, voient le jour. Il serait dès lors illusoire de prétendre en établir une liste immuable et exhaustive. Celle-ci ne recense que les logements situés directement sur l’itinéraire ou à moins d’un kilomètre de celui-ci. Cette sélection a été actualisée en 2026 ; elle ne devrait donc pas connaître de bouleversements majeurs dans les prochaines années. Pour qui souhaite aller plus loin, un seul ouvrage fait figure de référence incontournable : Miam Miam Dodo, aisément accessible en ligne. Ce guide, dont le mérite essentiel réside dans sa mise à jour annuelle, ne se limite pas aux hébergements du tracé strict, mais mentionne également des adresses en dehors du parcours, comme ressource précieuse lorsque l’affluence rend les étapes plus incertaines. On y trouve en outre une mine d’informations pratiques : bars accueillants, restaurants de passage et boulangeries providentielles, autant de haltes qui ponctuent le voyage. À cette cartographie traditionnelle s’ajoute désormais une présence devenue incontournable : Airbnb. Cette plateforme s’est imposée comme une référence majeure dans le paysage touristique, y compris dans les régions les plus discrètes ou les moins favorisées. Toutefois, comme chacun le sait, les adresses exactes n’y sont pas directement visibles, ce qui suppose une certaine anticipation. Car sur le Chemin, trouver un lit à la dernière minute relève parfois du hasard heureux. Mais le hasard, par nature, ne saurait constituer une stratégie. Il est donc vivement recommandé de réserver en amont. Enfin, lors de vos démarches, prenez soin de vous renseigner sur les possibilités de repas ou de petit-déjeuner : ces détails, en apparence anodins, peuvent grandement adoucir une étape.
Si l’on dresse l’inventaire des capacités d’accueil, on dénombre environ 85 lits avant d’atteindre St Privat, ce qui laisse entrevoir que nombre de pèlerins choisissent de faire halte en amont. À St Privat même, l’offre s’élargit avec près de 190 lits disponibles. Or, la fréquentation de la Via Podiensis oscille généralement entre 100 et 200 marcheurs : dans ces conditions, cette étape ne devrait pas poser de difficulté particulière en matière d’hébergement. Il reste néanmoins prudent de réserver, par simple précaution.
Ces itinéraires, qui serpentent à travers des territoires souvent peu densément peuplés, offrent peu de commerces. Les restaurants y sont rares, tout comme les épiceries, et celles-ci prennent souvent la forme de modestes dépôts de pain, proposant quelques légumes et produits laitiers. Il est toutefois possible de se restaurer à St Christophe-sur-Dolaison, Montbonnet, St Ptrivat d’Allier, Lic, haltes bienvenues dans ces espaces plus isolés. Les points d’eau, en revanche, jalonnent assez régulièrement le parcours : on en trouve à St Christophe-sur-Dolaison, Ramourouscle, Montbonnet et Le Chier. Ils sont parfois accompagnés de sanitaires, souvent des toilettes sèches, notamment à Montbonnet et le Chier. À l’arrivée, St Privat offre un peu plus de confort.
Enfin, de nombreuses entreprises proposent des services de transport de bagages ou de rapatriement vers le point de départ. Parmi elles, une s’impose comme une référence incontournable : La Malle Postale.
N’hésitez pas à ajouter des commentaires. C’est souvent ainsi que l’on monte dans la hiérarchie de Google, et que de plus nombreux pèlerins auront accès au site.
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