Sous le pont Eiffel coule l’Allier
DIDIER HEUMANN, MILENA DELLA PIAZZA, ANDREAS PAPASAVVAS

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du GR65. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct.
Pour ce parcours, voici le lien:
https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/de-st-privat-dallier-a-saugues-par-le-gr65-29678071
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Tous les pèlerins ne sont pas forcément à l’aise avec la lecture des GPS ou la navigation sur un portable, d’autant plus qu’il existe encore de nombreuses zones sans connexion Internet. C’est pourquoi, pour faciliter votre voyage, un livre dédié à la Via Podiensis du Puy-en-Velay à Cahors est disponible sur Amazon. Bien plus qu’un simple guide pratique, cet ouvrage vous accompagne pas à pas, kilomètre après kilomètre, en vous offrant toutes les clés pour une planification sereine et sans mauvaises surprises. Mais au-delà des conseils utiles, il vous plonge dans l’atmosphère enchanteresse du Chemin, capturant la beauté des paysages, la majesté des arbres et l’essence même de cette aventure spirituelle. Seules les images manquent : tout le reste est là pour vous transporter.
En complément, nous avons également publié un second livre qui, avec un peu moins de détails mais toutes les informations essentielles, décrit le parcours global du Puy-en-Velay à St Jean-Pied-de-Port. À vous de choisir votre parcours.
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Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.
Les Gorges de l’Allier sont la frontière naturelle entre les couleurs sombres basaltiques du Devès à l’est et les teintes granitiques claires de la Margeride, à l’ouest. Aujourd’hui, vous êtes en Haut-Allier, un pays de transition entre les monts du Velay et la Margeride. L’Allier est un cours d’eau sauvage dont les gorges donnent au paysage un cachet aussi magnifique que vertigineux. La vallée du Haut-Allier se présente ainsi avec ses paysages creusés dans de profondes découpures. Entre Loire et Allier, sur les pentes du Mont Devès, les volcans ont répandu leurs coulées de laves modifiant les lits des rivières. Ils ont modelé le paysage, pour obtenir parfois de profondes entailles et des fonds de vallée très étroits, comme à Monistrol-d’Allier. L’Allier a taillé dans le granite de la Margeride, les roches les plus anciennes du Massif Central. Les méandres complexes du Haut-Allier sont le résultat des efforts qu’a fait la rivière pour contourner les obstacles occasionnés par les coulées volcaniques du Devès qui sont venues barrer son lit. Des forêts épaisses de résineux et de feuillus ont poussé sur les versants moins exposés des vallées. On trouve surtout le pin sylvestre et le chêne commun, parfois des saules et des aulnes près des rivières. L’Allier est, à certains endroits, presque inaccessible. De l’autre côté des vallées, des prés ou des landes de bruyères et de genêts ont tapissé les falaises de basalte et les replats, formant des balcons suspendus au-dessus de la rivière, qui ont permis aux hommes de s’implanter. Les villages, petits et isolés, hésitent entre les basaltes mats et les granites brillants. Le chemin de fer a marqué aussi la vallée. Le train Paris-Marseille, baptisé le Cévenol en 1955, traverse la Haute-Loire par les gorges de l’Allier.
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Avant de prendre la route, un petit mot de géographie. Les rivières ne font-elles pas partie intégrante du paysage rencontré sur le chemin ? Comme nous allons suivre ou traverser nombre d’entre elles, entrons un peu dans les détails. De cette région de confrontation entre le granite du Massif Central et les coulées de basaltes que vomirent les volcans, des grandes rivières de France ont pris naissance ici. Il est assez curieux de constater que de très grandes rivières de France ont leurs sources dans une région de petites montagnes. La Loire, le Lot, l’Allier, la Truyère, toutes naissent au sud du Velay et dans les Cévennes lozériennes, près de Mende. L’Allier, où nous sommes aujourd’hui prend sa source au Moure de la Gardille, puis coule vers le Nord, pour se jeter dans la Loire près de Nevers. Il faut noter aussi que cette région est la ligne de partage des eaux entre l’Atlantique et la Méditerranée. En fait, seule l’Ardèche gagnera le bassin méditerranéen. Lot, Tarn, Allier, mais aussi de fleuves moins conséquents comme le Bès ou la Truyère ont leur source en Lozère. Seule la Loire naît un peu plus à l’est.
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Difficulté du parcours : L’étape est courte mais éprouvante, avec des dénivelés importants (+678 mètres/-606 mètres) pour une étape si courte. La journée commence par une légère montée vers Rochegude. De là-haut, on admire la faille remarquable que présente la vallée profonde du Haut-Allier. Puis suivra une descente sévère dans les rochers et les racines vers Monistrol, où le parcours traverse la rivière Allier. Quand le parcours vers Monistrol d’Allier, le regard ne peut s’empêcher de voir en face Escluzels, surplombant la falaise, où il faudra monter. Et c’est vrai ! D’aucuns prétendent que cette ascension est un des efforts les plus redoutables du Chemin de Compostelle. Heureusement, à partir de Montaure, la pente se fait plus douce. On entre alors en terre de mystères, le Gévaudan, cette région de la Margeride longtemps hantée par la terrible bête du Gévaudan.

Les passages sur route goudronnée ou sur chemins de randonnée sont assez voisins :
- Goudron : 10.0 km
- Chemins : 9.2 km
Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur la Via Podiensis. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.
Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez.
Pour les “vrais dénivelés”, relisez la notice sur le kilométrage sur la page d’accueil.

Section 1 : A flanc de coteau avant de plonger sur l’Allier

Aperçu général des difficultés du parcours : de la pente, il y en a partout ici, d’abord au-dessus de St Privat, puis de manière intermittente vers Rochegude. C’est là que commence la sévère descente sur Pratclaux.

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Le GR65 quitte St Privat-d’Allier en s’élevant au-dessus du village, comme pour offrir une dernière révérence au bourg perché et à l’exubérante trouée du Haut-Allier qui s’ouvre en contrebas.
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Depuis le Calvaire, la vue plongeante sur le village et sur la vallée de l’Allier, tout en bas, vaut en effet le détour : les toits s’agrippent à la pente, les gorges s’ouvrent comme une blessure ancienne, et le regard embrasse soudain toute la profondeur du paysage.
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Mais, il faut bien l’avouer, ce détour a quelque chose d’un petit tour pendable. Car à peine le Calvaire atteint, voilà qu’il faut redescendre presque aussitôt pour retrouver la D301, qui sort du village bien plus paisiblement.
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Alors, pour vous simplifier la vie et vous éviter une rude pente au petit matin, vous pouvez tout simplement quitter le village par la route qui mène à la chapelle de Rochegude et rejoindre plus loin le tracé du GR65. Ce choix ne change rien à l’essentiel : insensiblement, vous quittez déjà le Velay pour entrer dans un autre univers, celui de la Margeride et du Gévaudan, terres plus vastes, plus rudes, presque plus secrètes.
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| La marche n’en est pourtant pas plus clémente. Il faut s’y faire : le chemin de Compostelle aime les contrastes, les efforts repris, les descentes qui appellent aussitôt leur revanche. Quelques centaines de mètres plus loin, c’est le même refrain. À la sortie de St Privat-d’Allier, le GR65 quitte le goudron pour plonger abruptement dans un mauvais chemin semé de grosses pierres, redoutables de glissance lorsqu’il pleut. Tout cela pour aller tremper ses pieds dans le modeste ruisseau de la Planchette, avant de remonter aussitôt en pente raide pour retrouver la route. Le chemin de Compostelle a parfois l’art de la farce. |
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| Un panneau vous avertit d’ailleurs qu’il vaut mieux renoncer à cette fantaisie par temps humide. Ici, le conseil mérite d’être suivi sans hésiter : prenez la route. Votre parcours n’est pas un examen de bravoure, et la sagesse fait aussi partie du voyage. |
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| Que vous ayez choisi la descente au ruisseau ou la route plus sûre, le GR65 finit de toute façon par quitter la petite chaussée pour s’élever à nouveau en pente soutenue vers Combriaux. Et déjà, le pas retrouve ce vieux dialogue entre fatigue, patience et horizon. |
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| C’est un chemin franchement caillouteux qui vous attend ici, dans un sous-bois dominé par les hêtres et les rejets de charmes. Il serpente le long de vieux murets de pierre, tantôt dressés pour retenir les talus, tantôt si harmonieusement posés qu’on les croirait là pour le seul plaisir des yeux. À la sortie de ce tunnel végétal, le chemin débouche sur le hameau de Combriaux. |
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| Combriaux n’est qu’une poignée de maisons massives, bâties dans la pierre volcanique comme on bâtit pour durer. Lorsqu’on évoque la roche volcanique, l’imaginaire convoque aussitôt la noirceur du basalte. C’est vrai, mais c’est aussi bien réducteur. Car même le basalte se décline en nuances multiples, et le volcanisme du Velay a laissé ici bien d’autres teintes. Tufs, dacites, trachytes : ces roches plus claires se mêlent aux pierres sombres dans les façades et les murs, donnant aux maisons des tonalités inattendues. De loin, on pourrait presque croire certaines bâtisses de calcaire tant leurs nuances s’éloignent de l’idée première que l’on se fait de la lave figée. |
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| Derrière les dernières maisons de ce hameau désert, un sentier reprend sa montée dans des sous-bois un peu hirsutes, entre buissons, noisetiers et charmilles. Le chemin s’y glisse comme dans une végétation qui aurait gardé quelque chose de sauvage et de farouche. |
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| Au sommet de la montée, alors que les conifères deviennent plus nombreux, le sentier rejoint, parmi les genêts et les herbes folles, la petite route qui mène à Rochegude. |
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| Toujours la même rengaine dans ce début d’étape : la route s’élève doucement vers Rochegude, presque déserte, si l’on excepte quelques cueilleurs de champignons qui hantent les sous-bois. Mais le parcours, fidèle à son tempérament joueur, ne peut s’empêcher de multiplier les détours : tantôt au-dessus de la route, tantôt en dessous, tantôt sur son bord. Si vous aimez l’exercice, suivez le sentier ; sinon, la route mène au même but, et une large bande herbeuse permet même d’éviter le goudron. À chacun son allure, à chacun son plaisir. |
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| Quel que soit votre choix, vous retrouverez un peu plus loin un petit tronçon de route. Puis, sans prévenir, le GR65 décide de repasser au-dessus de la route, comme pour rappeler qu’il aime garder la main sur le relief. Suivons-le donc, pour voir. |
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| Chemin ou route, c’est de toute façon la forêt qui vous accompagne. La Haute-Loire est l’un des départements les plus boisés de France : près de 40 % de son territoire est couvert de forêts. On y compte quelque 75 000 propriétaires forestiers, et 90 % des bois sont privés, au point que certains ignorent parfois qu’ils possèdent quelques parcelles. Ici, la forêt est dense, presque souveraine. |
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| Et bientôt, c’est à nouveau un peu de goudron, puis de nouveau la terre, cette fois en contrebas de la route. Le parcours semble prendre un malin plaisir à jouer avec la topographie. |
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| La forêt se resserre encore. Les grands hêtres rivalisent de hauteur avec les chênes, les pins et les épicéas. Beaucoup confondent charme et hêtre, et il faut avouer que leurs silhouettes se répondent parfois. Mais à qui sait regarder, les feuilles trahissent leur différence, bien plus que les troncs. Ici, les deux espèces coexistent, même si, sur le chemin de Compostelle, les hêtres l’emportent souvent. Les charmes se font surtout charmilles, plus modestes que les grands fûts de hêtre. Il en va de même pour les épicéas et les sapins : de loin, on les croit semblables, mais les pommes de pin tombées au sol racontent vite la vérité. Ici, ce sont surtout les épicéas qui dominent ; les grands sapins blancs et les douglas se font plus rares. Et tout ce peuple d’arbres dialogue avec les mousses, les grandes fougères et les herbes folles. Un royaume rêvé pour les champignons, et pour les marcheurs qui savent encore s’émerveiller. |
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| Peu après, le chemin sort de la forêt. |
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| Il débouche près d’une aire de pique-nique et d’un discret WC sec, à l’entrée de Rochegude. Après les sous-bois et les montées en dents de scie, cette halte a presque des allures de sas entre deux mondes. |
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| Rochegude est là, à deux pas : ancien village fortifié, longtemps chargé de veiller sur les passages venus du Gévaudan. Aujourd’hui, le hameau se réduit à quelques maisons de pierre adossées à la montagne, serrées les unes contre les autres comme pour mieux résister au temps. On peut errer à loisir entre les granges entrouvertes, scruter derrière une vitre, un jardin, un portail, espérant surprendre un signe de vie. Mais le plus souvent, ce sont le silence et l’absence qui vous répondent. Un silence épais, presque minéral, plane au-dessus des toits, à peine troublé par le glouglou d’une fontaine dont l’eau n’est pas toujours potable. Vous aurez sans doute plus de chances d’y croiser d’autres pèlerins, sac posé au sol, arrêtés pour le pique-nique, que des habitants. Le village semble déserté, comme si la montagne qui le domine avait fini par l’absorber peu à peu dans sa propre solitude.
Et pourtant, il fut un temps où Rochegude devait fourmiller de vie, lorsqu’elle jouait son rôle de sentinelle avancée. Son nom viendrait de “roca aguda”, la roche aiguë. Dès le XIIIe siècle, son donjon appartenait à la puissante famille des Montlaur. Du château ne subsiste plus qu’une tour, seule survivante d’un passé de guet et de passage. Elle se dresse encore, à la fois fière et fragile, sur son éperon rocheux dominant les gorges de l’Allier. Non loin de là, une petite chapelle romane dédiée à saint Jacques, édifiée au début du XIVᵉ siècle, veille, elle aussi, depuis son promontoire. Ces lieux étaient autrefois une halte précieuse pour les pèlerins du Moyen Âge. Aujourd’hui encore, le souffle du chemin semble s’y être attardé. Il faut toutefois rester prudent : les précipices qui bordent le site rappellent que la beauté des lieux n’est jamais tout à fait innocente. Mais le panorama mérite largement qu’on s’y attarde. |
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| La vue sur le Haut-Allier est saisissante. L’horizon se ferme sur des forêts sans fin, tandis que la vallée de l’Allier s’ouvre comme une entaille profonde entre les falaises. Devant vous, la trouée du fleuve dessine un paysage rude, presque solennel. Et l’on comprend déjà qu’il faudra, tôt ou tard, remonter en face pour sortir de ce goulet sauvage. |
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| À partir de Rochegude, un sentier bascule sans ménagement. Plus de cent mètres de dénivelé à perdre sur un chemin raide, pierreux, racineux. D’abord, il quitte le hameau en se glissant entre les buissons, les frênes, les ronces et les vieux murets. |
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| Puis apparaissent les pins, les chênes et les hêtres, à mesure que le sentier s’approche de la partie la plus vertigineuse de la descente. Certains passages dépassent nettement les 40 % : Il n’y a aucun danger, mais chaque pas réclame attention, équilibre et confiance. |
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| La forêt devient alors magnifique, terrifiante, diront certains. Le vallon se resserre jusqu’à devenir gorge, parfois presque abîme. Le sentier serpente dans un décor d’une beauté farouche : pins trapus secoués par le vent, allures de patriarches multiséculaires, grandes barres de granite couvertes de mousse. Même les érables et les châtaigniers, plus rares dans la région, semblent avoir tenu à rejoindre cette assemblée végétale. Tout autour, le taillis se fait dense, presque inextricable. |
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| Par moments, on croirait que les pins ont poussé à même les dalles torturées de granite, tant ils semblent surgir de la pierre nue. Vous croiserez peut-être ici quelques adeptes du VTT, amateurs de sensations fortes et de terrains engagés. Pour eux comme pour les marcheurs, ce sentier tient parfois de la ligne de crête entre l’ivresse et la prudence. Que du bonheur… à condition de garder le pied sûr. |
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Section 2 : Monistrol d’Allier, entre descente et montée éprouvantes

Aperçu général des difficultés du parcours : au fond de la difficile descente, quelques ondulations sans problème, et la pente redevient plus sévère à l’approche de Monistrol d’Allier. Dès la sortie du village, débute la pénible montée vers Escluzels.

| Parfois, la pente semble bien vouloir s’adoucir, mais c’est avec une parcimonie presque moqueuse. Le sentier continue de descendre, tantôt sur un sentier étroit qui tournicote avec une sorte de volupté sauvage, sautant d’une dalle de granite à l’autre comme s’il hésitait entre jeu et vertige. |
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| Par moments, vous aurez même l’impression que les pins sont nés de la roche elle-même, tant leurs racines semblent enlacées à la pierre. Ils ne poussent pas sur le granite : ils en paraissent l’émanation. |
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| Parfois enfin, le sentier consent à s’assagir un peu, se laissant apprivoiser par les fougères qui bordent ses flancs et adoucissent sa rudesse. |
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| Vous arrivez alors au bout du plaisir… ou du moins à ce qui ressemble à son dernier sursaut. Beaucoup de pèlerins poussent ici un profond soupir en apercevant une ultime rampe de granite, sévère et rugueuse, qui semble ouvrir sur un horizon plus dégagé et sur la petite route qui passe en contrebas. Une dernière grimace du chemin avant la délivrance. |
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| À Pratclaux, vous n’êtes qu’à mi-descente du fond de vallée. Mais, cette fois, le plus rude semble derrière vous : la pente se fait plus douce, les rochers s’effacent peu à peu, et le paysage s’ouvre à une campagne plus paisible. Le GR65 poursuit d’abord sur le goudron, sans insister. |
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| Puis il choisit de monter visiter le hameau, empruntant une allée de hauts frênes et de majestueux érables. Là encore, si vous êtes pressé, la route permet de gagner du temps : vous retrouverez plus loin le tracé principal. Mais ce serait se priver d’un de ces détours qui font le prix du voyage. |
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| Car vous manqueriez alors ces maisons massives où les pierres volcaniques semblent prendre feu sous la lumière. Un sentier se glisse derrière les bâtisses, construites comme des murailles, solides et silencieuses, comme si elles avaient été dressées pour tenir tête au temps. |
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| À première vue, personne ne semble habiter ici. Les volets clos, les façades épaisses, les cours discrètes donnent au hameau un air suspendu, comme figé dans une autre époque. Ces maisons respirent le passé, les hivers longs, les réserves patientes, les confitures oubliées sur une étagère fraîche. Il y a quelque chose de presque sacré dans ce silence. |
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| Et pourtant… est-il si vrai que personne ne vive encore ici, à en juger par les voitures garées çà et là ? La modernité laisse parfois des traces plus discutables. Certains ont pris l’habitude, sur les bords de route, d’ériger d’étranges assemblages artistiques qui jurent un peu avec l’harmonie du lieu. Dans un si beau village, le contraste surprend et agace. |
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| À la sortie du hameau, le GR65 retrouve plus bas la route quittée un peu plus tôt. Ici, les cultures se font rares dans une campagne traversée de hauts pylônes, silhouettes métalliques moins poétiques que les arbres qu’ils remplacent. |
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| Puis vient un sentier étroit qui se faufile dans les hautes herbes, passage parfois difficile par mauvais temps. Les grands arbres ont presque disparu ; ne subsistent plus que quelques frênes isolés, comme oubliés là par le paysage. Heureusement, cette portion est brève, et le chemin retrouve bientôt la route qui descend de Pratclaux vers Monistrol-d’Allier. |
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| Quelques dizaines de mètres de goudron plus loin, à l’angle d’une majestueuse ferme de pierre, le GR65 s’échappe à nouveau vers un chemin. Ici, une petite famille s’offre un bout de Compostelle : l’âne, stoïque, a sans doute déjà souffert dans les herbes hautes. La benjamine trône sur le bât avec le sérieux des enfants heureux, tandis que les autres avancent, mâchoires serrées et jambes vaillantes, rêvant peut-être en silence de leur tour sur la monture. |
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| Un large chemin de terre traverse alors le plateau dans une paisible respiration. Le regard s’y repose un instant, entre ciel et campagne, avant que peu à peu les champs ne s’amenuisent, s’effilochent, comme si le paysage lui-même annonçait déjà la rupture à venir. |
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| Au bord du plateau, le chemin bascule de nouveau vers le fond de la vallée. À partir d’ici, la pente redevient sévère, parfois au-delà de 20 %. Le sentier se fait rude : grosses pierres, terrain instable, buissons serrés, une descente qui demande autant d’attention que de souffle. |
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| Sur ces sols pauvres, où la pierraille règne sans partage, seuls de petits chênes rabougris parviennent à s’accrocher. Les frênes, eux, ont disparu, comme effacés par l’austérité minérale du lieu. Le paysage se dépouille à mesure que l’on perd de l’altitude. |
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| Plus bas, le sentier abrupt rejoint la route de Pratclaux au lieudit Le Vivier, à moins d’un kilomètre de Monistrol-d’Allier. Après tant de pierres et de dévers, le goudron paraît presque une concession à la fatigue. |
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| Le GR65 suit alors cette route rectiligne, où les feuillus ont repris leurs droits. Les conifères ont disparu, comme si la montagne, en s’ouvrant, redevenait plus hospitalière. Chênes et hêtres accompagnent désormais le marcheur d’une ombre plus douce, plus ample. |
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| Plus bas encore, la route dessine une épingle, et soudain le village apparaît en contrebas. Monistrol-d’Allier se cache au bord de la rivière, blotti à l’entrée d’une gorge profonde, comme un refuge longtemps dissimulé. |
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| Il suffit alors de suivre la route qui file droit sous les chênes et les hêtres : le village vous attend, posé entre l’eau, la pierre et le silence des reliefs. |
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| La route en pente rejoint bientôt les premières maisons du village. Et c’est presque sans surprise : ici, tout semble bâti dans ces gros moellons de pierre volcanique sombre qui donnent aux façades une force tranquille, comme si le village tout entier était né de la montagne même. |
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| En contrebas, on aperçoit la ligne de chemin de fer. Aussi étonnant que cela puisse paraître dans un tel décor de gorge reculée, on peut bel et bien prendre le train ici. La ligne des Cévennes, qui relie Clermont-Ferrand à Nîmes, passe par Monistrol-d’Allier, ajoutant au lieu une touche d’inattendu. |
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| La route passe devant la mairie avant de descendre vers la rivière. Là-haut, sur les hauteurs, se dessine déjà Escluzels. Ce nom annonce la prochaine montée, celle qu’il faudra bien affronter après le repos. |
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| Monistrol-d’Allier est un petit bijou de village, posé à califourchon sur l’Allier. Certes, un barrage et une usine hydroélectrique rappellent ici la présence de la modernité ; mais ils n’enlèvent rien au charme profond du lieu. Cerné de gorges vertigineuses, longtemps difficile d’accès, le village s’étire au bord de l’eau dans un décor de falaises abruptes. Ici se rencontrent la route, le rail et la rivière, comme si tous les chemins du relief avaient fini par converger.
La D589, elle, ne traverse pas le village : elle franchit l’Allier par un pont récent, en surplomb. Un autre pont mène au cœur du bourg. Et quel pont : dès 1887, un an avant la tour Eiffel, Gustave Eiffel fit construire ici un élégant pont de métal vert, fine dentelle de fer suspendue au-dessus du courant. |
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| Le village, qui compte à peine plus de deux cents habitants, se blottit dans de belles maisons de pierre, au pied des falaises et le long de la rivière. Se promener dans ses ruelles sinueuses, c’est accepter un délicieux petit labyrinthe, un gymkhana de venelles, d’escaliers et de passages étroits où le temps semble marcher plus lentement. |
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| Cette flânerie vous mènera, entre autres, jusqu’à l’église paroissiale, de pur style roman auvergnat, discrète et solide comme tout ce qui, ici, semble avoir été construit pour durer. |
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| Le parcours quitte le village en longeant la rivière, puis se faufile, tout près de la route départementale, dans une ruelle au nom presque biblique : la « Montée de la Madeleine ». |
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Peu après, vous franchissez l’Ance, modeste rivière aux eaux vives, qui vient ici mêler son cours à celui de l’Allier.

| Depuis Monistrol, c’est une ascension presque ininterrompue de six kilomètres jusqu’à Montaure. La sortie de la vallée passe pour l’une des épreuves les plus redoutables, et les plus mémorables, de la Via Podiensis. Une promesse d’effort, mais aussi de joie. Pour entrer en matière, plus de cent cinquante mètres de dénivelé sur le premier kilomètre jusqu’à Escluzels, avec, par endroits, des pentes qui mettent les jambes à rude épreuve, surtout quand les années ont alourdi le pas. Ici, nul répit, nulle ondulation bienveillante : seulement une montée obstinée, sur le goudron d’abord, puis sur un sentier pierreux accroché aux flancs de la gorge. Au commencement pourtant, rien ne laisse présager la rudesse de ce qui attend. L’itinéraire offre d’abord comme un amuse-bouche : une rampe goudronnée, presque déserte, qui grimpe patiemment jusqu’à une remise solitaire dressée au bord de la route. |
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| Alors commence véritablement l’aventure. Un sentier se met à serpenter en lacets serrés sur le flanc abrupt de la falaise, parmi de gros cailloux traîtres qui roulent sous la semelle. Vous progressez au milieu d’une végétation dense et farouche : buissons emmêlés, chênes rabougris, frênes élancés, hêtres silencieux et jeunes pousses de châtaigniers qui reconquièrent la pente. |
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| Et pourtant, malgré l’impression de vertige, il n’y a là nul péril véritable : seulement la sensation grisante de cheminer au bord du vide, dans une nature exubérante, presque indomptée, aux allures de chevelure sauvage. |
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En récompense, le regard embrasse un panorama saisissant : la vallée s’ouvre à perte de vue, le village se blottit en contrebas avec ses ponts de pierre, l’Allier scintille tout au fond de la gorge, et, sur le versant d’en face, les immenses forêts dressent leur sombre rempart.

Section 3 : Dans une des parties les plus éprouvantes du Chemin de Compostelle

Aperçu général des difficultés du parcours : que du plaisir, à parfois près de 30%-40% de pente, près d’Escluzels. Il faut passer Montaure pour reprendre son souffle.

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Le sentier s’élève dans un dédale minéral où la roche affleure à chaque pas. Sous les semelles, les pierres roulent et crissent ; autour, la pente se resserre dans un écrin de verdure sauvage. Les talus moussus, les herbes folles et les jeunes arbres composent un décor de fraîcheur presque secrète, comme si la montagne retenait ici son souffle, dans une nature à la fois âpre et hospitalière. Alors le paysage se découvre soudain dans toute sa puissance géologique : une falaise basaltique surgit, monumentale, dressant ses orgues sombres vers le ciel. Les colonnes de lave figées, striées par le temps, dessinent une architecture brute, presque sacrée, où l’on croit lire la mémoire du feu ancien. Ici, la beauté naît de l’alliance du sauvage et du silence.
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Puis, le chemin change de direction. Poursuivant son ascension entre deux talus envahis de verdure, comme s’il s’enfonçait dans un corridor végétal taillé à même la colline. Le sol, semé de cailloux et de graviers, garde la mémoire du passage des saisons et impose une marche attentive. Tout là. -haut, dominant cette mer de feuillage, une grande bâtisse de pierre apparaît, posée sur son promontoire comme un veilleur immobile. Sa silhouette austère et rassurante semble offrir au marcheur un repère autant qu’une promesse : celle d’un terme, d’un refuge ou d’une halte méritée. Dans ce paysage de montée patiente, la maison suspendue là-haut devient presque un horizon, une invitation silencieuse à poursuivre l’effort.
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| Une barrière, presque dérisoire, semble avoir été posée là pour contenir une circulation qui n’existe guère que dans l’imagination des hommes. Car ici, le parcours rejoint une modeste route goudronnée, lovée sous de nouvelles orgues basaltiques, puissantes et ruisselantes de présence, comme des cathédrales de pierre rongées par le temps et sculptées par les siècles. |
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| Puis la pente reprend de plus belle. La route se cabre sous les chênes, les épicéas, les jeunes hêtres et les rejets de châtaigniers, dans une montée obstinée qui éprouve le souffle autant que les jambes. Enfin, une croix de fer surgit sur le talus, sobre sentinelle, comme un signe de halte et de persévérance. |
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| Là, randonneurs et pèlerins s’arrêtent volontiers pour reprendre haleine et laisser leur regard vagabonder. D’ici, la vue s’ouvre encore sur Monistrol-d’Allier, lové au fond de la vallée. Plus haut, Escluzels se laisse déjà deviner, si proche en apparence qu’on le croirait à portée de main. Mais que l’illusion ne vous trompe pas : la montagne aime jouer avec les distances, et le sommet se mérite encore. |
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| Là, le parcours repart sur une large allée de graviers basaltiques, dans un décor de pierre noire et de poussière claire. Encore une petite barrière franchie presque machinalement, et le GR65 abandonne la route pour retrouver un large chemin qui s’élève en direction de la chapelle de la Madeleine, suspendue au-dessus des gorges. Dans ce paysage rude, façonné par le feu ancien et la patience des siècles, l’effort reprend ses droits : bientôt, les pentes flirtent avec les 30 à 40 %, rappelant au marcheur que la montagne ne se donne jamais sans contrepartie. |
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| Puis, après un effort brutal, presque une lutte avec la pente, vient enfin le relâchement du souffle : le chemin atteint la chapelle troglodyte de la Madeleine. Une chapelle dédiée à sainte Marie-Madeleine est déjà mentionnée dans un texte ancien de 1312. Est-ce ici, dans cette faille de la roche, que s’abrita jadis une habitation celtique ? La question demeure, suspendue entre l’histoire et la légende. Au XVIIe siècle, un fronton fut élevé pour fermer l’ouverture naturelle et métamorphoser cette cavité en sanctuaire. Dès lors, la chapelle gagna rapidement en renommée. Dominée par de hautes colonnes de basalte, adossée à la montagne comme à une muraille protectrice, elle semble née du rocher lui-même. Placée ici sur le chemin des pèlerins, elle offre au voyageur bien plus qu’une halte : un refuge de silence, de fraîcheur et de paix, après la rude conquête de la montée. |
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| La chapelle surprend par sa sobriété rude, presque monastique. Les murs de pierre nue, assemblés sans apprêt, gardent la fraîcheur et la gravité des lieux anciens. La lumière entre avec parcimonie, filtrée par de petites meurtrières de silence. À l’intérieur, tout invite au recueillement. Le plafond bas, rugueux, semble prolonger la roche elle-même, comme si la chapelle avait été creusée dans le ventre de la montagne. Les bancs de bois alignés avec simplicité font face à un autel dépouillé, où repose une statue allongée dans une lumière douce. Quelques cierges vacillent, chargés des prières et des fatigues de tous ceux qui s’y sont arrêtés avant de reprendre la route. |
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| À partir d’ici, jusqu’à Escluzels, le chemin réserve un bonheur d’une saveur toute particulière : celui qui se conquiert au prix de l’effort. Car la pente se redresse encore, sans la moindre indulgence. Plus de 40 % de déclivité parfois, sur de grossières marches de bois qui ressemblent moins à un sentier qu’à une échelle posée sur le flanc de la montagne. Le marcheur s’élève ainsi pas à pas vers le hameau d’Escluzels, dans un corps-à-corps patient avec la pente. |
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| Là-haut, les maisons de pierre se tiennent au bord de la gorge, comme accrochées au vide. Et l’on imagine sans peine combien la montée, ou la descente, car tout dépend du sens du voyage pouvait autrefois se révéler plus aventureuse encore, surtout lorsqu’il fallait faire passer ici un âne chargé de ballots, de vivres ou de récoltes. Les pèlerins d’aujourd’hui qui font le voyage avec leur âne éprouvent sans doute les mêmes difficultés. |
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| Escluzels possède de remarquables maisons bâties de toutes les nuances de la pierre volcanique. Tel un nid d’aigle solidement arrimé à son promontoire, le hameau s’enroule fièrement autour de l’éperon rocheux. À le voir ainsi suspendu au-dessus du vide, on se demande presque par quel miracle il tient encore, défiant les siècles, le vent et l’abîme. |
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| Nul ne saurait dire combien de vies ont traversé ces lieux ou la traversent encore de nos jours. Les maisons semblent avoir jailli de la terre volcanique elle-même, tant elles se confondent avec le paysage. Leurs murs sombres, faits de galets de basalte et de blocs rugueux, portent en silence la mémoire du vent, des hivers, des veillées et des générations passées. La route étroite contourne les bâtisses avant de disparaître derrière elles, comme un secret qu’on ne révèle qu’à ceux qui acceptent de monter jusque-là. Ici, rien ne cherche à séduire : tout parle de patience, de labeur et d’enracinement. Ces maisons ne cherchent pas à impressionner ; elles demeurent. Et dans leur humble obstination, elles disent mieux que de longs discours la fidélité des hommes à leur terre et la beauté tranquille des lieux qui ont appris à durer. |
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| Dans le hameau, le GR65 infléchit sa course et retrouve la route. La pente, sans devenir clémente, se fait moins implacable, serpentant entre les vergers et les noyers, dans une douceur trompeuse qui laisse croire, l’espace d’un instant, que l’épreuve touche à sa fin. Mais après Escluzels, la montagne n’a pas encore dit son dernier mot : la montée se poursuit, obstinée, comme un rappel discret que le sommet se mérite jusqu’au bout. |
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| Peu à peu, la route se rapproche de la lisière forestière. Les grands frênes réapparaissent au bord du chemin, dressant leur ombre légère comme un cortège silencieux pour accompagner les pas du marcheur. |
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Au lieu-dit Les Varennes, à une dizaine de kilomètres de Saugues, le GR65 abandonne enfin le ruban d’asphalte pour retrouver la terre battue, celle qui amortit les pas et réconcilie le corps avec l’effort.

| Alors réapparaissent les conifères, et surtout les pins, silhouettes élancées qui bordent de nouveau le large chemin tournoyant. Le chemin dessine ses courbes sous leur garde tranquille, tantôt ouvert à la lumière, tantôt refermé dans l’ombre fraîche des bois. |
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| Après une grande épingle dans la forêt, puis la traversée d’une petite route, le chemin rejoint la grande route départementale D589. Elle aussi semble céder aux caprices du relief, sinuant presque avec autant d’obstination que le chemin lui-même pour gagner Saugues. Le chemin passe alors de l’autre côté de la route. |
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| Commence alors le royaume des lacets forestiers. Le chemin se met à multiplier les épingles sous les arbres, dans une ascension patiente et obstinée. Il faut encore compter un bon kilomètre pour atteindre Montaure, un kilomètre qui, dans la pente et le silence des bois, semble parfois en valoir davantage. |
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| Ici, la pente se fait rude, souvent au-delà de 15 %, mais la forêt console de tout. Les pins s’y dressent, tantôt droits comme des hampes, tantôt torsadés comme des serpents de bois cherchant la lumière. Les épicéas, plus sombres, règnent en silence, tandis que quelques rares sapins blancs se dissimulent dans l’épaisseur des futaies. Pourtant, cette forêt n’est pas monolithique : les frênes y abondent encore, les érables s’y hasardent parfois, et les grands hêtres, souverains paisibles, élèvent leurs voûtes feuillues avec une majesté tranquille. |
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| Le chemin dessine ainsi d’innombrables zigzags dans la forêt, surgissant parfois dans de rares clairières où les fougères, presque hautes comme de jeunes arbres, déploient leur dentelle sauvage. |
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| Le Haut-Allier, ici, n’a rien de brutal ni d’héroïque. Ce n’est pas une montagne qui cherche à impressionner : elle enveloppe, elle éprouve doucement, elle use sans fracas. Par endroits, la lumière peine à traverser l’épaisseur des branches, tant les épicéas se serrent les uns contre les autres comme une armée silencieuse. Le chemin se dissimule sous leur garde. On y croise encore des familles et leurs ânes ; l’un d’eux, délesté d’une partie de sa charge, porte dans son bât le plus jeune enfant assoupi. Dans cette lente procession estivale, on devine que les loueurs d’ânes attendent la belle saison comme on attend une récolte. |
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| Bientôt pourtant, la forêt s’entrouvre. Le regard retrouve un coteau plus clair où verdoient quelques maigres pâturages et quelques champs. Ces clairières ont quelque chose d’une annonce heureuse : elles murmurent déjà l’approche de Montaure. |
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| Puis le parcours retrouve le goudron. La montée fut rude, parfois excessive, et sur certains talus raides, le pied pouvait hésiter, chercher son appui, douter un instant. Cette ascension a laissé des traces dans les jambes, et l’on comprend aisément pourquoi les hameaux traversés ont vu fleurir, au fil des ans, tables de pique-nique, buvettes improvisées et haltes bienvenues. Déjà, quelques panneaux promettent un bonheur proche, et le pèlerin en salive presque à l’avance. |
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| Jadis, une buvette accueillait ici les voyageurs ; elle est aujourd’hui fermée, mais l’esprit du lieu demeure. À Montaure, les pèlerins s’arrêtent encore volontiers pour éponger leur sueur et reprendre souffle après une montée que certains jugeront interminable. Le hameau n’est qu’une poignée de vieilles maisons posées au bord du chemin. Les pierres volcaniques y font encore la loi, une loi austère et familière, bientôt pourtant contestée par le granite de la Margeride qui s’annonce plus loin. |
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| À la sortie du hameau, une haute croix de pierre monte la garde, sentinelle immobile tournée vers la vallée, tandis que la route s’échappe entre les champs comme un fil jeté vers l’horizon. À partir d’ici, le pays se soulève en une vaste houle de terres assoupies : une géométrie souple, faite de courbes étales et de replis discrets, comme un souffle retenu sous la peau du paysage. |
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| Depuis Montaure, la pente s’adoucit et se laisse traverser sans résistance, au cœur de prairies opulentes où s’égrènent les fermes, parfois seules au monde. Sur ce haut plateau qui tutoie les mille mètres, l’élevage n’est pas seulement un métier : c’est une manière d’habiter le temps et la terre. De superbes vaches Aubrac, drapées de leur robe fauve, lèvent vers vous leurs grands yeux. |
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| Sans qu’on s’en aperçoive vraiment, le décor se métamorphose en quelques kilomètres. Le granite austère de la Margeride prend peu à peu le relais du basalte sombre du Devès. Ici, point de cimes déchiquetées ni d’abîmes spectaculaires : le relief préfère la douceur des vastes pâturages, coiffés de hautes futaies qui en dessinent la ligne de faîte. Ces collines amples et paisibles se laissent gravir sans rudesse ; leur franchissement offre comme une récompense tranquille à l’effort consenti plus tôt. |
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| Bientôt, le goudron cède la place à une large piste de terre battue, assez généreuse. Çà et là, bouquets de pins et frênes solitaires dressent leurs silhouettes comme autant d’ombrelles végétales. Surgissent alors les grands champs de seigle, orgueil discret de la Margeride, ou de triticale : cette graminée née de la main de l’homme, alliance du blé et du seigle, vouée surtout à nourrir les troupeaux. Sur cette terre rude et peu prodigue, c’est presque la seule abondance que l’on puisse espérer. |
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Section 4 : Légères ondulations dans les pâturages

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans difficulté, après l’épreuve.

| Ce qui frappe dans l’étape du jour, c’est la force des contrastes. Vous avez quitté les entrailles profondes des gorges sculptées par l’Allier, laissé derrière vous les pentes âpres et les reliefs sévères, pour gagner à présent le royaume des collines paisibles. Et pourtant, sous cette apparente mansuétude, c’est toujours le même pays de caractère qui se dévoile, cette terre rude que les longs hivers savent éprouver. Par endroits, de gros blocs de granite bordent le chemin comme des bornes naturelles : ils disent sans détour la nature du sol et annoncent l’entrée en Margeride. Bientôt, la piste de terre se rapproche du hameau de Roziers. |
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| Le chemin traverse alors Roziers, dans une quiétude presque intacte. L’eau claire chante à la fontaine, fraîche promesse offerte au marcheur. Mais l’on peut aussi pousser jusqu’à l’Arche du Bonheur, halte bienvenue où les boissons fraîches s’accompagnent volontiers d’un peu de conversation. |
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| Autour, quelques fermes et de belles maisons de granite, plus cossues, alignent sagement leurs façades le long de la route, comme si le hameau avait choisi de se tenir là dans une discrète dignité. |
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| Depuis Roziers, le GR65 reprend doucement de la hauteur sur le ruban de goudron qui serpente dans la campagne apaisée. |
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| Un troupeau de Montbéliardes s’avance alors d’un pas tranquille, comme mû par la promesse d’une herbe plus tendre un peu plus loin. Leur propriétaire nous confie qu’elles sont d’excellentes laitières, solides et vaillantes. Seul bémol à ce tableau rustique : des pieds parfois un peu fragiles. |
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| La route poursuit encore son ascension, sans brusquerie, glissant sous les frênes jusqu’au sommet de la colline où s’ouvre un carrefour. |
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| Comme toujours sur le GR65, le balisage veille avec fidélité sur les pas du voyageur. Le parcours oblique alors sur la droite et s’abandonne à une douce descente en direction du Vernet. |
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| La route s’élance devant soi comme un ruban d’ardoise déroulé à travers la campagne, sinuant avec souplesse entre les prés et les ondulations du plateau. De part et d’autre, les prairies d’un vert profond s’étendent en nappes tranquilles. Au loin, les collines se succèdent en vagues paisibles, alternant pâturages ouverts, bosquets touffus et lisières de forêts sombres qui ferment doucement l’horizon. Ici, rien ne presse. |
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| Tout autour, le regard ne rencontre qu’une campagne généreuse et paisible : de vastes herbages, de grands arbres aux silhouettes protectrices, quelques parcelles de seigle, et partout la présence tranquille du bétail. Au printemps, ces prairies éclatent d’un vert presque insolent, digne des paysages irlandais ; l’été venu, la lumière les adoucit. |
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| Peu à peu, la route se rapproche du Vernet. |
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| Dans cette région, les villages aiment se hisser sur les flancs des collines, comme pour mieux surveiller le pays alentour. Au Vernet, le granite a définitivement supplanté la pierre volcanique : il est ici la matière première de tout ce qui dure : les maisons, les croix, les fontaines. Les demeures, étagées sur la pente, se ressemblent un peu toutes, unies par cette même pierre gris perle qui donne au village sa cohérence et sa noblesse discrète. Ce granite, patient et robuste, a déjà traversé les saisons et les siècles ; il continuera de tenir tête au temps. Car si l’altitude de ces hameaux reste modeste, l’hiver, lui, n’y fait pas de concession : le climat peut s’y montrer rude, âpre, presque hostile. |
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| Le GR65 traverse Le Vernet puis s’en échappe par les hauteurs, frôlant une aire de pique-nique posée là comme une halte bienveillante. Derrière une croix dressée sur son socle de granite, un poulailler se cache à demi : là, un paon parade avec superbe, faisant le beau au milieu des poules affairées, des faisans prudents et des dindons placides. |
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| Un large chemin de terre file à plat à travers les prairies, comme s’il avait choisi de prendre son temps. Çà et là, quelques érables et frênes ponctuent le paysage de leur silhouette tranquille, offrant des îlots d’ombre dans l’immensité des herbages. Plus loin, les forêts de conifères dressent leur lisière sombre à l’horizon, comme un contrepoint à la douceur des champs. C’est tout le charme d’une campagne simple et apaisante, de celles qui délient les pensées et allègent le pas. |
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| Ici, la nature semble avoir conservé son visage originel : calme, intacte, sans apprêt. Les chemins creux, les haies bocagères, les vastes replats balayés par le vent composent un décor d’une sérénité profonde. Et partout, les traces discrètes mais éloquentes de la vie rurale, crottes de chèvre, bouses de vaches, rappellent que ce haut plateau vit encore au rythme patient de l’élevage, dans une fidélité silencieuse à la terre. . |
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| Plus loin, à mesure que l’on approche de Rognac, le chemin se resserre et semble inviter à davantage d’intimité avec le paysage. Les prés alentour ont une douceur presque irrésistible : leurs pentes souples, leur herbe épaisse, leur silence accueillant donnent envie de s’y étendre un instant, le temps d’une sieste volée au voyage. |
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Section 5 : En descente sur Saugues

Aperçu général des difficultés du parcours : sans aucun problème, si ce ne sont quelques tronçons très pentus à l’approche de Saugues.

| Le GR65 poursuit encore un moment sa course en pleine nature, glissant dans un sentier étroit sous la garde des pins et des frênes. Puis, sans brusquerie, il retrouve le goudron à l’entrée de Rognac, blotti à 1 100 mètres d’altitude, point culminant de l’étape. Vous êtes alors en plein Gévaudan, aux portes de la Margeride, ce massif de moyennes montagnes dont le point le plus haut, le Signal de Randon, s’élève à 1 551 mètres. Ici, la terre ne nourrit pas seulement les troupeaux : elle offre aussi ses trésors aux cueilleurs. Champignons, myrtilles, lichens, narcisses, autant de richesses patientes que les habitants de Saugues récoltent avec savoir-faire. Beaucoup vous diront, non sans malice, que cette cueillette vaut un treizième mois. La vente des champignons séchés ou coupés, et surtout des cèpes, reste d’ailleurs une tradition bien vivante lors des foires d’automne de Saugues. Quant au lichen et au narcisse, ils trouvent leur destin jusque dans les ateliers de parfumerie. |
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| Rognac appartient à cette famille de villages du Gévaudan et de la Margeride dont l’unité fait la beauté : mêmes maisons solides, mêmes pierres de granite jointoyées avec soin, même impression de durée tranquille. Ici, tout semble avoir été bâti pour résister au vent, au gel et au temps. Le petit clocheton qui attire le regard n’est pas celui d’une chapelle, mais celui de la maison d’assemblée du village, modeste cœur battant de la communauté. |
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| Le parcours quitte ensuite Rognac en passant derrière une admirable croix de fer forgé, posée avec grâce sur son socle de granite, comme un dernier salut du village au voyageur. |
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| À la sortie de Rognac, le GR65 poursuit encore son ascension, doucement, sans heurt, sur le goudron qui file tout droit à travers la campagne ouverte. |
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| La route gagne encore un peu de hauteur avant d’atteindre un carrefour où réapparaît un chemin de terre. C’est là que le parcours bascule enfin vers la descente sur Saugues, comme si le paysage, après vous avoir élevé jusque sur ses crêtes paisibles, consentait désormais à vous raccompagner vers la vallée. |
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| En contrebas, le paysage s’ouvre soudain sur les douces collines de Saugues, comme si le pays, après s’être longtemps laissé deviner, consentait enfin à se dévoiler. Les ondulations paisibles du relief, les prairies étagées et les lisières boisées composent un tableau d’une harmonie apaisante, baigné de cette lumière claire propre aux hauts plateaux. |
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| Un chemin s’enfonce alors entre les pins comme dans un corridor de fraîcheur et de silence. Creusé par les pas, raviné par les pluies, il serpente entre les pierres blondes et les racines affleurantes, avec cette rudesse familière des sentiers qui ont vu passer des générations de marcheurs. De part et d’autre, de vieux murets de granite à demi effondrés, mangés de mousse et de lichens, bordent la trace comme les vestiges d’un monde rural immuable. |
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| Sous les grands pins aux troncs noueux, la lumière filtre en nappes mouvantes, jouant avec les ombres et les feuillages. Quelques érables et frênes viennent adoucir le décor de leur feuillage plus léger, apportant à cette austérité sylvestre une touche de grâce aérienne. Le paysage a ici quelque chose de profondément intact : une beauté simple, sans mise en scène, faite de silence, de roche, de lumière et de vent. Au loin, entre deux troncs, une échappée laisse deviner la campagne ouverte. C’est le paysage d’un monde secret, préservé, où le chemin invite moins à avancer qu’à ralentir, pour mieux goûter la paix des lieux. |
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| Le chemin, parfois plus caillouteux, poursuit sa descente sans répit sur la pierre et la terre battue. Tantôt il traverse des espaces ouverts, presque steppiques, où le vent semble régner en maître ; tantôt il se glisse sous le couvert plus bienveillant des bois, où l’ombre apaise la rudesse de la pente. À chaque détour, le chemin joue avec le relief, épouse les plis du terrain, se fait plus intime ou plus sauvage selon l’humeur du paysage. |
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| Peu à peu, dans un horizon qui se rapproche, Saugues laisse deviner ses toits rouges posés au creux des collines. La ville apparaît d’abord comme une promesse, un éclat de tuiles dans la lumière, avant de prendre peu à peu corps dans le paysage. Si vous passez ici après le printemps, les genêts en fleurs ajouteront encore à la magie du lieu, semant sur les pentes leurs éclats d’or vif. |
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C’est alors que surgissent, au détour du plateau, d’étranges sculptures de bois, comme pour rappeler que le Gévaudan n’est pas seulement une terre de silence et de pâturages, mais aussi un pays de récits sombres et de mémoires enfouies. Elles semblent veiller sur les collines comme des gardiennes du mystère, dressées là pour raviver la vieille légende de la Bête du Gévaudan. Jadis, dit-on, la créature surgissait sans prévenir, frappait avec une sauvagerie insensée, semant l’effroi dans les villages et jusque dans les chemins les plus familiers. Alors, le moindre frisson dans les buissons, le craquement d’une branche ou le souffle du vent dans les sous-bois devenaient présages de drame. Toute la région vivait dans l’attente inquiète de l’invisible menace.

| Ces silhouettes fantastiques, taillées dans un seul tronc, disent à la fois la rudesse du pays et la part d’ombre qui l’habite. Surgies sur la crête comme des apparitions, à mi-chemin entre l’œuvre d’art, le totem et le songe, elles se dressent face au vent et à l’immensité du paysage comme pour dialoguer avec le ciel autant qu’avec la terre. Leur matière brute, bois massif creusé, scarifié, poli par endroits, conserve les veines, les nœuds et les cicatrices de l’arbre originel, comme si la nature elle-même avait commencé l’œuvre avant que la main de l’artiste ne vienne en révéler la forme. |
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Même la Bête du Gévaudan semble encore vous épier au bord de la route, tapie dans les récits et les ombres du pays. Puis le GR65 rejoint la route départementale, comme un retour progressif vers le monde habité après les landes, les bois et les légendes.

| Une petite route goudronnée, raide et sinueuse, vous entraîne alors vers le village. La pente se fait vive ; le regard plonge déjà vers les toits et les ruelles, tandis que les jambes sentent le poids de la descente. |
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| La route tournicote ensuite entre les maisons, se glisse dans les ruelles étroites et finit par vous conduire, comme par un lent dévoilement, jusqu’au cœur de Saugues. |
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| Saugues, forte de ses quelque deux mille habitants, est une petite cité de caractère dont le nom résonne bien au-delà de la Margeride. On la connaît pour la légende de la Bête du Gévaudan, pour ses champignons, ses sabots de bois, mais aussi pour son rôle de place marchande essentielle dans tout le pays. Ici, le bétail demeure une richesse vivante : le marché des bovins anime le lundi, celui des ovins le vendredi, et plus de cent mille têtes y transitent chaque année. Mais Saugues ne se résume pas à ses foires ni à ses traditions : c’est une terre chargée d’histoire. Bien avant l’arrivée des Romains, la région était le domaine des Gabales, peuple fier et farouche qui vivait au cœur d’immenses forêts couvrant presque tout le territoire. Jules César évoqua ce pays sous le nom de Salgacum. Après la chute de l’Empire romain, en 476, la contrée passa sous la domination des Francs. Au VIIIe siècle, les raids des Sarrasins et des Maures laissèrent derrière eux des traces de feu et de ruine. Au XIIe siècle, Saugues passa sous la coupe des Mercœur, puissante lignée d’Auvergne également présente à Saint-Privat-d’Allier. C’est à cette époque que furent élevées la majeure partie des fortifications de la ville ainsi que la célèbre Tour des Anglais. Le pays connaissait alors une prospérité remarquable : on y comptait des centaines de paroisses et des milliers de familles, signe d’un territoire dense et vivant. Puis vint le long fracas de la guerre de Cent Ans. Entre 1337 et 1453, la région connut son lot de violences, de sièges et de pillages. En 1380, Charles V envoya des troupes reprendre la ville à ceux que l’on appelait alors les « Anglais ». En réalité, il s’agissait surtout de routiers, mercenaires sans solde devenus pillards après le traité de Brétigny. Ce sont eux qui donnèrent leur nom à la tour encore visible aujourd’hui. La fin du conflit n’apaisa pas tout de suite les peurs. Dans tout le Gévaudan, on renforça châteaux et murailles ; on comptait alors une trentaine de places fortifiées dans la région. Mais c’est un autre drame qui bouleversa Saugues en 1788 : l’incendie du four communal. En quelques heures, le feu ravagea presque toute la ville, sans épargner une seule rue. De ce désastre, une seule grande survivante demeura debout : la Tour des Anglais. Seule tour du château à avoir résisté aux flammes, elle devint le témoin de la catastrophe et de la renaissance de la ville. Les habitants reconstruisirent Saugues avec les pierres mêmes de l’ancien château. Aujourd’hui encore, cette tour dressée au cœur de la cité veille sur les toits et rythme le temps des habitants avec son horloge, comme un trait d’union entre les siècles. |
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| L’église collégiale de St Médard conserve sa tour octogonale originale datant du XIIIe siècle. L’église fut en partie détruite au XVIe siècle, puis amendée progressivement. Elle contient les reliques de Frère Bénilde, un saint local béatifié, puis récemment canonisé. |
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| La Confrérie des Pénitents fut fondée à Saugues en 1652. La confrérie fait partie de confraternités d’essence catholique, avec des statuts qui préconisent des exercices de pénitence, tels le jeune, l’assistance aux défunts et aux malades. On les classe en fonction de la bure que les pénitents arborent lors des processions ou de leurs travaux de pénitence. Ici, à Saugues, la robe est blanche. Au XIXe siècle, la communauté comptait 200 personnes. Aujourd’hui il en demeure 40. La procession du Jeudi Saint avec les pénitents encagoulés est un événement exceptionnel. La Chapelle des Pénitents (que l’on peut visiter sur demande) fut érigée en 1681. Elle brûla en 1788, et fut restaurée par la suite.
Lucien Gires (1937-2002), un artiste local, a été la cheville artistique de la cité. On lui doit la restauration de la Tour des Anglais, l’illustration de la vie de St Bénilde, mais aussi le développement du musée de la Bête de Gévaudan. Le musée fut inauguré en 1989. Le musée retrace les mystères autour de la terrible bête mythique qui tua plus de 100 personnes dans la région (pour des détails, consulter l’étape suivante : De Saugues à St Alban-sur-Limagnole). . |
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Logements sur la Via Podiensis
• Gîte L’Estaou, Dominique Mulliez (pèlerine), Combrieux ; 04 71 09 58 91/06 66 40 60 31 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte de Rochegude, Nathalie et Franck Pascal, Rochegude ; 06 33 70 48 10 ; Gîte, repas, petit déj., cuisine
• Gîte La Ribeyre***, Christelle et Stéphane Robert, Praclaux ; 06 63 46 37 09/ ; Gîte, repas, petit déj.
• Chambres d’hôtes Aldon, Géraldine Aldon, Praclaux ; 06 61 51 71 10 ; Ch. d’hôte, et tentes, repas, petit déj.
• Camping municipal Le Vivier***, Rue du Pain de Sucre, Monistrol d’Allier ; 04 71 57 24 14 ; tentes, petit déj., cuisine
• Gîte Au Ricochet, Magali Perrony, Monistrol d’Allier ; 06 59 07 70 66 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte La Tsabonne, Patrick Fourquet et Myriam, Montée des deux Chiens, Monistrol d’Allier ; 04 71 06 17 23/06 15 15 38 39 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte du Pont Eiffel, André Solakian, Monistrol d’Allier ; 06 44 72 81 95/04 71 06 17 74 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte Chez Martin, 89 Rue des Jacquets, Monistrol d’Allier ; 07 66 93 20 61 ; Gîte, petit déj., cuisine
• Chambres d’hôtes Les Terrasses du Verger, 424 Route de Gévaudan, Monistrol d’Allier ; 06 40 50 30 22 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj.
• Le Repos du Pèlerin, 365 Rue des Jacquets, Monistrol d’Allier ; 06 18 33 30 73 ; Bar, Gîte et Ch. d’hôte, repas, petit déj.
• Gîte Le Pain de Sucre, Peter Joyce, Le Vivier, Monistrol d’Allier ; 07 88 21 29 53 ; Hôtel, repas, petit déj.
• Gîte L’Arche de Gabriel, Roziers ; 07 45 17 22 60/04 71 77 85 78 ; gîte, repas, petit déj.
• Gîte de la Remise, Rognac ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte communal, 8 Rue de la Margeride, Saugues ; 04 71 77 80 62/06 65 15 04 32 ; Gîte, cuisine
• Centre d’accueil de la Margeride, Cyril et Sonia, Saugues ; 04 71 77 60 97 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte à la Ferme Itiers-Martins, 65 Chemin des Noisetiers, Saugues ; 04 71 77 83 45/06 72 75 46 48 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte le Par’Ici, Barbara Sulas, 445 Avenue Lucien Gires, Saugues ; 07 65 68 71 44 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte La Dentelle du Camino, 48 Rue de la Margeride, Saugues ; 07 84 76 92 27/04 71 77 38 03 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte Le Chalet du Pèlerin, Jean-Claude et Maria Decoster, 70 Rue des Cimes, Saugues ; 06 09 60 09 65 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte D’Ici et Ailleurs, 46 Rue de la Margeride, Saugues ; 06 33 60 53 02 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gite A L’Instant, 345 Rue des Cimes, Saugues ; 04 71 77 68 60 /06 19 19 29 45 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte Au Bon Moment, 1 Rue des Prés, Saugues ; 06 41 54 44 67 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte Margeride et Gévaudan, 3 Rue de Espeisse, Saugues ; 07 44 26 99 18 ; Gîte, cuisine.
• Les Gabales, Éveline et Pascal (pèlerins), 70 Avenue Lucien Gires, Saugues ; 04 71 77 86 92 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj.
• La Flore, Régis et Florence (pèlerins), 230 Avenue Lucien Gires, Saugues ; 06 50 28 43 11 ; Ch. d’hôte, repas, petit déj.
• Auberge Chez Virginie, 2 Rue des Carmélies, Saugues ; 06 27 55 89 66 ; Restaurent, Ch. d’hôte, repas, petit déj.
• Les Terrasses, 11 Cours Gervais, Saugues ; 04 71 77 83 10 ; Hôtel**, repas, petit déj.
D’année en année, le Chemin de Compostelle se transforme, se réinvente au gré des saisons et des pas des pèlerins. Certains hébergements ferment leurs portes tandis que d’autres, modestes ou inattendus, voient le jour. Il serait dès lors illusoire de prétendre en établir une liste immuable et exhaustive. Celle-ci ne recense que les logements situés directement sur l’itinéraire ou à moins d’un kilomètre de celui-ci. Cette sélection a été actualisée en 2026 ; elle ne devrait donc pas connaître de bouleversements majeurs dans les prochaines années. Pour qui souhaite aller plus loin, un seul ouvrage fait figure de référence incontournable : Miam Miam Dodo, aisément accessible en ligne. Ce guide, dont le mérite essentiel réside dans sa mise à jour annuelle, ne se limite pas aux hébergements du tracé strict, mais mentionne également des adresses en dehors du parcours, comme ressource précieuse lorsque l’affluence rend les étapes plus incertaines. On y trouve en outre une mine d’informations pratiques : bars accueillants, restaurants de passage et boulangeries providentielles, autant de haltes qui ponctuent le voyage. À cette cartographie traditionnelle s’ajoute désormais une présence devenue incontournable : Airbnb. Cette plateforme s’est imposée comme une référence majeure dans le paysage touristique, y compris dans les régions les plus discrètes ou les moins favorisées. Toutefois, comme chacun le sait, les adresses exactes n’y sont pas directement visibles, ce qui suppose une certaine anticipation. Car sur le Chemin, trouver un lit à la dernière minute relève parfois du hasard heureux. Mais le hasard, par nature, ne saurait constituer une stratégie. Il est donc vivement recommandé de réserver en amont. Enfin, lors de vos démarches, prenez soin de vous renseigner sur les possibilités de repas ou de petit-déjeuner : ces détails, en apparence anodins, peuvent grandement adoucir une étape.
Si l’on dresse l’inventaire des capacités d’accueil, on dénombre environ 185 lits avant d’atteindre Saugues, ce qui laisse entrevoir que nombre de pèlerins choisissent de faire halte en amont, notamment à Monistrol. À Saugues même, l’offre s’élargit avec près de 190 lits disponibles. Or, la fréquentation de la Via Podiensis oscille généralement entre 100 et 200 marcheurs : dans ces conditions, cette étape ne devrait pas poser de difficulté particulière en matière d’hébergement. Il reste néanmoins prudent de réserver, par simple précaution.
Ces itinéraires, qui serpentent à travers des territoires souvent peu densément peuplés, offrent peu de commerces. Les restaurants y sont rares, tout comme les épiceries, et celles-ci prennent souvent la forme de modestes dépôts de pain, proposant quelques légumes et produits laitiers. Il est toutefois possible de se restaurer à Monistrol et à Montaure, haltes bienvenues dans ces espaces plus isolés. Les points d’eau, en revanche, jalonnent assez régulièrement le parcours : on en trouve à Rochegude, Pratclaux, Monistrol, Escluzels, Montaure, Roziers et Le Vernet. Ils sont fréquemment accompagnés de sanitaires, souvent des toilettes sèches, notamment à Rochegude, Monistrol et Roziers. À l’arrivée, Saugues offre tout le confort d’une petite ville disposant de l’ensemble des commerces nécessaires. Enfin, de nombreuses entreprises proposent des services de transport de bagages ou de rapatriement vers le point de départ. Parmi elles, une s’impose comme une référence incontournable : La Malle Postale.
N’hésitez pas à ajouter des commentaires. C’est souvent ainsi que l’on monte dans la hiérarchie de Google, et que de plus nombreux pèlerins auront accès au site.
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