Etape 06: De Vaylats à Cahors

La splendeur du Cami Ferrat

 

DIDIER HEUMANN, ANDREAS PAPASAVVAS

 

Nous avons divisé l’itinéraire en plusieurs sections, pour faciliter la visibilité. Pour chaque tronçon, les cartes donnent l’itinéraire, les pentes trouvées sur l’itinéraire et l’état du parcours. Les itinéraires ont été conçus sur la plateforme “Wikilocs”. Aujourd’hui, il n’est plus nécessaire d’avoir des cartes détaillées dans votre poche ou votre sac. Si vous avez un téléphone mobile ou une tablette, vous pouvez facilement suivre l’itinéraire en direct.

Pour ce parcours, voici le lien:

 

https://fr.wikiloc.com/itineraires-randonnee/du-puy-en-velay-a-st-privat-dallier-par-le-gr65-29068056

Ce n’est évidemment pas le cas pour tous les pèlerins d’être à l’aise avec la lecture des GPS et des cheminements sur un portable, et il y a encore de nombreux endroits sans connexion Internet. De ce fait, vous pouvez trouver sur Amazon un livre qui traite de ce parcours.

 

 

 

 

Si vous ne voulez que consulter les logements de l’étape, allez directement au bas de la page.

L’ensemble du réseau formé par les chemins de Saint-Jacques-de-Compostelle en France est aujourd’hui reconnu comme patrimoine mondial. L’inscription des chemins de Compostelle sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO remonte à l’année 1998. Par cette reconnaissance, l’UNESCO souhaite attirer l’attention sur la valeur universelle exceptionnelle de cet héritage spirituel, culturel et historique. À cette fin, certains monuments emblématiques et plusieurs portions ont été retenus pour illustrer ce patrimoine. Le parcours se rapproche désormais de Cahors, la plus grande ville de la Via Podiensis, qui compte environ 22 000 habitants. Entre Bach et Cahors, les vingt-six kilomètres du Cami Ferrat sont ainsi inscrits au patrimoine mondial de l’UNESCO. Il en va de même pour deux monuments majeurs de la cité cadurcienne : la cathédrale St Étienne et le Pont Valentré. L’itinéraire traverse une zone presque dépourvue de villages. L’autoroute A20, dite l’Occitane, reliant Limoges à Toulouse, passe également par ce secteur. Vous marchez toujours dans le département du Lot. À Cahors, vous serez presque à mi-chemin entre Le Puy-en-Velay et Saint-Jean-Pied-de-Port.

Que l’on vienne de Bach ou de Vaylats, on retrouve rapidement la forêt en rejoignant le GR65, appelé ici le Cami Ferrat. Cette voie s’écarte volontairement des lieux d’implantation humaine, ce qui accentue le sentiment d’isolement et renforce le mystère de cette portion doucement ondulée du causse. Pour les Romains, le chemin était la via, une route solide et fiable, le plus souvent tracée en ligne droite, destinée au passage des chars, des soldats et des chevaux. Ces voies étaient fréquemment ferrées “ (lou cami ferrat en occitan, dur comme le fer), c’est-à-dire consolidées par un revêtement tassé et damé, le plus souvent empierré. Lorsqu’on évoque les voies romaines, l’expression qui revient le plus souvent est simple : “c’est tout droit“. Lorsque Jules César entreprit la conquête de la Gaule, il fit aménager ces routes afin de permettre à ses troupes de circuler rapidement à travers tout le territoire. Au Moyen Âge, le Cami Ferrat d’ici devient une importante voie de pèlerinage reliant Rocamadour au sud de la France et, au-delà, aux grandes routes conduisant vers Rome et la Terre sainte. Aujourd’hui encore, le Cami Ferrat demeure avant tout un large chemin de terre, généralement peu caillouteux, bien que sa structure varie parfois : lorsque les chênes se resserrent et que la forêt se densifie, les pierres reprennent souvent le dessus sur la terre.

C’est aujourd’hui l’un des passages marquants du chemin de Compostelle, que l’on arrive par la variante de la vallée du Célé ou par l’itinéraire traditionnel du GR65. Car depuis Vaylats, ou depuis Bach, vous retrouvez désormais le grand parcours en direction du Puy-en-Velay. Dans sa première partie, cette traversée du causse est une véritable merveille, un paysage presque irréel où la nature semble régner sans partage, jusqu’au moment où apparaît la longue balafre sonore de l’autoroute qu’il faudra bien franchir. Ensuite, de colline en colline, à travers les ondulations pierreuses du causse, le chemin finit par plonger vers Cahors, comme un retour progressif à la vie du monde.

Difficulté du parcours : Les dénivelés (+314 mètres/-470 mètres) sont faibles. Le profil de l’étape est aujourd’hui à l’avantage du marcheur. Il n’y a pas de grandes bosses, si ce n’est une à mi-parcours. Autrement, le parcours ondule doucement. Seule une descente sévère et impressionnante sur Cahors marque la fin de l’étape.

État du parcours : Étape remarquable pour le pèlerin ! Le Cami Ferrat, c’est avant tout de larges chemins. Peu de goudron, le rêve, non ? :

  • Goudron : 3.1 km
  • Chemins : 20.9 km

Parfois, pour des raisons de logistique ou de possibilités de logement, ces étapes mélangent des parcours opérés des jours différents, ayant passé plusieurs fois sur sur ces parcours. Dès lors, les ciels, la pluie, ou les saisons peuvent varier. Mais, généralement ce n’est pas le cas, et en fait cela ne change rien à la description du parcours.

Il est très difficile de spécifier avec certitude les pentes des itinéraires, quel que soit le système que vous utilisez.

Pour les “vrais dénivelés”, relisez la notice sur le kilométrage sur la page d’accueil.

Voici un exemple de ce que vous trouverez. Il suffit de prendre en compte la couleur pour comprendre ce qu’elle signifie. Les couleurs claires (bleu et vert) indiquent des pentes modestes de moins de 10%. Les couleurs vives (rouge et brun foncé) présentent des pentes abruptes, le brun dépassant 15%. Les pentes les plus sévères, supérieures à 20-25%, très rarement plus, sont marquées de noir.

Section 1 : Depuis Vaylats, on rejoint le GR65 dans la forêt

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans aucune difficulté.

Que l’on soit arrivé par le GR65 depuis Varaire ou par le GR46 depuis Concots, la plupart des pèlerins fait halte à Vaylats, non seulement à cause du couvent, mais aussi parce que les possibilités d’hébergement y sont plus nombreuses. Il faut cependant rejoindre ensuite le GR65 dans la forêt, car le tracé principal contourne le village de Vaylats. Le parcours suit donc la route départementale à la sortie du village.

Peu après, un panneau installé au bord de la route signale les yourtes de Bascot, une manière plus récente et originale de séjourner à Vaylats, en complément de l’accueil du couvent.

À cet endroit, le parcours quitte la route pour emprunter un large chemin de terre, le chemin de Bascot, qui conduit à la rencontre du GR65.

Le large chemin progresse ensuite dans une forêt assez claire, longeant tour à tour des murets de pierre ou de petites clairières ouvertes.

Ce n’est pas encore la solitude sauvage du causse : quelques habitations subsistent encore ici, à proximité de la route. 

Au terme de cette longue ligne droite, le parcours rejoint finalement le GR65 dans la forêt. Un panneau annonce alors le Mas-de-Vers à 5 km et Cahors à 23 km.

C’est alors le départ pour une véritable avenue de bonheur, discrètement cachée dans une nature encore sauvage, presque insoupçonnée. Le chemin se déroule sur la terre battue, sous la voûte légère des chênes, parfois élancés mais le plus souvent trapus, comme savent l’être les chênes pubescents des causses. De petits murets de calcaire grisâtre ou ocre accompagnent souvent les bas-côtés du chemin, modestes ouvrages de pierre qui semblent border la marche depuis des siècles.

Vous rencontrez ici de nombreux pèlerins, que vous dépassez parfois, ou qui vous dépassent à leur tour. La raison en est simple. Presque tous les marcheurs logés à Vaylats prennent le départ peu après le petit-déjeuner, servi à sept heures précises. Dans les couvents, on ne plaisante guère avec les horaires.

Quelques traces du passé, aujourd’hui devenues presque caduques, jalonnent encore le chemin. Certaines petites constructions de pierre devaient sans doute servir d’abri pour les outils, tandis que d’autres gardent leur mystère : un ancien four peut-être, ou quelque bâtisse oubliée dont la mémoire s’est perdue avec le temps. 

Elles témoignent de la présence humaine ou animale, qui a longtemps animé ces lieux. Ici, deux équidés semblent savourer la tranquillité du causse avec une placidité réjouissante.

Peu après, le large chemin s’incline doucement vers le ruisseau des Valses. La pente est légère, presque imperceptible, comme si le causse lui-même conduisait tranquillement le marcheur vers ce fond de vallon discret.

Ce qui marque profondément les paysages des causses, ce sont ces murets qui bordent les chemins. Tantôt gris, tantôt jaunes ou ocre, ils sont souvent recouverts de lichens ou d’une fine mousse obstinée qui parvient à survivre malgré la sécheresse. Sur ces pierres anciennes se pose une lumière très particulière, celle de ces terres austères où alternent chemins creux et landes arides. Là prospèrent les arbustes du causse : buis, cornouillers, genêts et quelques rares genévriers. Jadis, ces paysages regorgeaient de buis. Décimés ces dernières années par la pyrale, ces majestueux ornements ont laissé, pour un temps au moins, la place aux cornouillers. Jules César, dit-on, appréciait les voies larges et rectilignes pour permettre à ses troupes de progresser rapidement. Il faut reconnaître qu’ici la nature se prêtait admirablement à ce genre d’entreprise.

Sur ces chemins, on rencontre peu de monde, sinon les pèlerins, chargés de leurs sacs et absorbés dans leur marche. Quoique, de plus en plus souvent, certains voyagent aujourd’hui plus légèrement, profitant des nombreuses compagnies de transport de bagages qui se sont développées dans la région. Certains pèlerins avancent avec empressement, pressés de rejoindre Santiago le plus vite possible. D’autres prennent leur temps, musardent au bord du chemin, s’arrêtent devant un tas de pierres informe, une “caselle“ écroulée ou quelque vieux mur lentement démantelé par le passage des années.

Au bas de cette descente presque insignifiante, le chemin longe le ruisseau des Valses. Par temps sec, vous n’y verrez souvent pas la moindre goutte d’eau. Il n’y en a guère davantage dans le ruisseau de Coubot, un peu plus loin. D’ici, il vous reste encore 3.6 kilomètres pour atteindre le Mas-de-Vers, la vie la plus proche.

Dans ce paysage hors du temps, en marge du monde ordinaire, le large chemin, souvent caillouteux, se glisse avec aisance le long des murets de pierre. Les chênes se serrent les uns contre les autres, se courbent parfois jusqu’au sol et forment comme une haie d’honneur silencieuse pour le marcheur qui traverse ces lieux. Ils prennent toute la place, étouffant les autres arbres et les arbustes plus modestes en les privant de lumière. Ici, les pins apparaissent rarement : ils ont besoin d’espace et de soleil pour prospérer. En revanche, les chênes ont laissé une place généreuse aux érables de Montpellier, reconnaissables à leurs feuilles trilobées, un arbre discret mais très présent sur ces causses austères.

Par endroits, la forêt de chênes se desserre légèrement, laissant entrevoir quelques signes ténus d’une présence humaine. Mais pour apercevoir la moindre parcelle cultivée, il faut ouvrir l’œil avec attention.

Sur ce chemin pierreux qui serpente dans la sauvagerie du causse, il arrive parfois qu’un cycliste surgisse et passe en silence. Cette autre espèce de pèlerin s’est multipliée ces dernières années sur le chemin de Compostelle. On estime aujourd’hui qu’ils représentent une part non négligeable des marcheurs, peut-être plus de 15%. Et il faut dire qu’avec les services de transport de bagages qui se sont développés dans la région, il est devenu bien plus facile de pédaler léger.

Un peu plus loin, le paysage s’ouvre soudain, car le sous-bois cède parfois la place à la lande. On se demande alors ce qui peut bien pousser sur cette terre austère et ingrate. Peut-être un peu d’avoine ou de triticale destiné au bétail. Dans ces sortes d’entonnoirs de verdure, la forêt se retire parfois pour laisser place à un maquis clairsemé, ou à quelques plantations de chênes truffiers. Leur présence se devine à ces cercles de terre nue qui se dessinent autour des troncs, traces discrètes de la vie souterraine des champignons. On sait que les truffes prospèrent dans les sols pauvres, calcaires et bien filtrants, où la matière organique se décompose rapidement. Le mycélium de la truffe vit alors en symbiose avec les racines des arbres dits truffiers, le plus souvent des chênes pubescents ou des noisetiers. Mais il ne faut pas croire que tous ces arbres portent naturellement des truffes. Une truffière est le fruit d’un patient travail. Il faut débroussailler, préparer le terrain favorable, puis planter en hiver de jeunes arbres inoculés avec le mycélium de la truffe. Ensuite viennent plusieurs années d’entretien, trois à six ans le plus souvent, avant de voir apparaître le fameux « brûlé », cette zone sans herbe autour de l’arbre qui nourrit les espoirs des trufficulteurs.

Section 2 : A plat, sur le Cami Ferrat

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans aucune difficulté.

Puis le paysage se referme à nouveau. Certains passages deviennent parfois un peu plus délicats pour les cyclistes, lorsque de larges pierres polies roulent sous les roues, mais ces difficultés restent rares. D’ordinaire, le chemin demeure une large allée de bonheur, simplement un peu caillouteuse.

Sur cet étonnant chemin, que l’on imagine volontiers hérité des tracés anciens romains, le marcheur ne se sent que rarement perdu au milieu de la nature sauvage durant les premiers kilomètres de l’étape. Les pèlerins avancent les uns derrière les autres, espacés mais visibles, jamais serrés comme dans un peloton de cyclistes.

Peu après, un nouveau panneau de direction apparaît sous les arbres et annonce le Mas-de-Vers à 2.1 km. 

Le chemin quitte alors discrètement le sous-bois pour s’aventurer dans les plantations de chênes truffiers. On les reconnaît aisément : disséminés à bonne distance les uns des autres, ils semblent disposés avec une régularité presque militaire, bien différente du désordre naturel de la forêt.

Un peu plus loin, le chemin croise une petite route de campagne au lieu-dit Fontanilles.

Puis, il repart de plus belle, traçant de longues lignes droites dans la nature sauvage, sous les chênes noueux et indociles du causse. 

Vous verrez à peine le temps passer dans ce spectacle silencieux, où le pas progresse sans effort sur la terre lisse, jusqu’à ce que l’approche de la route goudronnée du Mas-de-Vers rappelle doucement le retour au monde habité. Que dire de plus ? Rien. Il faut simplement écouter le silence. Tout ici est grandiose, comme suspendu hors du temps.

On retrouve un semblant de civilisation près de Mas-de-Vers, hameau que le chemin évite. Ici encore, comme entre Faycelles et Cajarc, L’Unesco s’est fait plaisir à classer des chemins perdus, loin des hommes. Quittant Mas-de-Vers, un raccourci conduit à un gîte, le gîte de Poudally, qu’il faut signaler, tant les logements font défaut avant Cahors. L’Unesco a-t-elle encore frappé pour le malheur des logeurs? Car, il faut aussi le dire. Un kilomètre de plus décourage parfois le pèlerin.

Vous marchez bien sur le Cami Ferrat. Un panneau vous le rappelle, au cas où vous l’auriez oublié, derrière les dernières fermes du village.

Le GR65 quitte alors le hameau par une petite route goudronnée. Jadis, ce n’était qu’un chemin de terre battue. Le Chemin de Compostelle n’est pas immuable : il évolue au fil du temps, s’adapte aux usages et aux paysages. Dans cet univers marqué par la sécheresse, il arrive parfois qu’une ferme abandonnée surgisse derrière les buis et les chênes, comme un vestige silencieux d’une vie autrefois installée sur ces plateaux.

La route déroule alors son ruban tranquille, paisible, presque monotone dans sa beauté simple. Le regard se perd dans des paysages souvent sublimes. Sur cet étonnant chemin que l’on sait hérité des Romains, sans doute réaménagé, parfois goudronné par les hommes, vous pourrez désormais vous sentir seul, presque isolé au cœur de la nature sauvage. Car sur les chemins français de Compostelle, la cohorte des pèlerins se disperse peu à peu au fil des kilomètres, phénomène bien différent de ce que l’on observe sur les routes espagnoles. 

Même si c’est ici du goudron, le parcours avance, paisible, presque monotone dans sa beauté naturelle. On ne dira jamais assez la beauté de ces murets qui jalonnent le parcours. La mousse et le lichen, dans les causses, s’insinuent partout, sur les cailloux, sur les arbres, vivants ou morts, tissant l’espace d’épais rideaux. Sur la route, il y a parfois une petite éclaircie. Le regard se pose alors sur les rares truffières en labour ou sur la steppe qui s’étend à l’horizon. 

Les chênes règnent ici en maîtres, mais on aperçoit aussi, de temps à autre, des érables champêtres ou des érables de Montpellier, arbres discrets mais très répandus sur les causses du Quercy. Çà et là subsistent quelques genêts fatigués et d’innombrables cornouillers qui occupent désormais les haies. Jadis, pourtant, les buis dominaient largement les bas-côtés des chemins. Presque éternels, ils conservaient leur feuillage vert, parfois teinté d’orange, tout au long de l’année. Hélas, ils ont presque disparu, ravagés ces dernières années par la pyrale du buis. Les genévriers eux-mêmes se sont faits plus rares. Mais la nature a horreur du vide : aujourd’hui, ce sont les cornouillers qui ont pris leur place. Pour combien de temps, nul ne saurait le dire.

Section 3 : Quelques frémissements de vallonnements sur le Cami Ferrat

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours : parcours sans aucune difficulté.

Rien ne bouge, rien ne change sous la garde silencieuse des chênes. Il suffit d’avancer et de se laisser porter par le silence.

Un peu plus loin, le GR65 traverse la petite route qui mène à Biargues. De temps à autre, un véhicule solitaire circule sur ces axes reculés de l’arrière-pays.

Après cette bifurcation, le GR65 retrouve la noblesse du chemin de terre. Ici, la terre battue est si lisse que l’on pourrait presque y jouer à la pétanque.

Le parcours se rapproche de Cahors, mais la ville reste encore lointaine : seize kilomètres de marche vous en séparent.

Le chemin retrouve alors cet environnement si particulier où le regard se perd dans des paysages souvent sublimes, ponctués de murets de pierre qui dessinent dans la lumière la véritable signature des causses.

Pourtant, le paysage évolue peu à peu. Le chemin s’approche d’une région plus habitée. Dans cet univers austère, il arrive qu’une “caselle“ abandonnée surgisse derrière les chênes, comme un fantôme bienveillant posé au bord du temps.

Plus loin, un panneau annonce un abri, des toilettes et surtout de l’eau. On comprend vite pourquoi : sur cette portion du parcours, il n’y a rien pour se ravitailler. Pas de bar où se reposer, pas de village où faire halte. Rien que la nature sauvage à perte de vue et quelques pèlerins qui avancent, heureux pour la plupart d’être là.

Les toilettes se trouvent à deux pas, au carrefour de la route qui mène à Lalbenque. C’est le deuxième abri annoncé depuis Bach sur cet itinéraire. C’est aussi dans cette région que se trouvait autrefois le gîte de Gascou, aujourd’hui disparu des indications du chemin. Il a changé d’affectation et fonctionne désormais comme gîte à la semaine. La particularité de l’étape du jour est d’ignorer presque totalement les villages. Jules César avait-il prévu cela ? Curieuse question. Est-ce pour préserver le classement du tronçon Bach–Cahors au patrimoine mondial de l’UNESCO que le Cami Ferrat se tient ainsi à l’écart des hommes ? 

En revanche, le gîte du Pech, plus loin sur le parcours, est toujours indiqué aux pèlerins.

Une magnifique “gariotte” gariotte s’est dissimulée ici sous les arbres. Dans la région de Cahors, on dit plutôt “gariotte” que “caselle”. Mais quelle que soit l’appellation, la fascination demeure : ces petites constructions de pierre sèche possèdent toujours quelque chose de mystérieux, presque féerique, comme si elles pouvaient servir de demeure à d’improbables lutins des causses. 

Le chemin reprend alors ses ondulations gracieuses à travers le causse. On ne s’en lasse guère. Par moments pourtant, derrière les murets, le paysage s’ouvre et le chemin respire hors du sous-bois. De maigres prairies apparaissent çà et là, permettant à quelques rares paysans de survivre grâce à un peu d’élevage. Il arrive aussi que l’on aperçoive quelques cultures hésitantes, de modestes céréales qui semblent peiner à s’exprimer sur cette terre rude.

Mais l’éclaircie est brève et le chemin préfère rapidement retrouver le couvert du sous-bois, là où il paraît plus à l’aise, dissimulé au regard des hommes.

Soudain, le paysage change, presque comme si l’on avait franchi une frontière invisible. Le tracé du chemin se transforme lui aussi : de rectiligne, il devient plus tortueux en serpentant dans la forêt. Oui, le chemin change.

Les pierres deviennent plus nombreuses et plus volumineuses, et la pente augmente.

Au bas de cette descente, le chemin rejoint une petite route goudronnée dans une modeste plaine.

Au bord de la route se trouve la fontaine d’Outriols. Ici, l’eau n’est pas potable. Elle ne sert probablement plus qu’aux crapauds et à quelques habitants discrets des fossés en saison humide.

Il faut alors quitter le chemin de terre pour suivre la route goudronnée qui mène à la bifurcation de Le Pech/Laburgade. Ce n’est sans doute pas la portion la plus exaltante de la journée. Mais il n’y a aucune raison de s’en plaindre : on ne peut pas toujours marcher dans l’excellence.

Un peu plus loin, vous arrivez à proximité du lieu-dit Le Moulin-Bas, à environ 14 km de Cahors. Vous n’avez pas encore parcouru la moitié de l’étape. 

Encore quelques belles granges de pierre apparaissent au bord du chemin, dont on ne sait pas toujours si elles sont encore utilisées. La route continue de dérouler ses virages tranquilles dans la plaine.

Elle finit par atteindre un carrefour perdu dans la nature, où le parcours change alors de direction.

Une autre petite route s’élève ensuite doucement sur une colline. Sur le GR65, il n’y a guère de risque de se perdre : le balisage est irréprochable.

La route grimpe légèrement jusqu’à la bifurcation de Le Pech. Le GR65 ne traverse pas le hameau lui-même : il faut faire un détour d’environ 800 mètres pour rejoindre le gîte.

Un chemin de terre reprend alors, tout en douceur, vers le sous-bois.

Section 4 : La palpitante traversée de l’autoroute avant de retrouver le causse

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours : quelques pentes marquées, souvent sur des pierriers.

Le chemin longe alors le ruisseau de Cieurac, à l’ombre des arbres.

C’est un véritable berceau de verdure où le petit ruisseau se cache, timide et presque invisible sous le feuillage. Pour notre part, nous ne l’avons jamais vu couler.

Pourtant, autrefois, l’eau devait bien passer ici pour faire tourner les pales du Moulin Bas. Presque partout, le Chemin de Compostelle ressemble aujourd’hui à un musée à ciel ouvert, peuplé de vestiges anciens qui conservent toujours quelque chose de gracieux et de mélancolique.

Si le murmure régulier des pales a disparu depuis longtemps, ce n’est malheureusement pas le cas du vacarme de l’autoroute toute proche, dont on perçoit déjà le bourdonnement des moteurs.

Le chemin se rapproche lentement de cette civilisation routière, avançant presque à pas feutrés, comme s’il la redoutait.

Il traverse bientôt le ruisseau de Cieurac et débouche dans une sorte de no man’s land, devant un nœud routier assez complexe. La direction mène d’abord au carrefour de la D6, la route de Cahors, au pied de l’autoroute.

Dans cet enchevêtrement de routes qu’il faut bien suivre, le pèlerin emprunte brièvement la D6, qui sert ici de contournement à l’autoroute.

Pour le marcheur, la suite est plus simple qu’il n’y paraît. Un peu plus loin, à un nouveau carrefour, il suffit de continuer tout droit sur un petit sentier étroit, très bien balisé. Dans cet univers de béton et de bitume, il faut cependant rester attentif aux marques du GR pour ne pas se retrouver par erreur sur l’autoroute. La géographie des lieux est si complexe qu’il aurait presque fallu creuser ici un tunnel de cinq cents mètres pour permettre aux piétons de passer sous l’autoroute.

Le petit sentier se faufile alors dans les herbes folles, comme dans un gymkhana improvisé, avant de rejoindre un peu plus haut la D6, sur une bretelle qui franchit l’autoroute.

La route D6 passe sous l’autoroute par un tunnel discret. Devant vous se dresse alors un talus, comme le prélude à un petit exercice destiné à réveiller les articulations du marcheur.

La grimpette sur ce talus de terre ocre, à travers les herbes folles, ne dure pas bien longtemps. Bientôt, vous retrouvez un chemin rocailleux qui s’élève légèrement et offre une vue ouverte sur l’autoroute. Le contraste est saisissant : après avoir marché des kilomètres dans un silence presque absolu, vous vous retrouvez soudain plongé dans le tumulte de la civilisation. C’est l’autoroute A20, que l’on appelle ici l’Occitane.

De là-haut, le regard embrasse largement l’autoroute et la départementale D6 que vous allez longer pendant près d’un kilomètre. 

Le chemin suit alors la D6 en restant sur la butte, sans jamais vraiment s’en éloigner.

Puis il s’en détache pour retrouver la caillasse et la rudesse du causse. Le sentier devient étroit, presque secret, et s’élève assez sèchement dans la pente. 

Plus haut, le chemin se rapproche à nouveau de la D6, qu’il finit par longer sur quelques centaines de mètres.

Au lieu-dit Le Gariat, le GR65 quitte enfin la route de Cahors et tourne brusquement à angle droit pour replonger dans le sous-bois.

Ici, vous êtes maintenant à 11 km de Cahors.

Lassé de longer l’autoroute, ses vides alentours et son univers banal, le chemin reprend vie et s’enfonce à nouveau en sous-bois. Alors progressivement, les moteurs des voitures se taisent dans le bois. Quel silence ! On entend presque le frémissement des arbres dans le vent léger. Le GR65 repart sur les cailloux et le sentier monte jusqu’au sommet de la butte.

Il touve alors une route goudronnée qu’il va suivre à plat pour quelques centaines de mètres. Sur le Chemin de Compostelle, goudron, terre et cailloux font bon ménage. Ils s’en accommodent, car si les chemins appartiennent au pèlerin, il faut bien que les gens d’ici puissent se déplacer tous les jours sans affronter les nids-de-poule et le cahot des sentiers,

Plus loin, le GR65 retrouve toute la panoplie des chemins typiques des causses : les pierres éparpillées sur le chemin, les murets de pierre parfois couverts de mousse et les chênes innombrables qui occupent le paysage. Rien que du bonheur pour le marcheur.

Le chemin flâne un moment dans ce décor familier et passe près d’un réservoir. Y a-t-il vraiment de l’eau par ici ? Sans doute, même si elle reste discrète dans ce pays de sécheresse.

Mais la promenade tranquille ne dure guère. On devine bientôt que la pente devient prononcée sur le chemin qui plonge dans la steppe.

Alors le plaisir est devant vous… sauf peut-être pour vos genoux et vos articulations, déjà éprouvés par les kilomètres parcourus. Car la pente approche ici les 15% et le chemin n’est qu’un éboulis de gros cailloux, comme on en rencontre dans les Alpes. Pourtant, le paysage demeure fidèle à lui-même, à la fois austère et immuable.

La descente se prolonge, longue, lancinante, jusqu’au fond d’une cuvette. Les pierres roulent parfois sous les pieds. Prudence pour les pèlerins les plus délicats : le passage peut devenir difficile, surtout par temps de pluie.

Au bas de la descente, un vieux panneau annonce Cahors à 10 km de marche.

Bien sûr, le Chemin de Compostelle ressemble souvent à une sorte de toboggan : après le plaisir de la descente vient inévitablement celui de la remontée.

La pente retrouve ici presque la même inclinaison et la même exigence. Mais l’éboulis a disparu, comme fondu dans la terre, laissant place à des pierres plus discrètes, mais souvent bien affûtées sous les semelles.

Certains pèlerins suent à grosses gouttes. Allez, courage ! C’est sans doute le seul véritable effort demandé durant l’étape du jour. 

La nature, elle, demeure fidèle à elle-même : sauvage, sèche jusqu’à l’os, rude mais pleine de caractère. Plus haut, la pente finit par s’adoucir lorsque le chemin passe près d’une belle ruine de pierre.

Le chemin rejoint plus haut les abords d’un terrain de football.

Jadis, la buvette du Repose-Pieds constituait ici une halte aussi bienvenue qu’incontournable sur le Chemin de Compostelle. C’est souvent à cet endroit que l’on voyait les pèlerins se regrouper pour une pause bien méritée. Vous auriez probablement fait comme eux. Le jovial tenancier racontait qu’il voyait rarement un marcheur passer devant sa buvette sans s’arrêter. Aujourd’hui, tout semble terminé. Pour combien de temps encore ? Il ne reste plus qu’un point d’eau et quelques tables destinées au pique-nique.

Depuis l’ancienne buvette, le GR65 reprend tranquillement sur la route, presque à plat, comme pour vous laisser reprendre votre souffle.

Mais ce répit ne dure guère. Une longue descente s’annonce bientôt. Sous les arbres, une petite “gariotte“ semble vous adresser un clin d’œil silencieux.

Partout règne encore la sécheresse, malgré quelques maigres prairies qui apparaissent parfois sur les flancs des collines. Le chemin longe assez longtemps ce qui ressemble à une truffière en devenir, installée sur la croupe de la colline.

Plus bas, la pente se fait nettement plus marquée. Les pierres deviennent plus nombreuses elles aussi, même si l’on ne retrouve pas ici l’éboulis redoutable rencontré un peu plus tôt. 

Avec plus de 10% de déclivité, les pieds doivent rester vigilants sur les cailloux qui roulent sous les semelles. Tout autour, les chênes, maigres et clairsemés, n’offrent qu’une ombre parcimonieuse.

Section 5 : Retour vers un peu plus de civilisation

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours : vallonnements un peu plus prononcés, mais aucune pente n’est supérieure à 15%.

Et ce petit jeu sur le chemin caillouteux se perpétue dans les chênes et les taillis jusqu’à la bifurcation des Pradelles, juste avant Flaujac-Poujols. Ici encore, vous l’aurez deviné, le Cami Ferrat ignore le village. Vous vous trouvez alors à  à 8 km de Cahors.

Une première ondulation est devant vous, mais on en devine d’autres, dans un horizon qui s’ouvre un peu. Le parcours se rapproche de Cahors, de combe en combe. Et si pour quelques moments de répit nous ignorions un peu les montagnes russes pour un peu plus de calme pour les genoux et les articulations, il n’y a qu’à demander. Ici une large avenue de terre battue vous dirige vers la Quintarde et La Marchande qu’on annonce au sommet de la colline. Encore une “gariotte” comme un pain de sucre vous guette au début du chemin.

Le chemin se traîne au début un peu à côté d’une route où ne passe pour ainsi dire personne.

L’agrément, dans ces longues traversées solitaires en sous-bois, ou à leur limite comme ici, est qu’on devient à force sensible aux détails. D’autres n’en ont cure et laisseront plutôt leur esprit vagabonder. Mais pour beaucoup de marcheurs, l’esprit s’accoutume à ces scènes tranquilles où la nature étale son savoir-faire, beau ou plus commun comme ici. Les terrassiers romains de l’époque n’ont eu qu’à collecter les pierres autour d’eux pour armer le chemin. Elles ne manquaient pas, et ne manqueront sans doute jamais. Et tant pis, si la topographie de la région était accidentée. Il n’y avait qu’à suivre les faux plats et les collines. Monter, descendre, puis remonter et redescendre, le plus souvent à l’orée de la forêt. Jules César aimait sans doute à voir transiter ses troupes, à la limite des bois, pour pouvoir s’y réfugier au besoin.

Cependant, pour de nombreux pèlerins, ce genre de trajet, uniforme, sans suprise, monotone jusqu’à l’ennui, ne soulèvera pas l’âme. Ce sont tout de même près de deux kilomètres à avaler, répétitifs, d’un virage du chemin à l’autre. Ce n’est plus la magie du causse. Il n’y a qu’un avantage. Cela ne monte guère, mais le bout du vallon est toujours plus loin.

Plus haut, la situation évolue enfin. Les pierres sont de retour sur le chemin, la pente aussi. C’est comme si on retrouvait le causse.

Le chemin grimpe alors sur une petite colline pelée, là où une vieille et modeste grange de pierre semble n’attendre plus personne depuis longtemps.  

Puis il s’enfonce dans un petit sous-bois dense et sauvage. La montée se durcit un peu. Il est toujours curieux de constater que les pèlerins réapparaissent souvent précisément dans ces passages plus exigeants. Un peu comme sur les autoroutes, où les camions semblent se regrouper dès que la pente devient sévère.

La nature est délicieusement sauvage en ces lieux, où les lichens s’accrochent aux troncs des arbres. Ce coin doit être apprécié des habitants du pays, amateurs de promenades discrètes.

Plus haut, le sentier quitte le sous-bois. Encore une petite rampe, et il rejoint la Quintarde, qui propose un grand parc, des chambres et une table d’hôtes. Le lieu paraît paisible et doit attirer plus d’un visiteur en quête de tranquillité,

Depuis la Quintarde, une route monte brièvement jusqu’au sommet de la crête, où se trouve un carrefour de petites routes locales.

Le parcours emprunte alors sur quelques centaines de mètres la route de la Marchande, qui mène au chemin du même nom. Mais sur le Chemin de Compostelle, dès qu’une alternative à la route se présente, on la préfère presque toujours. 

Entre la Quintarde et la Marchande, l’itinéraire traverse à plat une zone de petites villas. La ville s’étend peu à peu vers la campagne, comme partout ailleurs. C’est sans doute le seul endroit où les tracés anciens auraient fait dévier les plans de Jules César. Pourtant, il doit être agréable de vivre ici, sur les hauteurs de Cahors, presque encore au milieu de la nature. 

Au bout du chemin, le goudron réapparaît, accompagné d’un nouveau carrefour de routes.  

Un panneau indique alors le chemin de Cabridelle.

Le parcours suit brièvement la route goudronnée en direction du chemin de Cabridelle. Ici, il ne s’agit pas vraiment d’un village : toute la crête est simplement ponctuée de villas dispersées. 

À la sortie de la Marchande, le GR65 longe encore un moment la route avant de retrouver un sentier typique des causses. 

Ici, le paysage change nettement. Le chemin de Cabridelle, terreux et caillouteux, ondule en faux-plats successifs sur une crête dégagée et majestueuse. La végétation y est rude : chênes rabougris, genévriers, herbes folles et broussailles composent ce décor austère. 

Vous avancez alors sur le Pech de Fourques. À chaque détour du chemin, le paysage donne envie d’aller plus loin encore, tant l’ensemble est saisissant.

Section 6 : En descente toute, vers Cahors, bijou du Lot

 

 

Aperçu général des difficultés du parcours : descente sévère, à parfois plus de 25% de pente avant la ville.

Sur la crête, grande est l’ordonnance des lieux, de quelque côté qu’on se retourne. C’est le majestueux Pech de Fourques qui domine Cahors. Ce paysage appartient pleinement à l’âme des causses. Tout y respire une forme de dépouillement minéral et lumineux, une simplicité presque primitive où la terre, le vent et la pierre semblent dialoguer depuis des siècles. Le chemin s’étire au loin comme un ruban pâle, posé sur la peau rugueuse du plateau. Il est fait de poussière claire et de cailloux calcaires, émiettés par le temps, blanchis par le soleil et roulés par les pas de milliers de marcheurs. Rien ici n’est vraiment droit ni vraiment tortueux : la piste ondule doucement, épousant les légères respirations du relief.

Pas âme qui vive. Rien que la splendeur du silence interrompu parfois par les grillons. L’âme s’étend avec le regard. De part et d’autre, la végétation reste basse, presque humble. Les chênes pubescents dominent ce monde frugal. Ils ne sont jamais majestueux comme dans les grandes forêts ; ici ils vivent serrés contre la terre, rabougris par le vent et la sécheresse. Leurs troncs tordus portent des branches irrégulières, comme si chaque arbre avait dû lutter pour trouver sa place dans cette terre austère. Leur feuillage gris-vert filtre la lumière et projette des ombres fines et mouvantes sur le sol pierreux. Entre ces chênes apparaissent des buissons de genévriers, des cornouillers et quelques pins isolés qui s’accrochent aux replats. L’herbe pousse par plaques irrégulières, sèche et dorée, mêlée de thym sauvage, de serpolet et de petites plantes aromatiques qui libèrent leur parfum lorsque le pied les effleure.

La terre elle-même semble respirer la lumière. Le calcaire affleure partout : en éclats, en plaques, en pierres plates qui surgissent du sol comme les os d’un vieux paysage. Par endroits, le chemin devient presque blanc, tant la poussière de pierre s’est accumulée. Le ciel, immense, achève de donner au lieu son caractère presque irréel. Sur les causses, il paraît toujours plus vaste qu’ailleurs. Ce qui frappe surtout, c’est le silence. Un silence vaste, profond, seulement troublé par le froissement des herbes sèches. Ici, la nature ne se montre jamais spectaculaire ; elle se révèle peu à peu, dans la lenteur de la marche.

Sur cette crête pelée, le marcheur avance entre ciel et pierre, dans une sensation d’espace presque infinie, comme suspendu hors du monde.

Au bout de cette longue crête à vous combler de bonheur, le chemin pierreux aboutit sur une petite route goudronnée.

La route cabossée s’en va à plat sur le causse, longeant la crête sur près d’un demi-kilomètre. 

Puis, dans une trouée entre les chênes, on devine Cahors, tout en bas dans la plaine. Après de longs kilomètres passés sur le causse, dans cette austérité de pierre et de vent où les paysages semblent presque immuables, l’apparition de Cahors agit comme une révélation. C’est souvent un moment étrange, presque émouvant. Après tant d’heures à marcher dans un paysage austère, silencieux, presque minéral, voir apparaître une ville redonne soudain la mesure du monde humain.

Le pèlerin arrive au bord de la pente et soudain le monde s’ouvre. Devant lui, la vallée surgit comme une promesse. La route, bordée de murets clairs, descend en pente très sévère, avec plus de 25% par endroits, sur Cahors, où on voit au loin le pont de chemin de fer, et plus loin encore le pont Valentré. La ville apparaît, posée au creux du Lot, entourée de collines douces et verdoyantes. Les toits se serrent les uns contre les autres, les quartiers s’étendent dans la vallée, et la lumière claire du Quercy vient poser sur l’ensemble une douceur inattendue. Tout paraît soudain plus vivant, presque accueillant. On quitte la pierre et le vent pour retrouver les hommes, la rivière, les maisons et le bruit discret de la vie. Et, au bout du chemin, la ville attend, paisible, comme si elle avait toujours été là pour accueillir ceux qui arrivent du plateau.

Le regard glisse alors des crêtes pelées vers les collines arrondies de la vallée, puis vers la ville elle-même, qui semble se lover dans un écrin de verdure. Mais, il n’y a pas que la poésie qui secoue l’âme. Il y a aussi la rudesse de la pente qui joue sur vos articulations.

La route arrive au bas de la descente au Chemin du Pech de Fourques, près de la voie de chemin de fer, dans le quartier St Georges, banlieue de Cahors.

Le pèlerin gagne alors le pont Louis Philippe. Le Lot est à ses pieds, calme, tranquille.

Au bout du pont, il est à Cahors, au centre-ville.

Section 7 : A Cahors

Cahors est la seule ville de moyenne importance qu’emprunte le chemin de Compostelle en France. Le parcours français a été conçu de manière à éviter les villes, ce qui n’est pas le cas dans d’autres pays, comme par exemple l’Espagne.

La cité proprement dite contient 22’000 habitants, mais le grand Cahors près de 50’000. La ville, enfermée dans une boucle du Lot, est coupée en deux par le Boulevard Gambetta, le grand axe qui traverse la ville, avec sa place gigantesque, ses commerces. C’est sur ce boulevard que Cahors grouille d’activité et de monde.

Léon Gambetta (1838-1882), grand homme politique français sous la Troisième République est natif de Cahors. La ville confia au sculpteur Alexandre Falguières d’ériger un monument à sa gloire, sitôt après le décès du grand homme. La statue de Gambetta, très guerrière, trône sur une gigantesque place au-dessus d’une fontaine.

Cahors possède un patrimoine remarquable, hérité à la fois de l’Antiquité, du Moyen Âge et de la prospérité marchande de la ville. Si vous continuez le Boulevard Gambetta, vous trouverez la tour de Jean XXII. Jacques Duèze (1244-1334), né à Cahors, devint pape en Avignon en 1316, sous le nom de Jean XXII.
C’est le frère de ce dernier qui reconstruisit la maison paternelle pour en faire un palais. Ce dernier fut démoli pour la réparation du pont Neuf. Il en reste une magnifique tour, haute de cinq étages. Plus haut encore se dresse encore l’Arc de Diane, un rare vestiges visibles de la ville antique romaine. Ce monument faisait partie d’un vaste ensemble de thermes romains construits probablement entre le Ier et le IIe siècle après J.-C. C’est une grande voûte en berceau bâtie en pierre calcaire. L’arc forme l’un des rares éléments encore debout de ces thermes antiques, qui occupaient autrefois une surface importante dans la ville romaine. Tout a côté, se dresse un musée de style néo-médiéval construit à la fin du XIXe siècle dans le parc situé autour de l’Arc de Diane.

La vieille ville est coincée entre le boulevard et le Lot, sur un des côtés de la boucle du Lot. L’autre moitié est plus moderne, moins intéressante. C’est dans le vieux Cahors, près des Halles et de la Cathédrale que vit la ville, en plus du Boulevard Gambetta, dans ses rues et places commerçantes.

Mais le centre-ville historique est truffé aussi de petites ruelles étroites, parfois des impasses.

Située au cœur de la vieille ville, la cathédrale St Étienne, édifiée entre le XIème et le XIIème siècle, est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO, au titre des chemins de Compostelle en France. Elle est remarquable pour ses coupoles. Elle abrite la Coiffe du Christ, rapportée de Terre Sainte. Mais elle n’est pas la seule église dans le monde à disposer du divin couvre-chef !  

L’église est hélas assez sombre, mais les vitraux remarquables apportent un peu de lumière.

Le cloître attenant fut construit entre le XIIe et le XIVe siècle, dans un style gothique relativement sobre. Le cloître était un espace réservé au chapitre des chanoines de la cathédrale. Autour du cloître se trouvaient autrefois les bâtiments du chapitre, disparus ou transformés au cours des siècles.  

C’est un plaisir de déambuler autour de la cathédrale, dans les ruelles serrées.

Vous y rencontrerez l’Ange du Lazaret, une œuvre du sculpteur local Marc Petit (20215), une sculpture intrigante d’un ange non triomphant, avec ses ailes, lourdes et tombantes, mais un ange protecteur, comme dans les lazarets où on isolait les malades durant les pestes.

Mais, bien évidemment, pour beaucoup de touristes, Cahors, c’est avant tout le majestueux Pont Valentré, aussi appelé pont du Diable, ou pont de Balandras, en occitan. Il fait bien évidemment partie du patrimoine mondial de l’UNESCO. Récemment, on lui a ajouté des vignes, pour bien marquer son appartenance au patrimoine viticole de la région, bien qu’il n’y ait aucune vigne, ou presque, à Cahors.

Le pont est un dos-d’âne de plus de 100 mètres de long, avec 6 grandes arches ogivales, de style gothique. Il est flanqué de trois tours carrées à créneaux et mâchicoulis qui dominent le Lot, à 40 mètres de hauteur. Une légende court à Cahors sur la construction du pont. Les travaux n’avançant guère, le maître d’œuvre signa un pacte avec le diable, donnant son âme en gage. Et bien évidemment, le pont s’éleva avec rapidité. Pour sauver son âme, le chef des travaux demanda au diable de se munir d’un crible pour aller puiser de l’eau à la source des Chartreux. Tout malin qu’il fût, le Diable échoua dans son entreprise. Pour se venger, il vint toutes les nuits desceller la dernière pierre de la tour centrale. Et le jeu dura des siècles…/En 1879, lors de la restauration du pont, l’architecte fit apposer dans l’emplacement vide, une pierre sculptée à l’effigie du démon. Et depuis, le démon demeure désespérément accroché au faîte du pont.

Logements sur la Via Podiensis

 

Gîte de Poudally, 440 Chemin de Poudally, Poudally (500 m hors GR) ; 05 65 22 08 69 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte Latour, Le Pech, Laburgade, Le Pech (500 m hors GR) ; 05 65 24 72 84/06 37 43 60 13 ; Gîte, repas, petit déj.
• Habitat de Jeunes en Quercy, 129 Rue Fondue-Haute, Cahors ; 05 65 35 29 32 ; Gîte, cuisine
• Gîte St Laurent, 15 Rue St Laurent, Cahors ; 06 13 37 70 02/05 81 70 16 22 ; Gîte, petit déj.
• Gîte Christophe Estival, 29 Rue du Barry, Cahors ; 06 89 77 62 80 ; Gîte, petit déj.
• Gîte Caminoloc, 15 Cours Vaxis, Cahors ; 06 25 65 37 59 ; Gîte, petit déj.
• Gîte Maison des Pèlerins, 1587 Rue des Cayssines, Cahors ; 05 65 30 03 06 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte Le Relais des Jacobins, 12 Rue des Jacobins, Cahors ; 05 65 21 00 84/06 87 86 89 01 ; Gîte, repas, petit déj.
• Gîte Le Papillon Vert, 51 Rue du Tapis Vert, Cahors ; 05 81 70 14 09/06 75 80 58 42 ; Gîte, repas, petit déj.
• Auberge de Jeunesse HI, 52 Avenue André Breton, Cahors ; 05 36 04 00 80/06 08 97 97 53 ; Gîte, repas, petit déj.
• Chez Pierre, 62 Rue Etienne Brives, Cahors ; 06 09 96 28 32 ; Ch. d’hôte, petit déj.
• Le Valentré**, 250 Chemin de la Cartreuse, Cahors ; 06 12 26 78 68 ; Gîte et Ch. d’hôte, repas, petit déj.
• Hôtel Jean XXII**, 2 Rue Edmond Albe, Cahors ; 05 65 35 07 66 ; Hôtel, petit déj.
• Inter-Hôtel Le Valentré**, 2532Avenue Jean Jaurès, Cahors ; 05 65 35 16 76 ; Hôtel, petit déj.
• Hôtel Le Coin des Halles**, 30 Place St Maurice, Cahors ; 05 65 30 24 27 ; Hôtel, repas, petit déj.
• Hôtel La Chartreuse**, Quartier St Georges, Cahors ; 05 65 35 17 37 ; Hôtel, repas, petit déj.

Ces données ont été actualisées en 2023. Si vous ouvrez ce site par la suite, il n’est pas sûr qu’il en sera toujours ainsi. Sur ce parcours, des établissements ouvrent chaque année, d’autres ferment. La solution est d’acheter, entre autres, Miam Miam Dodo, la bible pour manger et se loger, et qui donne aussi des logements hors du chemin. Il existe aussi d’autres possibilités, comme des guides du chemin, ou Internet, qui donnent quelques renseignements sur les logements. Mais aucune application n’est aussi bien documentée que Miam Miam Dodo, d’autant que le petit livre est renouvelé chaque année. On vous conseille de réserver et de vous renseigner chez les logeurs, des modalités de leur logement (repas, draps, WC, douche, autres commodités). De même, renseignez-vous à l’étape précédente sur les heures d’ouverture des épiceries, des bars, souvent fermés au cours de la journée ou de la semaine.

Sur l’étape, les possibilités de logement sont peu nombreuses avant Cahors. On trouve des gîtes pas très éloignés du chemin, utilisés surtout par les pèlerins qui n’ont pas trouvé à se loger à Bach ou à Vaylats. A Cahors, il y a 350 lits, Il n’y a donc aucun problème.

N’hésitez pas à ajouter des commentaires. C’est souvent ainsi que l’on monte dans la hiérarchie de Google, et que de plus nombreux pèlerins auront accès au site.
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